Al-Ahram Hebdo, Idées | Nassif Nassar
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Idées

Centenaire . Le Conseil suprême de la culture au Caire et la Bibliotheca Alexandrina ont célébré le 600e anniversaire d’Ibn Khaldoun. Le Libanais Nassif Nassar, auteur de La pensée réaliste d’Ibn Khaldoun, paru en 1967 aux éditions PUF et traduit dans 5 langues, est l’exemple du disciple qui porte un regard critique sur son maître. Entretien.

« Ce qu’Ibn Khaldoun a dit à son époque reste valable »

Al-Ahram Hebdo : Quelle lecture actuelle, aussi critique soit-elle, pourrait sortir des colloques organisés aujourd’hui en Egypte pour le 600e anniversaire du pionnier de la sociologie et l’auteur de la science de Omrane (urbanisme) ?

Nassif Nassar : Comme pour les autres grands penseurs, l’occasion se présente au centenaire pour se pencher encore une fois sur la pensée d’Ibn Khaldoun, et sur la façon dont elle a été marquée par l’Histoire. Il ne s’agit pas de faire de lui un contemporain, parce que tout le monde sait que sa pensée appartient au Moyen Age. Ce centenaire permet de revoir la valeur d’Ibn Khaldoun comme historien, penseur social, sa valeur par rapport à la tradition des historiens et des philosophes, son apport personnel. Nous pouvons approfondir notre connaissance historique des points obscurs non étudiés jusque-là, comme ses rapports avec ses prédécesseurs. Il en est de même lorsque nous célébrons les philosophes européens, comme Aristote qui était un sujet de colloque international à Paris : nous nous arrêtons sur l’enjeu de sa pensée. Ajoutons à cela le fait qu’il y ait de grandes figures arabes universellement reconnues dans le monde, car Ibn Khaldoun a introduit la nouvelle science, Al-Omrane. Que l’Occident reconnaisse la valeur d’Ibn Khaldoun est une occasion pour les Arabes de s’associer et de revoir l’enjeu de sa pensée.

— Beaucoup de titres des recherches présentées tentent de réactualiser la pensée d’Ibn Khaldoun, ou disons de le relire d’une manière contemporaine. Comment interprétez-vous cet aspect ?

— Nous remarquons que ce qu’Ibn Khaldoun a dit à son époque reste valable parce que les sociétés conservent les mêmes systèmes, nos sociétés sont aussi despotes. Et si la pensée d’Ibn Khaldoun n’est pas capable d’éclairer les régimes d’aujourd’hui, cela est tout à fait légitime. Dans ce sens là, Ibn Khaldoun est contemporain. Mais je pense que la pensée d’Ibn Khaldoun n’est pas du tout suffisante pour avoir une version adéquate et globale de nos sociétés. Il faut aller plus loin, chercher d’autres concepts. Ainsi, nos sociétés arabes continuent de conserver une partie de la société traditionnelle dont le Moyen Age les a imprégnées, mais elles sont ouvertes aux pensées occidentales, soumises au capitalisme occidental qui ne fonctionne pas à l’extérieur des pays arabes. Pour cela, l’on a besoin d’autres concepts. Par exemple, le concept des classes sociales, des catégories sociales qui n’appartient pas uniquement à une lecture marxiste réductrice. Nous avons besoin d’autres principes pour analyser nos sociétés, en utilisant les systèmes occidentaux et en forgeant d’autres systèmes. L’on ne peut pas se contenter des notions de assabiya (l’esprit de corps et de clan), de molk (système de pouvoir) et maach (vécu) qui sont des concepts khaldouniens opératoires mais non suffisants. Car nos sociétés sont beaucoup plus complexes pour développer la théorie explicative. Nous avons besoin de forger nous-mêmes des notions en dialoguant avec Ibn Khaldoun et aussi avec les concepts occidentaux. Car Ibn Khaldoun n’avait, par exemple, aucun souci de réforme concernant la démocratie ou la citoyenneté.

— Dans votre étude, vous vous attardez sur l’apport d’Ibn Khaldoun dans la philosophie de l’Histoire dans une ambition critique. Qu’est-ce qui reste à creuser là-dessus ?

— Ibn Khaldoun n’a pas vraiment posé les problèmes de la philosophie au sens normatif du terme. Le régime idéal de la philosophie politique n’a pas pour tâche de faire une classification, mais de nous indiquer le régime qu’il faut bâtir. Qu’est-ce qui légitime le pouvoir ? Ibn Khaldoun répond en fonction du réalisme, je constate que la vraie légitimité doit être recherchée dans le droit. L’individu n’existe pas chez lui tandis que c’est une catégorie sur laquelle nous devons insister. La même chose pour la notion de la liberté.

— La position ambiguë d’Ibn Khaldoun avec le pouvoir a peut-être influencé son écriture de l’Introduction qui exigerait d’explorer en filigrane ses points de vue critiques …

— A ce niveau, Ibn Khaldoun n’est pas critique. Pour l’être, il faut un système de valeurs, c’est ce que j’appelle la réflexion normative. L’action pour lui ne dépasse pas la réalité. Vous voulez faire de la politique, telles en sont les règles, vous voulez le pouvoir, voilà assabiya ou l’esprit de corps et de clan (qui consiste à envahir un Etat sur le point de chuter et une fois le chef de tribu s’empare du pouvoir, il commence à se débarrasser du système de corps auquel il doit sa victoire) et quand vous allez disparaître, il y aura une autre assabiya, etc. Une espèce de dialogue critique, objectif et juste est impérative. Personnellement, je reconnais l’apport d’Ibn Khaldoun et je réussis à en faire la critique.

Propos recueillis par Dina Kabil

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