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La lente décomposition de l’armée iraqienne

Amira Samir, Jeudi, 18 février 2016

L'armée iraqienne peine dans sa lutte contre Daech. Celle-ci est plus que jamais affaiblie par l'exclusion des cadres sunnites et l'absence de formation.

La lente décomposition de l’armée iraqienne
Des soldats iraqiens en patrouille à Ramadi en février 2016. (Photo : AFP)

En 1991, l’armée iraqienne était l’armée la plus puissante du monde arabe, et la 4e armée du monde, après celles des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Pendant sa guerre avec l’Iran, l’Iraq était le plus important marché d’armes et d’équipements militaires au monde. Selon l’agence Arms Control and Disarmament, entre 1981 et 1985, l’Iraq a acheté du matériel militaire pour un montant total de 24 milliards de dollars américains, et l’effectif des forces armées iraqiennes s’élevait à environ 1,7 million de militaires en 1987. Aujourd’hui, selon la classification 2016 du site américain Global Firepower, spécialisé dans les questions de défense, elle occupe la 112e place mondiale sur 126 armées au monde. Ce classement est établi selon 40 critères, dont la préparation au combat, les effectifs humains et l’arsenal militaire. Elle occupe aussi la 8e place sur les armées arabes avec 227 000 militaires, un budget qui s’élève à 6 milliards de dollars, 297 tanks, 260 avions et 88 navires. Aujourd’hui, les forces armées de l’Iraq sont à la peine pour faire face à Daech qui a conquis plus de 35 % du territoire iraqien.

Anéantie et démantelée

Le déclenchement de la guerre du Golfe en 2003 avait bien montré la désorganisation de l’armée qui subira une défaite sans appel. Les forces iraqiennes n’ont pas pu résister aux forces de la coalition internationale qui ont pris Bagdad sans combat. Les équipements de l’armée iraqienne étaient totalement dépassés face à ceux de la coalition qui avait des moyens techniques bien plus sophistiqués. L’armée iraqienne était déjà affaiblie par 8 ans de guerre avec l’Iran (de 1980 à 1988). Son potentiel militaire avait été encore plus mis à mal après 13 ans d’embargo suite à la défaite des forces de Saddam Hussein après l’invasion du Koweït en 1991. Après l’effondrement du régime de Saddam Hussein en mars 2003, les Etats-Unis ont démantelé les organes de l’armée iraqienne qui employait plus de 400 000 militaires et fonctionnaires. Ces milliers de militaires se sont retrouvés donc du jour au lendemain sans emploi et sans fonction dans la société. « La fragilisation de l’armée iraqienne n’est pas quelque chose qui s’est faite du jour au lendemain », estime le général Talaat Mossallam, expert militaire. La situation de l’armée s’est encore dégradée sous le gouvernement chiite de Nouri Al-Maliki (2006-2014), qui a cherché à purger l’état major de ses commandants sunnites pour les remplacer par des officiers chiites souvent moins compétents. Pour le colonel Steve Leonard, retraité de l’armée américaine et conseiller en formation militaire pour l’ambassade américaine de Bagdad, affirme qu’« en termes de leadership, de connaissances et d’expériences militaires, on trouve les meilleurs officiers au sein des rangs sunnites ». Pourtant, selon lui, en octobre 2003, les officiers américains chargés de la formation des cadres militaires iraqiens avaient pour objectifs de former une nouvelle armée professionnelle, apolitique, militairement efficace et représentant tous les Iraqiens. Talaat Mossallam, ancien général de l’armée égyptienne, explique : « Cette génération d’experts militaires s’est ainsi retrouvée exclue et livrée à elle-même. C’est pour cela qu’un bon nombre d’officiers sunnites se sont progressivement rapprochés des groupes djihadistes ». Selon lui, cette attitude a donné des cadres à Daech et a affaibli l’armée. C’est l’une des causes du déséquilibre entre l’armée iraqienne et celle des troupes de Daech. Du point de vue technique, les opérations des forces armées iraqiennes sont aussi incohérentes qu’inefficaces.

Coopération avec l’Egypte

L’Iraq semble depuis peu intéressé pour établir une coopération militaire avec l’Egypte. Le porte-parole du ministère iraqien de la Défense, Nassir Al-Maleki, vient, en effet, de révéler une future coopération militaire égypto-iraqienne. Conformément à cette coopération, l’armée iraqienne enverra en Egypte un certain nombre d’officiers encore non déterminé, avec notamment des pilotes et des techniciens pour des stages de formation militaire. « Quoique chiite, l’actuel premier ministre iraqien, Haider Al-Abadi, est plus coopératif que son prédécesseur », ajoute Mossallam. Haider Al-Abadi s’est engagé à libérer l’Iraq des troupes de Daech. « Si 2015 a été une année de libération, 2016 sera celle des grandes victoires qui mettront fin à la présence de Daech en Iraq », a-t-il déclaré. Et c’est la mission qui incombe aujourd’hui à l’armée iraqienne : contrer la montée en puissance de Daech en Iraq, mais aussi sur ses frontières avec la Syrie.

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