
Al-Dostour, fondé par Mohamad Al-Baradei, affronte aujourd'hui beaucoup de conflits.
La crise avait éclaté en mai dernier lorsque la présidente du parti, Hala Choukrallah, avait annoncé son intention de ne plus se représenter au poste de président du parti, et a appelé à de nouvelles élections. Mais le comité suprême du parti a estimé que Choukrallah n’avait pas le droit d’appeler à des élections estimant qu’il était la seule instance en droit de le faire. Choukrallah a été déférée le 15 août dernier par le comité des sages devant une commission d’enquête pour avoir «
enfreint » les lois du parti. La crise a été exacerbée par la démission, la semaine dernière, du porte-parole du parti, Khaled Daoud. «
J’avais l’intention de démissionner le 26 juin, le jour où des élections devaient se dérouler pour choisir un nouveau président, car j’estimais que le président qui serait élu a le droit de choisir un porte-parole pour le parti. Mais les élections ont été reportées et lorsque Choukrallah a présenté sa démission, j’ai pensé que je ne devais pas continuer, surtout que le président par intérim est le secrétaire général du parti, Tamer Gomaa, et il a le droit de choisir un nouveau porte-parole », a déclaré Khaled Daoud. Les élections du président, du secrétaire général et du trésorier du parti devaient avoir lieu le 8 mai, mais elles ont été reportées à juin puis au 28 août.
Après son élection à la tête d’Al-Dostour en février 2014, Hala Choukrallah a été la première femme copte à accéder au poste de chef d’un parti égyptien. Elle a annoncé qu’elle ne pouvait pas achever son mandat de 3 ans à cause de « son travail et de ses engagements » et qu’elle ne resterait qu’une seule année à la tête du parti.
Le parti Al-Dostour a été fondé par la figure de l’opposition Mohamad Al-Baradei en 2012 après la révolution de janvier 2011, mais dernièrement, le parti a connu des désaccords sur les élections internes. Daoud, qui était le porte-parole du parti pendant 3 ans, a expliqué que la raison principale de la démission de Hala Choukrallah est due aux conflits qui existent au sein du parti au sujet de la supervision des élections internes du parti. « Il y a des divergences entre Choukrallah et Tamer Gomaa, secrétaire général du parti, concernant les moyens de superviser les élections. Choukrallah voulait former un comité indépendant loin du parti pour superviser les élections, mais Gomaa préfère le comité suprême du parti », affirme Khaled Daoud à Al-Ahram Hebdo. Mais selon d’autres membres du parti, des raisons plus profondes sont à l’origine des différends entre Choukrallah et Gomaa. C’est ce qu’affirme Ahmad Al-Sayed, secrétaire général du parti à Guiza : « Lorsqu’Al-Baradei a fondé le parti, il a accepté d’y intégrer des gens de diverses tendances politiques. Cette situation a fait qu’il y a deux courants au sein du parti. Le premier est de gauche et l’autre libéral. Les partisans du premier courant pensent que le parti doit continuer sur la voie de la révolution, surtout que les objectifs de celle-ci n’ont pas été réalisés jusqu’à présent. Le deuxième courant trouve que le parti doit travailler avec le président Abdel-Fattah Al-Sissi et ne pas s’opposer à l’Etat au cours de la période actuelle. Il est mené par Tamer Gomaa », affirme Al-Sayed. Et d’ajouter que Tamer Gomaa était l’assistant du ministre de la Solidarité sociale en 2014, et est accusé par plusieurs membres du parti d’être proche du pouvoir. Le règlement du parti autorise Gomaa à nommer les chefs des comités sans consulter Choukrallah. Celle-ci n’a pas pu supporter ce bras de fer et a préféré se retirer.
Conflits intestins
La crise du parti Al-Dostour est très symptomatique du paysage politique égyptien. Beaucoup de partis politiques fondés après la révolution de janvier 2011 n’ont pas été en mesure de créer un climat différent de celui qui prévalait avant la révolution. « Al-Dostour n’est pas un cas à part. La plupart des partis fondés après la révolution manquaient de l’expérience nécessaire et font face à des conflits internes », analyse le politologue Wahid Abdel-Méguid. Et d’ajouter : « Beaucoup de ces jeunes partis fondés après la révolution ne possédaient ni l’expérience ni les cadres nécessaires pour opérer sur la scène politique », analyse Abdel-Méguid. Selon Wahid Abdel-Méguid, la fondation des nouveaux partis est venue très vite après la révolution dans la foulée de la vague libérale qui a suivi le 25 janvier, mais le terrain n’était pas propice à un tel épanouissement. « Il n’y avait aucune stratégie pour la fondation de ces partis. Aujourd’hui, ils sont fragilisés et manquent d’une base solide. Certains sont devenus une sorte de business qui répond aux intérêts de leurs fondateurs », pense Abdel-Méguid. De même, le paysage politique dans lequel sont sortis ces partis, longtemps monopolisés par l’Etat, ne leur a pas permis de fonder une base populaire.
Des partis, comme les Egyptiens libres, fondé par l’homme d’affaires Naguib Sawirès, et l’Egyptien social-démocrate ont connu des conflits similaires. En mai 2014, plusieurs dizaines de membres du parti de l’Egyptien social-démocrate avaient présenté leur démission tels que le vice-président du parti, Emad Gad. Celui-ci avait alors expliqué que le parti « n’a pas de politique claire et que certains membres du parti trouvent que le 30 juin n’est pas une révolution et refusent de soutenir certains candidats du parti aux élections ».
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