Al-Ahram Hebdo, Enquête |Semaine tragique à Alexandrie
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 à 25 avril 2006, numéro 606

 

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Enquête
 Incidents Interconfessionnels. Après l’attaque de trois églises d’Alexandrie (par un déséquilibré mental, selon la police), le calme est revenu dans la ville, mais l’émotion reste très vive.

Semaine tragique à Alexandrie

Alexandrie,
De notre envoyée spéciale —

Miami, à Alexandrie. Au lendemain des affrontements sanglants entre coptes et musulmans qui ont fait un mort et des dizaines de blessés, le quartier panse ses blessures. L’amertume apparaît sur les visages las et abattus. Tout près de l’Eglise des saints où a eu lieu l’un des épisodes du drame, un groupe de jeunes coptes s’est rassemblé. Ils font défiler le film des événements. L’irruption d’un inconnu muni d’une arme blanche au sein de l’église, la mort de l’un des leurs ... Et place aux commentaires : « Ce n’est pas un fou. Comment peut-il être fou ? C’est une affaire préméditée », lance l’un d’eux.

Tout avait commencé vendredi. Un homme muni d’une arme blanche fait irruption dans l’église Saint-Georges. Il monte au premier étage et attaque un ouvrier du bâtiment, Hanna Ibrahim, âgé de 45 ans, qui effectuait des travaux de restauration avant de s’acharner sur deux fidèles qui s’apprêtaient à quitter le bâtiment, Michaël Hénein, 42 ans, et Nagui Boutros, 17 ans. Les trois hommes ont été hospitalisés, le premier dans un état critique. Mais l’assaillant poursuit son périple sanglant. Il se rend dans une autre église, celle des saints, située rue 45, dans le quartier de Miami, et attaque les fidèles à la prière. Bilan : un mort, Noshi Atta Guirguis, 78 ans, et deux blessés, Michaël Seada, 25 ans, et Kozmane Tawfiq, 68 ans. La police, alertée, commence à peine à réagir lorsqu’on apprend que l’assaillant a attaqué une troisième église, celle de la Sainte-Vierge avant de prendre la fuite. Et ce n’est que dans une quatrième église, Saint-Georges, dans le quartier de Sporting, que le coupable est finalement arrêté. Selon le ministère de l’Intérieur, il s’agirait d’un déséquilibré mental. Mahmoud Salaheddine Abdel-Razeq, 25 ans, licencié de la faculté de commerce et vendeur dans une épicerie, habitait tout près de l’église Saint-Georges. Toujours selon la police, iI avait déjà attaqué une église, le 17 avril 2005, mais il n’était pas en possession d’armes blanches. Il avait été alors arrêté puis relâché, car souffrant de « troubles mentaux ». Le Parquet avait requis son internat dans un asile psychiatrique. Mais Mahmoud n’y aurait passé que 15 jours.

Dérangé mental ou pas ?

Quartier d’Al-Hadra. C’est là que réside le coupable. Une petite maison de deux étages, d’aspect modeste, située dans la rue Zaher Bayoumi. Des véhicules de la sécurité centrale sont stationnés devant la maison. Impossible de rencontrer les membres de sa famille. A quelques pas de la maison, des personnes qui ont côtoyé Mahmoud Salaheddine livrent leurs témoignages. « Mahmoud travaillait avec moi depuis quatre mois. Je n’ai rien remarqué d’anormal en lui. C’était une personne tout à fait ordinaire. Comme beaucoup de gens, il se rendait à la mosquée pour faire ses prières », assure Ossama Azab, propriétaire du magasin où travaillait l’assaillant. Et d’ajouter : « Nous avons beaucoup de clients coptes et Mahmoud les traitait gentiment. Mon avocat personnel est un copte. Il passait chaque jour au magasin et il n’a jamais eu de problème avec Mahmoud ». Azab raconte ce qui s’est passé le jour des faits. « Après que Mahmoud eut ouvert le magasin comme d’habitude, il a pris deux grands couteaux et il s’est dirigé vers l’église en courant. Nous ne savons pas ce qui lui a pris ».

Mahmoud venait de se fiancer il y a un mois et menait une vie normale. Il a trois frères. On dit qu’il était brillant à l’école mais qu’il n’avait pas d’amis. D’après son entourage, il ne manifestait aucun signe de fondamentalisme religieux. Cependant, depuis quelques semaines, il était devenu nerveux et irascible. La veille de l’incident, il n’est pas venu au magasin. Juste devant l’épicerie d’Ossama Azab se trouve un magasin d’épices. Le propriétaire, qui refuse de donner son nom, confirme : « Mahmoud était une personne normale. On le voyait tous les jours. Il ne faisait rien de suspect ».

Malaise chez les coptes

Mais comment expliquer donc qu’une personne normale puisse accomplir un tel acte ? Peut-on être frappé de folie subitement ? Quelqu’un était-il derrière Mahmoud ? Des questions qui ne cessent de se poser. Pour l’instant, il n’y a pas de réponse claire. Mais l’incident a exaspéré les sentiments de la communauté copte. « Nous ne sommes pas convaincus par cette explication. C’est un prétexte pour classer l’affaire. Ce n’est pas juste. Nous voulons connaître les vraies causes qui se cachent derrière les attaques dont notre communauté est la cible », critique Mina Guirguis, un citoyen copte. Derrière ces mots prononcés avec amertume se cache un énorme malaise. Pour preuve, ces confrontations sanglantes qui ont eu lieu samedi et dimanche à Miami. Des altercations à l’arme blanche et des jets de pierres ont transformé la rue 45 en un véritable champ de bataille. Des magasins ont été attaqués et des véhicules incendiés. Et le bilan est lourd : un mort parmi les musulmans et 50 blessés. Une vingtaine de personnes ont été arrêtées. Les forces de sécurité ont eu du mal à reprendre le contrôle de la situation. « Le ministère de l’Intérieur nous dit à chaque fois la même chose. C’est un fou et c’est fini. On veut la vérité, rien que la vérité. Si la police n’est pas capable de nous protéger, alors nous prendrons notre propre sécurité en main. Nous les jeunes de l’église Mar Guirguis avons décidé de nous relayer pour assurer la sécurité du bâtiment », crie Mariam Amin, 25 ans. « Nous allons pouvoir nous défendre et ils auront prochainement notre réponse », ajoute-t-elle. Quant à Emad, un jeune copte propriétaire de l’un des magasins attaqués, il exprime sa désolation. « Nous vivons ensemble depuis des années et nous célébrons nos fêtes et celles des musulmans. Mais que diriez-vous si vous êtes à la mosquée et qu’un copte vous attaque ? », lance-t-il.

Les musulmans, eux aussi, ne comprennent pas. « A chaque fois qu’un drame survient on nous dit que c’est un fou », se moque Moustapha Ibrahim, un citoyen musulman qui aidait ses voisins coptes à ramasser les éclats de verre de la rue 45. Et d’ajouter : « On nous a dit la même chose pour le massacre de Béni Mazar, où une dizaine de personnes ont été massacrées par un inconnu ».

Les coptes d’Alexandrie sont dans l’amertume. Ils accusent le gouvernement de passivité et de n’agir qu’après coup. Milad Hanna, célèbre écrivain et penseur copte, assure : « Ce genre d’incidents est normal étant donné l’atmosphère qui règne actuellement en Egypte. Les médias et l’éducation ne font que répandre des idées extrémistes ». Il pense que cet incident pourrait se répéter et cela signifie qu’il y a un dysfonctionnement au sein de la société. « Traiter le problème au niveau de la sécurité seulement ne suffit pas. Il faut une coopération entre tous les ministères pour que de tels actes ne se répètent pas », affirme-t-il. Des citoyens des deux communautés ont organisé une manifestation en commun à Alexandrie pour dire que malgré tout, coptes et musulmans font partie d’une même nation.

Chérine Abdel-Azim

 




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