Al-Ahram Hebdo, Visages | Leila Solh Hamadé
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 6 au 12 août 2008, numéro 726

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Visages

Leila Solh Hamadé, vice-présidente de la Fondation Al-Walid Ibn Talal, a aussi été la première femme libanaise ministre. Issue d’une famille symbole de l’indépendance, elle se démène pour redonner au Liban son équilibre.

En quête de son pays

Au nord comme au sud, à l’est comme à l’ouest du Liban, elle est toujours présente, apportant soutien et réconfort à tous ceux qui le méritent. Qu’ils sont nombreux ces derniers et qu’elles sont défavorisées ces régions éparpillées un peu partout dans ce minuscule pays de 10 452 km2 ! Raison pour laquelle elle le parcourt de long en large, tentant de panser un tant soit peu les plaies et offrant de petits projets productifs susceptibles de combler les lacunes d’une vie en mal de revenus et sans espoir de survie.

Elle, c’est Leila Solh Hamadé, vice-présidente de la Fondation humanitaire Al-Walid bin Talal et ancienne ministre de l’Industrie sous le gouvernement de Omar Karamé, en 2004. Un titre certes honorable, d’autant plus qu’elle est la première dame de l’Histoire libanaise à occuper un portefeuille ministériel. Dernier point, mais non le moindre : elle est la benjamine du symbole de l’indépendance libanaise en 1943, le regretté Riad Solh. « J’étais bien trop jeune lorsque mon père a été assassiné. Je n’ai donc aucun souvenir de lui. Après quatre filles, toute la famille attendait le garçon. Hélas, elle fut déçue à ma naissance, contrairement à mon père qui m’a entourée de toute son affection et de sa tendresse », dit-elle humblement. Et d’ajouter : « Tout ce que je sais de lui, c’est à travers le récit de mes sœurs et de ma mère et de tous ceux qui l’ont connu. J’ai ensuite beaucoup lu et écouté, et c’est comme si je l’avais connu. En tout cas, j’ai le sentiment qu’il est toujours là et qu’il suit ce que je fais. Mon mari Majed Sabri Hamedé (fils d’un ancien président du Parlement), lui aussi disparu trop tôt, j’ai eu la chance d’avoir deux références nationales rares qui m’ont donné l’élan nécessaire pour me lancer dans l’action publique et assumer des responsabilités sociales et politiques ». Avec son mari Majed, titulaire d’un master en économie de l’Université de Georges Town (Etats-Unis) et ministre de l’Education en 1975, sa vie rayonne en plein milieu des 15 ans de guerre civile libanaise avec la naissance de ses « trois bonheurs ». Il s’agit sans doute de ses enfants Haya, pédiatre diplômée de Cleveland (Etats-Unis), Sabri, qui vient d’être promu en Pennsylvanie, et Maha, sa compagne au Liban qui fait des études de Business à l’Université américaine de Beyrouth.

Mais le destin en décide autrement. La mort rafle Majed à 48 ans, à la suite d’un cancer. Elle élève donc seule ses enfants. « J’ai voulu qu’ils soient indépendants. Je suis très fière de mon père, mais à chacun sa personnalité », fait-elle remarquer.

Armée donc de ce riche patrimoine familial, marqué par la transparence et l’honnêteté, elle se lance dans la vie publique avec multitudes de titres et fonctions. L’on peut s’enorgueillir du fait qu’elle soit la fille de la première indépendance du pays du Cèdre. Libanaise, elle l’est jusqu’au bout des ongles, soucieuse de trouver une solution aux nombreux problèmes de ses compatriotes de tous bords. Qu’ils soient sunnites, chiites, maronites, orthodoxes, arméniens ou autres, peu importe. « L’essentiel est d’avoir une égalité non pas intercommunautaire, mais interlibanaise. Rien n’est plus facile que d’être à la tête d’une communauté. Le plus difficile est d’être à la tête d’une nation », affirme-t-elle fièrement, reprenant pratiquement les mêmes idées que son père, le signataire du pacte de 1943, partageant le pouvoir entre chrétiens et musulmans, dans un esprit consensuel.

Consciente de la gravité de la conjoncture libanaise, elle estime que la crise s’est développée à trois niveaux. « Tout d’abord, au niveau de la population qui n’a pas réussi à se doter d’un sentiment d’appartenance citoyenne et nationale », dit-elle En ajoutant : « Aujourd’hui, le Libanais voit le jour dans un quartier, dans un village, dans une région et dans une communauté avant de naître dans un pays ». Affirmation douloureuse et pourtant vraie.

Au second niveau, il y a la classe politique qui « a privilégié ses intérêts personnels et confessionnels au détriment de ceux du pays », lance-t-elle. Quant au troisième, c’est l’absence de « structures étatiques qui pourraient unifier les Libanais et devenir leur recours naturel en cas de crise », conclut-elle.

Une sagesse profonde et une personnalité forte se dégagent de prime abord des traits de son visage. Mais en revanche, c’est aussi et surtout une douceur humaine, un sourire cordial qui illumine ses yeux pétillants lorsqu’elle reçoit ses visiteurs ou qu’elle va à la rencontre des personnes désireuses de la voir.

Toute émue, elle raconte sa récente tournée dans le sud et dans la Békaa, accompagnée d’une trentaine de non-voyants, dans le cadre d’un atelier qu’elle a équipé en matériel informatique et artisanal. Un spectacle des plus touchants lorsqu’une toute petite aveugle l’a accueillie pour lui montrer le fruit de leur travail en poterie, chaises et autres.

Dans son élégant bureau situé au cœur de Beyrouth, au centre-ville bruyant, c’est plutôt un havre de paix qui nous attendait. La rue porte d’ailleurs le nom de son père, Riad Solh. Majestueuse et d’une humilité digne d’une descendante des Solhs, tout de noir vêtue, couleur qui ne l’abandonne plus depuis la perte de son compagnon de vie.

Leïla Solh ne se contente pas des tâches humanitaires qu’elle accomplit au sein de la fondation Al-Walid Bin Talal dont elle est la vice-présidente. Elle fait aussi office d’architecte de l’indépendance dont elle poursuit avec sa famille la mission de « gardienne ». « J’ai la chance d’avoir une famille très soudée. Nous sommes cinq filles. L’aînée Alia est décédée récemment. Elle était un peu notre phare et notre force. Avec mes sœurs, nous avons restauré le palais de Riad Solh à Ouzai où nous avons chacune une aile. Nous nous y retrouvons régulièrement avec nos familles respectives. Alia était en France, Mona en Arabie saoudite, Lamia au Maroc et Bahigea au Liban. Nous sommes restées très proches », dit-elle. En somme, une véritable ligue arabe bien unie si l’on songe que la maman est, elle, Syrienne.

En tout cas, pour le moment, c’est son agenda bien chargé qui la préoccupe. Ce sont des journées remplies de projets à lancer, d’aides à fournir. Il ne s’agit pas d’une rencontre fortuite, mais d’un rendez-vous au quotidien avec tous ceux qui ploient sous le lourd fardeau des besoins vitaux difficiles à satisfaire. Faute de moyens, mais aussi, il faut bien l’avouer, faute de stabilité politique et économique. Car « produire une nouvelle classe politique consciente de l’importance de préserver ce pays bâti sur la coexistence et la justice, prête à développer les institutions étatiques au détriment de ses propres intérêts, est une lourde tâche, mais elle n’est pas impossible. Elle est en tout cas la seule voie de salut pour le pays », estime-t-elle.

Loin de la politique et de ses déboires, la vie continue au rythme de son programme fixe. Régulièrement, elle passe une journée dans une région déterminée, jamais la même. Offre de belles paroles réconfortantes et promesses avec des réalisations concrètes. Et le soir, c’est enfin l’heure d’un repos bien mérité. « C’est le moment idéal pour veiller en solitaire », dit-elle.

Les projets qu’elle lance sont placés sous la houlette d’une institution de taille fondée le 16 juillet 2003, en commémoration de l’assassinat de Riad Solh. « La Fondation Al-Walid bin Talal ne fait pas de distinction entre les Libanais et les autres, œuvrant à soutenir les couches les plus défavorisées. Mais elle ne peut ni ne veut en aucun cas remplacer les structures étatiques », dit-elle.

Son approche politique, elle l’a acquise aussi à travers sa présence assez courte à la tête du ministère de l’Industrie, en 2004. Cette présence lui a permis de constater le besoin urgent de compétences capables de redorer le blason de l’Etat, et bien plus, de lui redonner à l’Etat. « Je crois que le problème du pays aujourd’hui, c’est l’absence de grands hommes libres engagés seulement vis-à-vis du Liban et des Libanais (...) Entrer dans la logique de la majorité et de la minorité est une dérive du système », souligne-t-elle.

Le Liban de ses rêves ? Sans doute, il est celui de Riad Solh et Béchara Khoury, un pays fondé sur la coexistence et l’entente. « Je suis fermement convaincue que ce Liban là n’est pas un rêve », dit-elle. En tout cas, l’avenir du pays la préoccupe, convaincue que le Liban n’est pas à réinventer, mais à retrouver.

Mireille Bouabjian

Retour au sommaire

Leila Solh Hamadé

- Naissance à Beyrouth.

- Etudes au Lycée français et au Collège protestant de Beyrouth.

- Etudes de Lettres orientales à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

- Années 1970 : Mariage avec Majed Sabri Hamadé.

- A partir de 2003 : Vice-présidente de la Fondation humanitaire Al-Walid bin Talal.

- 2004-2005 : Ministre de l’Industrie.

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.