Al-Ahram Hebdo, Egypte | La manœuvre des municipales
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Egypte

Frères Musulmans. Privée de son slogan « L’islam est la solution » et soumise à une campagne d’intimidation sans faille, la confrérie insiste à disputer les municipales en affichant un objectif « social ».  

La manœuvre des municipales 

Après leur succès aux élections législatives d’octobre et novembre 2005, les Frères musulmans ont annoncé cette semaine leur intention de participer aux élections municipales qui doivent se dérouler le 8 avril prochain. « Nous avons décidé de participer à ces élections municipales pour faire face à la corruption. Notre objectif est social et non politique », insiste Mohamad Mahdi Akef, le guide de la confrérie. Et d’ajouter : « La corruption a atteint un niveau inégalé dans les municipalités. Le résultat est plus de pauvreté et de chômage et un manque de services ». La décision des Frères de disputer les municipales intervient au moment où ils font face à une campagne d’intimidation et d’arrestations sans précédent. En une seule semaine, 90 membres de la confrérie ont été arrêtés dans 5 gouvernorats. Il ne s’agit pas de cadres traditionnels mais de « symboles populaires », candidats potentiels aux élections. Depuis 2005, 553 Frères musulmans ont été arrêtés par les autorités dont une quarantaine d’hommes d’affaires accusés de financement d’organisations interdites. « Nous n’allons pas céder face à cette campagne de répression. Ces arrestations visent à nous empêcher de participer aux élections, mais nous allons montrer au régime que nous n’avons rien perdu de nos capacités », annonce Mahmoud Ezzat, secrétaire de la confrérie. Il affirme qu’en 2005 l’Etat avait arrêté 6 000 membres de la confrérie, ce qui ne les a pas empêchés de remporter 88 sièges au Parlement.

Les élections municipales qui se tiennent tous les quatre ans devaient initialement être organisées en avril 2006, mais suite à un décret présidentiel, elles ont été repoussées par le gouvernement officiellement pour élaborer une nouvelle loi sur les municipalités. Un projet qui n’a toutefois pas vu le jour jusqu’à présent. Ces élections ont un enjeu majeur, car elles interviennent à deux ans des élections présidentielles. Or, conformément à l’amendement constitutionnel de 2005, les candidats à la présidentielle doivent obtenir l’approbation de 140 membres des municipalités dans 10 gouvernorats en plus de 65 députés de l’Assemblée du peuple et de 25 du Conseil consultatif.

La décision des Frères de disputer ces élections apparaît comme un défi à l’Etat d’autant que les Frères seront privés de leur traditionnel slogan « l’islam est la solution » en vertu des amendements constitutionnels qui interdisent aux candidats l’usage de slogans religieux. Privés de leur slogan et soumis à une campagne d’intimidation sans faille, pourquoi les Frères insistent-ils à disputer les municipales ? « Les Frères savent parfaitement qu’ils ne remporteront aucun siège à ces élections à cause des entraves posées par le gouvernement. Ils se souviennent de l’expérience des élections du Conseil consultatif où ils avaient totalement échoué après leur succès aux législatives précisément à cause de l’intervention de l’Etat contre eux. Cependant, je crois que les Frères veulent saisir cette opportunité pour prouver d’une part qu’ils sont toujours là et d’autre part parce que leur insistance à disputer ces élections va peut-être leur permettre de négocier avec l’Etat et d’obtenir des concessions sur d’autres questions importantes », analyse Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, soulignant que la confrérie veut obtenir la libération de ses cadres emprisonnés. Pour lui, la participation des Frères fait partie d’un jeu politique. « La confrérie veut mettre à profit ces élections pour intensifier médiatiquement la pression sur le gouvernement et poser devant les médias des questions comme le jugement de ces cadres devant les cours militaires », ajoute Al-Chobaki.

52 000 sièges seront en jeu le 8 avril prochain. Les Frères ont annoncé qu’ils présenteraient des candidats dans 20 % des circonscriptions. La confrérie va tenter de mettre à profit ces élections pour améliorer leur image. C’est dans ce contexte qu’ils ont annoncé leur intention de présenter des femmes candidates aux élections et de soutenir des candidats coptes indépendants. Parallèlement à ces mesures, les Frères chercheront à coordonner avec l’opposition traditionnelle. « Nous souhaitons former une plateforme commune avec les partis d’opposition », assure Saad Al-Qatatni, député des Frères musulmans.

La Confrérie des Frères musulmans a été fondée en 1928 par Hassan Al-Banna. Le mouvement, officiellement interdit depuis 1954, poursuit plusieurs objectifs dont l’application de la charia islamique et la création d’un Etat islamique en Egypte. Après une période de relations tendues avec le régime de Nasser, les Frères reviennent sur le devant de la scène sous Sadate qui s’en sert pour faire face à ses opposants communistes. Sous Moubarak, les relations entre la confrérie et l’Etat ont vacillé entre la répression et la tolérance. Dans les années 1980, les Frères parviennent à entrer au Parlement dans le cadre d’une coalition avec l’opposition et leur influence s’étend aux syndicats professionnels comme ceux des ingénieurs et des avocats (voir encadré). A l’approche de la fin du mandat du président Moubarak en 2011, l’Etat cherche à exclure les Frères de la scène politique. Une semaine avant la campagne électorale des municipales, l’Etat multiplie les mesures pour faire barrage aux Frères. Les membres des Frères éprouvent des difficultés à présenter leurs dossiers de candidature aux élections. « Les affiches électorales posées par nos candidats sont systématiquement déchirées. Nos candidats font face à des entraves administratives de toutes sortes lors de la présentation de leurs dossiers de candidature », dénonce Saad Al-Qatatni, affirmant que le verdict dans le procès des cadres de la confrérie actuellement en jugement a été remis pour les maintenir en détention. Pour l’Etat, il n’est pas question de laisser les Frères rééditer leur succès des législatives de 2005.

Chérif Soliman

Héba Nasreddine

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Nasser, Sadate, Moubarak et les Frères 

La Confrérie des Frères musulmans a vu le jour en 1928, alors que l’Egypte était encore sous domination britannique. Les Frères qui entretenaient des relations avec les Officiers Libres se sont élevés contre cette occupation. Les circonstances de la fondation de la confrérie ont vu la naissance d’un groupe clandestin au sein des Frères qui prônait l’usage de la violence contre ceux qui s’opposaient au groupe. Après la Révolution, les relations entre les Frères et les Officiers Libres se sont détériorées. Sous Nasser, les Frères font l’objet de vastes campagnes d’arrestations, et certains de ses membres prennent la fuite à l’étranger, notamment dans les pays du Golfe. Les activités de la confrérie deviennent alors clandestines. Les relations avec Nasser sont restées tendues jusqu’à la mort de celui-ci en 1970. L’arrivée de Sadate va alors changer la nature des relations entre la confrérie et l’Etat. Soucieux de limiter l’influence de ses adversaires communistes, Sadate encourage les islamistes à émerger sur la scène et fait preuve de complaisance envers les Frères. Il modifie la Constitution pour ajouter une clause qui fait de la charia la principale source de législation. En 1981, l’ancien président ordonne la libération des membres emprisonnés de la confrérie à qui il donnera une grande liberté. Les Frères émergent alors comme une force politique importante avec deux objectifs, le premier d’ordre stratégique consiste à créer un Etat islamique et le second, en étroite liaison avec le premier, consiste à faire pression par le biais des recommandations de la charia sur les citoyens pour attirer leur sympathie. Les Frères soutiennent la politique d’ouverture économique initiée par Sadate, mais s’opposent aux accords de Camp David.

Avec l’arrivée de Moubarak, les relations entre les Frères et l’Etat prennent une nouvelle tournure. L’Etat alterne alors la répression et la tolérance à l’encontre de la confrérie. Bien que lui accordant une certaine liberté, l’Etat sous Moubarak n’a jamais voulu lui concéder une quelconque légitimité. Privés de cette légitimité, les Frères agissent sur le terrain corporatif et infiltrent des syndicats comme ceux des médecins, des ingénieurs et des avocats. Dans les années 1990, l’Etat décide de réagir et place certains de ces établissements sous la tutelle judiciaire dans une tentative d’écarter les Frères de la scène politique. Si l’Etat a utilisé la répression contre la confrérie, il s’en est aussi servi comme épouvantail face à l’Occident. C’est ce qui s’est passé notamment lors des législatives de 2005, après qu’ils eurent remporté 88 sièges au Parlement. Le message à l’Occident, qui fait pression sur le régime égyptien pour engager des réformes démocratiques, était clair : si de telles réformes étaient engagées, les islamistes arriveraient au pouvoir.

 




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