Al-Ahram Hebdo, Evénement |La spécificité de l’atout culturel
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 à 25 avril 2006, numéro 606

 

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Evénement
Egypte-France . La visite ce mercredien Egype du président Jacques Chirac vient illustrerdes relations spéciales entreles deux pays qui, en dépit d’un recul danscertains domaines, continuent de converger sur le plan politique.

La spécificité de l’atout culturel

Peau blanche, cheveux blonds et yeux colorés ... Originaire de Mansoura ? Ah, ça s’explique : Louis IX et les Français sont passés par cette ville. Des propos assez courants témoignant de la place qu’occupent les Français dans l’imaginaire égyptien, même le plus populaire. Réflexion humoristique qui fait aussi penser à l’expédition de Napoléon Bonaparte. Occupation militaire certes, mais qui est également perçue par les historiens égyptiens comme une ouverture vers le monde, une fenêtre sur la modernité. « Les Egyptiens n’ont jamais pensé à la France comme étant un pays colonial », explique l’historien Younan Labib Rizq. D’après lui, « l’expédition de Bonaparte n’a duré que trois ans et elle a été immédiatement suivie de l’occupation britannique ». Ce sont les Anglais alors qui se sont vu attribuer cet affront, alors que les Français ont dans la plupart du temps joui d’une image favorable. Une image souvent liée à la culture, à point que les Egyptiens vont jusqu’à parler d’impérialisme culturel français, contre une colonisation économique et politique britannique. Il faudrait peut-être penser aux anciens films noirs et blancs égyptiens. Un lexique qui n’était qu’un mélange entre l’égyptien et le français ... Un bonjour et un au-revoir quasi présents. L’historien Milad Hanna pense que cet ancrage profond de la France en Egypte « est dû en premier lieu à l’intérêt que les Français ont toujours accordé à l’Histoire et à l’archéologie égyptiennes ». Un héritage riche. On pense immédiatement à La Description de l’Egypte, à Mariette et plus encore à Champollion qui a déchiffré les hiéroglyphes à travers la pierre de Rosette. C’est un Français qui a fait revivre cette ancienne langue égyptienne. Aujourd’hui encore, cette présence est assez remarquable. La France est le premier partenaire de l’Egypte en matière d’archéologie avec plus de 45 missions de fouilles par an. Les Français sont allés jusqu’à créer une filière d’égyptologie à l’Université égyptienne (lire page 5). D’autres filières et universités, des centres de culture ou de recherche, des festivals et foires ont vu le jour. Malgré cette présence, l’Hexagone est de plus en plus absent. Un centre-ville haussmanien a perdu presque la totalité de ses enseignes et affiches françaises. Si un siècle auparavant la plupart des missions avaient pour destination la France : Tahtawi ou Taha Hussein, « à nos jours, les Egyptiens préfèrent les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne ou encore le Canada », explique Rizq. La culture anglo-saxonne prend-elle la relève ? Une prédominance de la culture du pétrodollar est sans équivoque. Il y a bien des années, l’élite de la société et les familles de la haute ou de la moyenne bourgeoisie inscrivaient leurs enfants dans des écoles françaises. Celles-ci sont toujours là : le Collège de la Salle, les Jésuites, la Mère de Dieu, mais les établissements à coloration anglophone les devancent de loin. Les familles optent pour un américanisme étendu depuis la seconde guerre mondiale.

Boutros Boutros-Ghali, le grand, ancien secrétaire général de l’Onu, a lui suivi une formation complètement française, son neveu Youssef Boutros-Ghali, ministre des Finances, a, quant à lui, fait des études en Angleterre. « Un recul évident », dit Rizq qui rappelle qu’autrefois les romans et les livres égyptiens étaient traduits en français. Les Français voient peut-être les choses autrement. Ils parlent en chiffre : plus de 45 000 élèves dans des établissements francophones et 80 000 Egyptiens utilisant de manière régulière le français. « Très peu, par rapport à un passé prestigieux », pense Milad Hanna. Il est vrai que le Centre français de culture et de coopération, implanté dans le quartier populaire de Mounira, cherche à ressusciter un passé fait de coopération riche, mais sa mission est extrêmement difficile. Ce n’est pas une inhabileté de la part de la France, mais une vérité qui fait que la francophonie est en perpétuel recul.

Preuve en est que dans d’autres domaines, surtout politique, le poids de la France se fait remarquer par les Egyptiens, même si ces derniers n’ont jamais oublié aux Français leur offensive militaire avec les Britannique et les Israéliens en 1956. Ils n’ont plus laissé tomber de leur mémoire que c’est grâce aux Français qu’Israël s’est procuré l’arme et la technique nucléaire. Peut-être la condamnation de Charles de Gaule de l’agression israélienne de 1967 a atténué en partie cette trace. L’ancien président français s’est vu attribuer le nom du boulevard de l’ambassade de France à Guiza au détriment de Mourad pacha ... Celui qui avait combattu l’expédition de Bonaparte.

Un changement de nom qui n’est pas fortuit. Toutes les relations entre l’Egypte et la France sont en effet vues sous l’angle d’une politique gaulliste. Le général serait bien lui qui a lancé ce qu’on appelle « des attitudes équilibrées et positives vis-à-vis des questions arabes », comme l’explique Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. C’est devenu une tradition en France, que ce soit la gauche ou la droite qui est au pouvoir. En Egypte et dans le monde, on loue souvent des attitudes françaises en leur faveur. La guerre contre l’Iraq ne serait peut-être que le dernier exemple. Paris a tenu tête à Washington sans pourtant pouvoir dissuader les Américains. C’est dire que les plans américains pour cette région trouvent une opposition dans l’Hexagone, à l’instar du projet du Grand Moyen-Orient, précise Chobaki. « Paris a alors adopté une position plus proche des points de vue arabes. C’est-à-dire rejetant un changement intervenant de l’extérieur ». Un point de vue qui ne lui a pas épargné des critiques de la part des ONG de la région qui accusent la France de « complaisance à l’égard des régimes en place ».

Des liens personnels

Les relations entre les deux présidents, Moubarak et Chirac, sont curieusement très étroites et assez anciennes. Il plaît au président égyptien de rappeler que son amitié avec Chirac remonte à l’époque où il était encore maire de Paris et venu inaugurer le métro du Caire. Une fois à l’Elysée, Chirac avait reçu Moubarak comme premier hôte étranger. Depuis, les accolades entre ces deux chefs d’Etat sont devenues des plus célèbres. Singulièrement, les Egyptiens s’ils ont retenu des noms de chefs d’Etat étrangers, bien sûr outre celui de Bush, c’est Chirac et Mitterrand. La rue semble retenir que ce dernier était un fan de l’archéologie égyptienne et de la ville d’Assouan, où il passait le plus souvent ses vacances de Noël. En dépit de cette fidélité à la tradition gaulliste, Chobaki relève que le rôle de la France est cependant en perpétuel recul, « du moins en grande partie. La France aussi bien que l’Allemagne se sont retirées au profit de l’Union européenne. L’essentiel de leurs efforts et moyens se déploient à travers l’Europe et non plus à titre individuel ». Le vieux continent a été cependant incapable de contrebalancer une grande puissance et un pouvoir américain prédominant. Du coup, l’apport de la France s’est trouvé réduit ... Par sa visite, à plusieurs reprises reportée, et qui se concrétise finalement ce mercredi, le président Chirac tentera de donner un nouvel essor à la présence française en Egypte. Son séjour doit déboucher sur la création d’un conseil égypto-français, présidé par les deux chefs d’Etat eux-mêmes.

Samar Al-Gamal

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« Les préoccupations de la France enversle Proche-Orient sont toujours les mêmes »

Frédéric Charillon, professeur en science politique, estime que le rôle français dans la région n’a pas reculé. Interview.

Al-Ahram Hebdo : Etes-vous pour ce qu’on appelle la persistance de la tradition gaulliste dans la politique française à l’égard du monde arabe ?

Frédéric Charillon : Il y a évidemment une sensibilité de la France au monde arabe avec une place particulière pour l’Egypte. Ce voyage de Jacques Chirac intervient à quelques jours du dixième anniversaire de son discours à l’Université du Caire. Un discours important qui refondait une politique arabe de la France. Il a toujours eu des propositions françaises pour le conflit israélo-arabe et une grande activité française au sein de l’Union Européenne (UE) pour des partenariats en Méditerranée.

— Cette politique a-t-elle évolué ou reculé ?

— Je crois qu’on ne peut pas vraiment dire qu’elle a beaucoup évolué. Parce que les relations entre Paris et Le Caire sont traditionnellement bonnes. Des relations de confiance qui datent d’avant-Chirac, avec Mitterrand aussi. Ce qui a évidemment changé, c’est le contexte de la région. La situation change, mais la concertation est toujours la même. Tout le monde a reculé d’une certaine manière. Même les Etats-Unis, aujourd’hui on ne peut pas dire que leurs intérêts ont beaucoup avancé. C’est une région qui est compliquée et dans laquelle il reste des conflits importants.

— Cependant, on estime que le rôle de la France a beaucoup reculé en faveur de l’UE ?

— Vous avez raison en partie. L’UE est un instrument supplémentaire qui ne remplace pas le souci spécifiquement français pour cette zone. L’activité diplomatique autour du Liban et la résolution 1 559 était plus spécifiquement française. Cela ne veut pas dire que sur d’autres dossiers la France n’agit pas avec l’Europe parce que l’UE est son environnement politique naturel et son groupe de partenaires de référence. Mais je le vois en tant qu’outil supplémentaire de la diplomatie française et non pas un recul. Les préoccupations de la France envers le Proche-Orient sont toujours les mêmes. En revanche, des fois, les moyens d’agir collectivement lui manquaient, aujourd’hui elle en dispose.

— Quel serait l’intérêt de créer un conseil égypto-français ?

— Je suis sceptique sur l’idée. Ce genre de conseil est une idée très anglo-saxonne et souvent il est vécu par les Français comme une sorte de club qui sert à mettre des proches pour les récompenser. Et dans ce sens, il n’est pas tout à fait utile. Un tel conseil pourrait en revanche être intéressant à condition qu’il soit bien géré et sort du cadre protocolaire. C’est-à-dire si on rassemble des gens qui ont l’habitude de travailler ensemble pour élaborer des stratégies et des initiatives politiques communes. Je crois que le président Chirac sait qu’il existe peu de chance pour que ses successeurs accordent autant d’importance que lui pour la région. En prenant cette initiative, Chirac voudrait créer des structures qui permettront à ses successeurs de tisser des liens permanents avec le Proche-Orient.

 




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