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Soudan du Sud : Le périlleux chemin de la paix

Sabah Sabet avec agences, Jeudi, 18 février 2016

Le président sud-soudanais, Salva Kiir, vient de nommer Riek Machar, son principal ennemi, au poste de vice-président. Un pas vers l'application de l'accord de paix, dont la mise en oeuvre reste problématique.

Soudan du Sud
Plus de 2,3 millions de personnes ont été déplacées à cause de la guerre civile au Soudan du Sud. (Photo: AFP)

Après plus de deux ans de guerre civile, le président du Soudan du Sud, Salva Kiir, a finalement décidé de mettre fin au conflit qui l’affrontait à son rival ennemi et chef de la rébellion, Riek Machar.

« Moi, Salva Kiir Mayardit, président de la République du Soudan du Sud, édicte par la présente ce décret présidentiel qui ordonne la nomination de Riek Machar Teny comme premier vice-président de la République du Soudan du Sud », a annoncé Kiir dans un décret publié jeudi dernier. Cette nomination est le résultat de l’accord de paix conclu par Kiir et Machar le 26 août dernier, qui prévoyait un cessez-le-feu et un mécanisme de partage du pouvoir. Objectif : mettre fin à deux ans de conflits sanglants qui ont déchiré ce plus jeune Etat du monde. « C’est une bonne nouvelle, parce que c’est un pas en avant dans l’application de l’accord de paix. Cela signifie que nous mettons en oeuvre l’accord de paix comme stipulé », a déclaré à l’AFP Riek Machar, qui s’exprimait depuis l’Ethiopie. Machar avait déjà occupé ce poste entre 2005 et 2013, quand le Soudan du Sud n’était encore qu’une région semi-autonome au sein du Soudan, et ce, avant son indépendance en juillet 2011.

Mais en juillet 2013, Salva Kiir, issu de la tribu Dinka, a limogé son vice-président du clan ethnique rival, Nuer, l’accusant de fomenter un coup d’Etat. Ce qui en l’occurrence a déclenché une guerre civile, quelques mois plus tard, en décembre 2013, engendrant des combats au sein de l’armée nationale.

La nomination de Machar pourrait donc être considérée comme un pas vers une éventuelle réconciliation dans ce conflit miné par les dissensions politico-ethniques. « La crise a commencé par l’affrontement de ces deux rivaux, Kiir et Machar. Le fait de partager l’autorité entre eux est un pas positif qui pourra résoudre un grand nombre de problèmes et évitera au pays un bain de sang », estime l’ambassadeur Ahmad Hagag, ex-vice-secrétaire général de l’Union Africaine (UA) et secrétaire actuel de l’Union des journalistes africains.

Ceci dit, si la nomination de Machar est un message positif lancé à la rébellion, il faudrait encore attendre que ce dernier retourne à Juba, la capitale où il n’a plus mis les pieds depuis deux ans, pour juger de la bonne volonté des deux camps. « Si je reçois le soutien nécessaire pour assurer ma sécurité, je pense que je serai capable de prendre mes fonctions dans quelques semaines », a promis M. Machar, sans donner de date précise. Malgré l’accord d’août, les violences n’ont jamais cessé et les belligérants s’accusent mutuellement de ne pas remplir leurs engagements. Les combats opposent aussi à présent de nombreux groupes armés aux agendas souvent locaux.

Il existe également d’autres obs­tacles à l’application de l’accord de paix. « Le désarmement (des diffé­rents groupes armés), la présence de troupes ougandaises dans le pays (qui soutiennent le gouvernement) et dont la présence est rejetée par Machar, sont des questions qui seront difficiles à résoudre. De plus, il y a une absence de garanties pour assu­rer la mise en oeuvre des accords conclus, sans compter le fait que chaque partie veut prendre le pou­voir, et ne croit pas en la démocratie et la participation politique », explique Ayman Chabana, professeur de relations internationales à l’Insti­tut des études africaines au Caire. Et puis il y a aussi les négociations sur la formation d’un gouvernement d’union nationale qui sont encore dans l’impasse alors qu’elles étaient censées aboutir avant la date butoir du 22 janvier.

Mais selon Hagag, malgré tous ses défis, les deux rivaux sont obligés de poursuivre la voie de la paix. « C’est vrai qu’il y a plusieurs accords et cessez-le-feu qui n’ont pas été respectés, mais maintenant, la situation économique du pays est désastreuse, notamment avec la chute du prix du pétrole. Ce qui obligera les deux dirigeants à respecter l’accord. Ils n’ont pas d’autres choix », ajoute-t-il. Pour lui, il doit y avoir une surveillance permanente de la part de la communauté internationale pour garantir le respect de l’accord de paix par les différentes parties, d’autant plus que la situation humaine est catastrophique. Ainsi, plus de 2,3 millions de personnes ont été déplacées et des dizaines de milliers tuées par la guerre. Sans compter les atrocités perpétrées à grande échelle par les deux camps : massacres, viols, torture, recrutement d’enfants et déplacements forcés de populations. Selon l’Onu, plus de 2,8 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire d’urgence, soit près d’un quart de la population, et 40 000 ont passé un seuil critique. Fin janvier, un groupe d’experts de l’Onu a recommandé au Conseil de sécurité de sanctionner Kiir et Machar, en estimant qu’ils étaient responsables de la majorité des violences commises depuis le début du conflit.

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