Dossier > Dossier >

Riyad-Dubaï : Critiques entre voisins proches

Aliaa Al-Korachi, Jeudi, 30 juillet 2015

L'Arabie saoudite et son voisin émirati sont en désaccord sur les questions régionales, mais Riyad et Dubaï sont habitués à régler leurs différends dans la discrétion.

« De hauts cadres Frères musulmans se jet­tent dans les bras des pays du Golfe. Comment la région peut-elle se stabiliser ainsi ? », cri­tique Dhahi Khalfan, chef-adjoint de la police de Dubaï considéré comme l’homme fort de la sécurité à Dubaï, mais aussi aux Emirats, sur son compte Twitter. Il dénonce la position de « certains pays du Golfe qui abritent des diri­geants des Frères musulmans ».

Ces tweets interviennent après la récente visite en Arabie saoudite du chef du Hamas, Khaled Mechaal, et de Abdel-Méguid Al-Zendani, chef des Frères musulmans au Yémen. Khalfan, habitué à poster des tweets qui suscitent les polémiques, les a multipliés ces derniers mois en fustigeant l’ouverture de Riyad envers quelques islamistes de la région.

Bien que le chef-adjoint de la police émiratie ait déclaré que ses propos le représentent « personnellement » et n’ont aucun lien avec la position officielle des Emirats arabes unis, ils mettent en lumière la position des Emirats. La presse du Golfe ne cesse notamment de signa­ler un certain désaccord entre Riyad et Abu-Dhabi concernant des questions régionales, notamment la crise yéménite.

Alors que les Emirats ont avancé une initia­tive pour résoudre la crise au Yémen, qui consiste à donner un nouveau rôle au prési­dent déchu Ali Abdallah Saleh, allié des Houthis, pour barrer la route aux islamistes, l’Arabie saoudite rejette fermement cette pro­position et a tissé des liens avec le parti de la confrérie yéménite, la Réforme, à la tête des combats contre les Houthis. Abu-Dhabi regarde d’un oeil méfiant cette coopération saoudienne avec les Frères musulmans du Yémen, comme l’indique Yousri Al-Azabawi, spécialiste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « Abu-Dhabi n’a même pas caché son opposition à la nomination d’un Frère musulman soutenu par Riyad au poste de gouverneur de la ville d’Aden après sa reprise aux Houthis », a-t-il indiqué. Il ajoute que ce « rapprochement tactique » de Riyad, qui se trouve obligé de coopérer avec les Frères vu l’incapacité de ses frappes aériennes à mettre fin à l’avancée des Houthis sur le terrain, est mal vu par les Emirats qui pensent que les deux branches de la confrérie, au Yémen et en Egypte, sont les deux faces d’une même pièce.

Al-Azabawi souligne un autre point de désaccord entre les deux voisins du Golfe, cette fois, autour de la crise syrienne. Alors que les Emirats soutiennent « le front sud », dit l’Alliance de l’opposition modérée, dans les combats contre le régime syrien, craignant que les islamistes ne prennent le pouvoir en cas de chute du régime Al-Assad, l’Arabie saoudite, en coopération avec le Qatar et la Turquie, a établi une alliance militaire dite « l’armée de conquête », formée de factions islamistes, y compris des Frères musulmans.

Dubaï affirme son opposition à toute émanation des Frères

Pourtant, selon Al-Azabawi, ces différends ont peu de chances de se transformer en clash entre les Emirats arabes unis — Dubaï en tête — et l’Arabie saoudite, habitués à régler leurs différends dans la discrétion.

Dubaï, comme l’explique Ahmad Youssef de l’Université du Caire, en soutenant diplo­matiquement et financièrement l’Egypte contre les Frères, a espéré que la chute de la confrérie en Egypte étoufferait définitivement les ambitions des Frères d’arriver au pouvoir dans certains pays du Golfe. Sa position s’ex­plique par les ambitions politiques de l’Asso­ciation islamiste émaratie Al-Islah, d’obé­dience Frères musulmans, qui a vu le jour dans la monarchie en 1970, formée essentiel­lement de membres de la confrérie égyptiens qui ont fui l’Egypte dans les années 1960 à l’époque de Nasser. Ceux-ci ont ensuite pros­péré et occupé des postes, notamment dans le secteur judiciaire et de l’éducation où ils ont formé un Etat dans l’Etat.

Au début des années 1990, cette association est entrée en conflit avec le gouvernement, lorsqu’elle a dévié de ses activités initiales : culturelles, sociales et philanthropiques, pour créer une branche politique, chose interdite aux Emirats.

En 2006, pour réduire leur influence sur les jeunes, le gouvernement émirati a commencé à déplacer les membres d’Al-Islah vers des postes hors des domaines judiciaire et éducatif. La rupture a été consommée en 2011, à l’époque des Printemps arabes, quand cette association a demandé l’introduction de réformes politiques, dont la création d’un Conseil consultatif semi-élu.

Les Emirats, dont fait partie Dubaï, ont adopté par la suite « une tolérance zéro » envers ces islamistes en multipliant les arresta­tions, comme l’explique Al-Azabawi, les accu­sant de vouloir renverser le régime. Le mouve­ment a été classé en novembre 2014 « terro­riste » par les Emirats arabes, qui ont inscrit également sur leur liste noire presque toutes les branches étrangères connues des Frères musul­mans, cette liste comprend au total 83 organi­sations islamistes .

Mots clés:
Lien court: