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 Semaine du 5 au 11 Mars 2008, numéro 704

 

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Egypte

Coptes. Dans un verdict inédit, la Haute Cour administrative a enjoint le pape Chénouda à remarier un fidèle ayant obtenu le divorce.  

Ce que Dieu a uni … 

Pour assurer un « équilibre entre les décisions ecclésiastiques et les droits constitutionnels des citoyens », la Haute Cour administrative a enjoint samedi le patriarche copte Chénouda III à autoriser le remariage de Atef Kirollos, un homme de religion chrétienne ayant obtenu le divorce.

Jusqu’ici les tribunaux accordaient aux chrétiens le droit de divorcer ou de se refaire un mariage civil, laissant à l’Eglise l’autorité de valider ou non leurs décisions. Ce verdict est donc unique dans la mesure où il « empiète » en quelque sorte sur ce pré carré ecclésiastique en indiquant qu’« une décision juridique doit avoir des conséquences religieuses ». D’après les attendus du verdict, « le chef religieux (en l’occurrence le pape) n’a pas le droit de s’affranchir du pouvoir judiciaire en exerçant ses fonctions ». Le pape « est obligé de justifier » son refus d’accorder un permis de mariage aux personnes divorcées sinon, toujours d’après la cour, il aurait « outrepassé ses prérogatives ».

Dans une première réaction, le porte-parole de l’Eglise, Mgr Marcos, a affirmé sur un ton tranchant : « Nous obéissons à l’Evangile plus qu’à toute autre loi. La Bible est la Constitution qui gère notre vie ». Il a affirmé que le pape étudierait avec le saint-synode et le conseil communautaire copte (al-maglis al-milli) une action judiciaire pour invalider ce verdict.

Ce verdict final de la Haute Cour administrative semble loin de pouvoir clore l’affaire. L’avocat Naguib Gobrial qui soutient la position de l’Eglise affirme que, juridiquement, même un verdict final peut être invalidé « si son application est susceptible de provoquer des préjudices majeurs ». « La Cour de cassation avait affirmé que la justice n’a pas d’autorité sur le pouvoir religieux. Peut-on imaginer un verdict réduisant le mois de Ramadan à 25 jours pour alléger les gens ? C’est une question tranchée », ajoute Me Gobrial.

Si la législation égyptienne est dans sa plus grande partie laïque, calquée notamment sur la loi française, le statut personnel obéit à la charia (la loi islamique), alors qu’un code civil spécial adopté en 1938 régit les mariages et divorces des chrétiens. C’est sur ce code élaboré par des laïcs coptes et jamais reconnu par l’Eglise que se basent les tribunaux aujourd’hui. Il permet le divorce dans une dizaine de cas dont l’absence de l’un des conjoints pour plus de trois ans, la maladie incurable de l’un des conjoints, le manquement aux devoirs conjugaux, etc., et élargit l’interprétation de « l’adultère », seul cas admis par l’Eglise pour reconnaître le divorce.

Pour résoudre le problème, les chefs des communautés chrétiennes d’Egypte, orthodoxe, catholique et protestante, ont élaboré un code civil unique en 1978 pour fournir aux tribunaux une référence représentant la foi chrétienne en la matière. Malgré une deuxième tentative en 1998, ce code est resté dans les tiroirs du ministère de la Justice. « C’est peut-être le moment pour que l’Etat se penche sur cette législation dont nous avons demandé à maintes reprises l’adoption », revendique Mgr Marcos en réaction au verdict de samedi. La position stricte de l’Eglise laisse dans le suspense un grand nombre de fidèles divorcés, hommes et femmes, qui attendent, souvent plusieurs années, avant de savoir s’ils obtiendront ou non le droit de se remarier. Une situation qui se conclut souvent par la conversion à l’islam ou à un autre rite. C’est pourquoi le verdict a été bien accueilli par certains intellectuels coptes et défenseurs des droits de l’homme.

« Ce verdict ne contredit pas l’Evangile, il en contredit certaines interprétations », affirme Kamal Zakher, connu pour ses positions critiques envers le clergé copte. Comme lui, beaucoup d’autres fidèles appellent l’Eglise à adopter une position plus souple en donnant aux textes religieux une interprétation plus adaptée aux conditions de vie actuelle. « La décision de la cour montre notre besoin pressant d’une loi civile pour tous les Egyptiens souhaitant se marier en dehors des mosquées et des églises », affirme de son côté Hossam Bahgat, un militant des droits de l’homme. « La responsabilité incombe également à l’Etat qui doit trouver une solution, et celle-ci consiste à reconnaître le mariage civil. Sinon, je ne vois pas comment un tel verdict obligeant l’Eglise à conclure des mariages contraires à ses croyances puisse être appliqué », ajoute-t-il.

Après une décision semblable l’année dernière d’un tribunal de première instance en faveur du même Atef Kirollos, le pape Chénouda a réagi en affirmant qu’« aucune force sur terre ne pourrait forcer l’Eglise à contredire les enseignements de l’Evangile », ajoutant sous les applaudissements de plusieurs milliers de fidèles, que tout prêtre qui concluait un mariage en dehors de ce cadre sera « immédiatement défroqué ».

Chérif Albert

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