Al-Ahram Hebdo, Visages | Hani Al-Chimi, La clé des sources

  Président
Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef exécutif
Hicham Mourad
  Conseiller de la rédaction
  Mohamed Salmawy

Nos Archives

 Semaine du 7 au 13 juillet 2010, numéro 826

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Visages

Hani Al-Chimi, professeur de biochimie et génétique à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire, a été désigné « chercheur le plus prolifique d’Egypte ». Une distinction qu’il doit, entre autres, à sa découverte d’un traitement de la leucémie par des extraits de saule.

La clé des sources

Il a préféré se dédier tout entier à son pays natal, l’Egypte, plutôt que de poursuivre ses recherches aux Etats-Unis. Beaucoup ont fait le choix contraire, mais c’est le professeur de biochimie et de génétique à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire, le Dr Hani Abdel-Aziz Al-Chimi, également directeur des laboratoires de biotechnologies dans le même établissement. Al-Chimi a découvert, avec son équipe, un remède contre la leucémie grâce aux extraits de saule, un arbre très répandu en Egypte et qui a même été reconnu par les pharaons pour ses vertus médicinales. Ponctuel et sans snobisme, il reçoit ses visiteurs dans son bureau où s’accumulent les magazines internationaux spécialisés en biochimie. Une documentation de valeur dans le complexe des laboratoires de la faculté d’agronomie. Le coin est tout en verdure, agréablement arrangé. « Si vous ne trouvez pas cette belle verdure chez nous, où la trouverez-vous ? », ironise ce diplômé de la promotion 1988. L’abondance de ses recherches et son enthousiasme ont fait de lui une vedette placée — non sans mérite — sous les feux de la rampe.

Originaire du village d’Al-Khatatba dans le gouvernorat de Ménoufiya dans le Delta, issu d’une famille modeste de simples villageois, Hani Al-Chimi n’était pas à l’origine un passionné d’agriculture. C’est le résultat qu’il a obtenu au baccalauréat, section de sciences, qui l’a mené à la faculté d’agronomie. Al-Chimi souligne : « Il ne faut pas nier qu’au début, j’étais un peu gêné. Car j’aspirais plutôt à la faculté de médecine. Mais je constate que quelqu’un doté de fortes ambitions est capable de tout. Il faut sans doute œuvrer à annuler ce système d’admission par pourcentage, pour laisser libre cours à la créativité des étudiants. S’agissant de recherche scientifique, il faut faire appel à la réflexion et au raisonnement ». Et d’ajouter : « La faculté d’agronomie n’est pas une faculté d’études basiques ou rudimentaires, comme l’affirment certains ! Les matières étudiées sont ardues et très sérieuses », explique Al-Chimi. « La biochimie est un domaine très sensible, en rapport étroit avec toutes les créatures vivantes. C’est un domaine qui ouvre au chercheur des horizons infinis, surtout lorsqu’il s’agit de produits naturels. Le retour à la nature est d’ailleurs une orientation mondiale, qui a le vent en poupe depuis des années. On a de plus en plus tendance à éviter les produits chimiques, aux effets nocifs », souligne Al-Chimi qui a déposé, en 2008 aux Etats-Unis, son brevet d’invention sur le traitement de la leucémie avec l’utilisation d’extraits végétaux qui attaquent uniquement les cellules cancéreuses.

Les résultats scientifiques d’Al-Chimi en biologie moléculaire sur le saule ne sont pas encore appliqués en médecine, même si le début de ses travaux remonte à 2003 grâce à un financement japonais et une bourse d’échange scientifique avec l’Université du Caire. « Mes premières recherches sur l’usage du saule ont eu lieu sous la direction de mon maître et professeur Ahmad Aboul-Enein, dès les années 1990. Ensuite, j’ai choisi pour mon magistère en 1992, le titre d’Etudes biochimiques sur les feuilles de Salix Safsaf », déclare Al-Chimi qui maîtrise aussi la langue japonaise et détient en fait deux doctorats. Le premier, obtenu en Egypte en 1996, est intitulé Etude biochimique sur quelques facteurs antinutritionnels, et le second en 2006 au Japon, avec pour titre Etude pour l’analyse de facteurs contrôlant la production de protéines sur la physiologie nutritionnelle des plantes et la biologie moléculaire des plantes. Aujourd’hui, il a un autre rêve. « Voir ma recherche sur les composantes naturelles du saule pour lutter contre la leucémie, publiée dans des magazines scientifiques internationaux, tels Nature Method, ou la revue américaine Science », dit Al-Chimi, non sans enthousiasme. Avant d’ajouter : « Je conseille à tout chercheur de ne pas limiter ses essais. Un jour, il parviendra à son but. Tout chercheur scientifique doit s’armer d’enthousiasme, en dépit des circonstances qui l’entourent. Nous, les Egyptiens, sommes un peuple très sentimental. Si nous échouons une fois, nous perdons espoir ! Il ne faut jamais perdre espoir ». Même si en Egypte, le financement fait gravement défaut. « Le ministère de l’Enseignement et l’Académie des recherches scientifiques ont mis en place de nouvelles stratégies pour encourager la recherche scientifique. Ensemble, ils ont édifié le Conseil suprême des sciences et de la technologie. Celui-ci regroupe 8 membres entre savants et responsables des divers ministères et hommes d’affaires. Une fois les recherches académiques liées à l’industrie, tout chercheur trouvera le moyen d’appliquer ses théories ou hypothèses. Le Fonds des sciences et du développement technologique, créé en 2007, est un pivot de financement, présidé par le Conseil suprême des sciences et de la technologie », déclare Al-Chimi qui incite tout nouveau chercheur à visiter le site du Fonds des sciences et du développement technologique pour tenter de trouver un financement à ses travaux. « Outre l’appui financier et l’aide matérielle, un chercheur scientifique a aussi besoin de soutien moral. J’espère un jour que les médias attribueront aux chercheurs scientifiques la même place qu’ils accordent aux joueurs de football », lance-t-il. Financement, encouragement et travail d’équipe : ce sont là les trois éléments essentiels de la réussite de la recherche scientifique, selon Al-Chimi. L’équipe travaillant avec lui sur la leucémie est formée d’assistants égyptiens et même japonais, en physiologie, en rendements agricoles et statistiques. « Pourquoi ne pas exploiter le potentiel du pays, pour lui rendre sa gloire passée ? », s’interroge le chercheur au sens patriotique aigu et admirateur des savants égyptiens à la renommée internationale, comme Magdi Yaacoub, Ahmad Zoweil ou Moustapaha Al-Sayed.

Al-Chimi a le soutien de ses supérieurs. « L’Université du Caire accorde une prime de 100 000 L.E. à chaque nouvelle étude ou accomplissement scientifique publié dans un magazine international. Autrefois, cette même université était parmi les 500 meilleures du monde, d’après le classement de Shanghai. Actuellement, elle a perdu sa place, mais elle est en voie de revivification, notamment en ce qui concerne le nombre des publications », déclare Al-Chimi qui a battu tous les records en matière de publication de recherches scientifiques, d’après une étude effectuée en 2009 par l’Université du Caire. D’ailleurs, selon cette étude, il a été nommé « chercheur le plus prolifique d’Egypte », car il a à son actif 53 recherches débattues à l’étranger, 24 interventions en conférences internationales et 6 publications parues dans des magazines locaux.

« En 2006, Plos One, le troisième magazine scientifique mondial, spécialisé en science médicinale et humaine, m’a retenu pour devenir membre du corps rédactionnel. En 2009, j’ai été choisi pour occuper le poste de rédacteur en chef adjoint, en charge de la section biotechnologie. A la suite de cette nomination, j’ai publié dans le même magazine un article sur la plante du saule », déclare Al-Chimi qui a acquis lors de ses multiples voyages à l’étranger simplicité et pragmatisme, qui sont selon lui les clés de tout succès.

Le chercheur s’intéresse forcément de près à l’évolution de l’enseignement en Egypte. Il essaye d’apprendre au corps enseignant de l’Université du Caire les méthodes de rédaction d’un projet de recherche et dirige en ce moment 8 thèses de doctorat à l’Université du Caire, ainsi que 5 autres au Japon et aux Etats-Unis. Toutes ses occupations ne l’empêchent pas pour autant d’assister aux séminaires locaux ou internationaux.

Et pour les rares moments de repos, il s’amuse à lire les articles d’opinion, publiés dans la presse, notamment ceux abordant le progrès scientifique. « Je suis chanceux d’avoir une épouse qui comprend la nature de mon travail », dit Al-Chimi qui passe la partie majeure de son temps en laboratoire. Sa tanière sacrée dans la faculté d’agronomie. «Ma vie se passe d’un laboratoire à l’autre, avec mes étudiants. C’est là que se joue l’avenir du pays », assure-t-il avec un petit sourire plein de promesses.

Névine Lameï 

Retour au sommaire

Jalons

1966 : Naissance à Ménoufiya.

2003 : Meilleure recherche en génétique, au Congrès international de la génétique à Melbourne, Australie.

2005 : Prix d’Estime de l’Etat en Egypte en biochimie et lauréat du Prix Abdel-Hamid Choumane en Jordanie (fondateur de la Banque arabe, décernant un prix d’encouragement pour les chercheurs arabes).

2007 : Directeur des laboratoires biotechnologiques à la faculté d’agronomie de l’Université du Caire.

2008 : Brevet d’invention pour le traitement de la leucémie.

2009 : Désigné chercheur le plus prolifique d’Egypte.

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.