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Le Caire se fait plus discret

Amira Samir, Lundi, 19 octobre 2015

Intermédiaire traditionnel dans le conflit israélo-palestinien, l'Egypte y semble depuis quelques mois moins présente.

Le Caire se fait plus discret
Le président palestinien Abou-Mazen s'est rendu au Caire en septembre dernier. (Photos : AP)

Depuis l’accord-cadre qui a mis fin à la guerre de Gaza en 2014, Le Caire est moins présent dans la question palestinienne. Selon les responsables égyptiens, l’Egypte exerce des efforts diplomatiques pour ramener le calme dans les terri­toires palestiniens. « L’Egypte a appelé Israéliens et Palestiniens à mettre fin à l’escalade des violences dans les territoires occupés », affirme un communiqué du minis­tère des Affaires étrangères daté du 9 octobre. Le porte-parole du minis­tère des Affaires étrangères, Ahmad Abou-Zeid, a affirmé, lui, que le ministre, Sameh Choukri, s’est entretenu avec plusieurs acteurs régionaux afin de trouver une solu­tion à la crise dans les territoires palestiniens.

Et après l’obtention par l’Egypte d’un siège non permanent au Conseil de sécurité de l’Onu, Choukri, a annoncé que « Le Caire placera la cause palestinienne en tête de son agenda au sein du Conseil. L’Egypte s’emploie à convaincre les parties en conflit à retourner à la table des négociations. Nous travaillons égale­ment en vue de la restitution des ter­ritoires occupés aux Palestiniens et de la reconnaissance de l’Etat pales­tinien avec Jérusalem comme capi­tale ».

Pourtant, aucun contact n’a été pris ni avec les factions palestiniennes ni Israël pour contenir la situation. Au-delà des déclarations officielles, il semblerait que Le Caire ait changé son agenda concernant la cause palestinienne en raison des diffé­rends avec le Hamas depuis la desti­tution de Mohamad Morsi en juillet 2013. « Les médias égyptiens igno­rent la question palestinienne d’une manière délibérée. Les Palestiniens attendent une intervention de l’Egypte dans la nouvelle crise qui les oppose aux Israéliens. Le Caire doit montrer à nouveau au monde qu’il est un acteur régional impor­tant. Nous devons au moins avoir l’air de faire quelque chose pour nos frères palestiniens », estime Ossama Al-Ghazali Harb, analyste politique au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Le Caire reste un pilier incontour­nable et peut encore se rendre utile en proposant sa médiation. Il doit revenir sur la scène palestinienne », ajoute-t-il.

Frontalière d’Israël et de la bande de Gaza contrôlée par le Hamas et sous blocus israélien, l’Egypte a souvent joué un rôle d’intermédiaire entre ses deux voisins. Le long des 65 ans du conflit israélo-palestinien, Le Caire a toujours été présent et il a même tiré les ficelles du jeu à cer­tains moments. Le rôle de l’Egypte a été par exemple décisif dans l’arrêt de la guerre de Gaza en juillet 2014, en présentant au Hamas une initia­tive de cessez-le-feu pour mettre fin au conflit avec Israël. A l’époque, les responsables gazaouis avaient sou­tenu que cette initiative favorise Israël et que celle-ci a été négociée entre Le Caire et Tel-Aviv sans consulter la partie palestinienne. Mais en fin de compte, c’est grâce à cette initiative et à la médiation du Caire que la guerre s’est terminée. « L’Egypte ne pouvait pas rester à l’écart ou être exclue d’un accord de cessez-le-feu. Elle tenait à ne pas être marginalisée et à ne pas perdre son rôle de premier plan dans le processus de médiation », explique, à France Info, Nathan Thrall, du bureau de Jérusalem de l’Internatio­nal Crisis Group (ICG).

Attaques contre l’armée

Mais il semble que Le Caire a récemment changé sa position. « Les possibilités d’une médiation de l’Egypte sont visiblement beaucoup plus limitées aujourd’hui. L’Egypte préfère se mettre à l’écart cette fois-ci en raison de sa mauvaise relation avec le Hamas qu’il perçoit comme une organisation terroriste. Les rela­tions entre l’Egypte, Gaza, le Hamas et Israël sont très compliquées à pré­sent », reprend Al-Ghazali Harb. Le gouvernement égyptien a souvent accusé des Palestiniens, notamment du Hamas, l’une des branches des Frères musulmans, d’organiser des attaques contre l’armée dans le Sinaï et d’essayer de semer le trouble dans le pays. Depuis son accession au pou­voir en juin 2014, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a ordonné la destruc­tion des tunnels de contrebande qui alimentent la bande de Gaza, forte­resse du Hamas, mais qui permettent aussi le trafic d’armes entre les deux côtés de la frontière. De plus, Le Caire a fermé le point de passage de Rafah, unique terminal frontalier qui ne soit pas contrôlé par les Israéliens, ne l’ouvrant que pour de courtes périodes et à longs intervalles.

Néanmoins, les factions palesti­niennes n’ont jamais rejeté le rôle de l’Egypte en tant qu’acteur de premier plan. L’ambassadeur palestinien au Caire, Gamal Al-Chobaqi, a confirmé que les contacts entre le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le président Sissi n’ont jamais cessé au cours de la dernière période. « Les deux dirigeants discu­tent toujours de la situation actuelle dans les territoires occupés. Les contacts entre les parties égyptienne et palestinienne ne se sont jamais rompus. La preuve est la visite d’Abou-Mazen au Caire, le mois der­nier, avant de se diriger aux Etats-Unis. Si la situation ne s’améliore pas, Abou-Mazen se rendra prochai­nement au Caire », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à sa rési­dence vendredi dernier. L’Autorité palestinienne mise toujours sur l’Egypte et sa capacité à influencer le cheminement de la crise.

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