Al-Ahram Hebdo,Environnement | Recettes du riz cantonné
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Environnement

Initiative. En moins d’un an, deux usines de recyclage de la paille de riz ont ouvert leurs portes. Leurs objectifs : en finir avec l’incinération en plein air et le smog qu’elle provoque. Reportage.

Recettes du riz cantonné 

Tous les jours à la même heure, à midi précisément, un grand nombre de camions sont garés. Ils font la queue, pare-chocs contre pare-chocs. Ensuite, ils entrent par le grand portail en fer d’une usine où se trouve un écriteau signalant l’usine de Khattara, dans le gouvernorat de Charqiya, un des gouvernorats les plus renommés en termes de culture de riz. Cette usine recycle la paille de riz en la transformant en engrais organique. En fait, c’est la première entreprise du genre qui a vu le jour en 2005, dans une tentative de résoudre ce mal devenu chronique. Les deux usines de Khattara et Korein dépendent de l’Organisme arabe pour l’industrialisation. Chaque camion passe, à tour de rôle, sur la balance pour peser la quantité de paille qu’il transporte. « Chaque jour, de bon matin, on fait le tour des villages pour ramasser les quantités de paille de riz que les villageois nous accumulent. Femmes, hommes, jeunes et âgés composent de petits amas, les uns à côté des autres, tout le long des rues des différents villages et notre tâche est de transporter la paille à l’usine de Khattara ou bien à celle de Korein, située à quelque 700 mètres de celle-là », note le chauffeur d’un camion plein de paille qui suit la queue.

Situées à 95 km du Caire, les usines de Khattara et de Korein ont été construites sur l’autoroute Belbeis-Charqiya, avec un coût de 25 millions de L.E. Le but en est de recycler la paille de riz en la transformant en engrais organique au lieu de la brûler en plein air. Le ministère de l’Environnement, en coopération avec le ministère de l’Agriculture, le Centre des recherches agricoles et l’Organisme arabe pour l’industrialisation, ont donc voulu prendre les devants et faire d’une pierre deux coups : régler le problème du smog qui empêche les Cairotes de bien respirer chaque automne, depuis huit ans maintenant, mais aussi et surtout fournir des chances d’emploi aux jeunes.

Pour exécuter ce projet, les responsables ont consacré une superficie de 60 000 feddans pour construire les deux usines (25 000 feddans pour celle de Khattara, inaugurée à la fin de 2005, et 35 000 feddans pour celle de Korein, inaugurée en septembre dernier, c’est-à-dire au début de la récolte). « On a dû commencer par le gouvernorat de Charqiya, qui abrite 20 % de la superficie cultivée en riz en Egypte », déclare le responsable de l’environnent au sein de l’usine. Il a également ajouté, qu’il existe 12 autres usines dépendant du secteur privé en Egypte mais dont la production ne dépasse pas, pour chacune, les 50 000 tonnes par an.

Des lois non respectées

A vrai dire, les responsables n’arrivaient pas à régler le problème du smog car les villageois, en général, ne respectaient pas les lois et élargissaient davantage les terrains cultivés en riz. En fait, les normes exigent que les onze gouvernorats producteurs de riz, dont Guiza, Qalioubiya, Fayoum, Charqiya, entre autres, aient le droit de cultiver une surface d’un million de feddans par an, « mais en vérité, ils ont dépassé cette surface de 700 000 feddans. Et par conséquent, la quantité de paille de riz s’est élevée à 3 millions et demi de tonnes par an. Ce qui fait que les villageois se trouvent obligés de l’incinérer car l’offre dépasse de loin la demande. Tout cela conduit à une élévation des taux de polluants de l’air et donc, à l’apparition du nuage de fumée », conclut-il.

Sans doute, ce genre de projets peut réaliser des objectifs de développement à long terme, et tirer un meilleur profit de la paille de riz. Cela, va, bien sûr, réduire la pollution de l’air, améliorer l’environnement, augmenter la fertilité du sol et améliorer les revenus des agriculteurs.

« Quand le villageois prépare et accumule son produit en paille et les camions passent pour le ramasser, on lui offre une récompense de 40 L.E. par feddan. Tandis que celui qui se rend lui-même ou quelqu’un de sa famille à l’usine en transportant la paille, peut toucher le double, c’est-à-dire 80 L.E. », note un agriculteur qui travaille aujourd’hui à l’usine Khattara. Ce dernier est très satisfait de ce projet car pour lui, il est très rentable. Il a, en plus, commencé à apprendre comment utiliser une technologie avancée. A l’aide d’une machine moderne, Am Mohamad s’est habitué à compresser 50 % de la paille avec 50 % de la fiente globuleuse de certains animaux. Ensuite, Am Zeinhom fait des amas de ce genre de qualité compressée s’élevant à 4,30 mètres de largeur et 2 mètres et demi de hauteur. Après, vient le rôle de Harbi, l’ouvrier qui remue le sol à l’aide d’une grande pelle et l’humidifie en utilisant un arrosoir. Cette opération doit durer 60 jours. Au début de cette période, on procède ainsi toutes les quinze minutes, mais à la fin de la période précisée, on le fait tous les deux jours. Pour éviter de ne pas avoir de caillou, on utilise des blutoirs modernes qui criblent 100 tonnes d’engrais par heure, c’est l’avant-dernière étape. Avant l’emballage, le spécimen doit passer par un laboratoire qui l’analyse pour être conforme aux normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Quant à l’embouteillage, on utilise une machine spéciale dont le taux productif s’élève à 250 sacs par heure et le poids de chacun ne dépasse pas les 50 kilos. Ainsi, a-t-on réussi à avoir des engrais naturels sains et pour la terre et pour l’homme.

Sans doute, ce genre de travail est très dur, il prend aussi énormément de temps, raison pour laquelle l’usine a besoin d’un nombre élevé de personnel. Ainsi, ce genre d’usine a contribué à la résolution du problème du chômage à Charqiya. Aujourd’hui, l’usine compte 150 ouvriers qui travaillent dans ses locaux. Alors que 3 000 autres font un boulot en dehors de l’usine : regroupement de la paille, ravitaillement et transport de l’engrais naturel aux autres gouvernorats, comme Assouan, Sinaï ou autres.

« En effet, le taux productif de l’usine en engrais s’élève à 160 000 tonnes, tandis que le taux reçu en paille de riz des différents villages s’élève à 300 000 tonnes par saison de récolte », remarque le directeur de l’usine.

Avant l’inauguration des usines, et à l’instar d’autres villages d’Egypte, Khattara et Korein, n’ayant pas d’autre alternative, incinéraient la paille de riz. « Nous ne savions pas quoi faire avec la paille. Nous voulions absolument nous en débarrasser par n’importe quel moyen et le plus tôt possible afin de préparer la terre à la nouvelle culture », déclare un des villageois qui s’adresse à l’usine pour transporter sa production en paille.

 

Une situation normalisée

Aujourd’hui, les villageois et les agriculteurs ne sont pas obligés de brûler la paille de riz en cachette, comme autrefois. « Chaque jour, à la même saison, on était menacé par des sanctions et des amendes sévères qui varient entre 1 000 et 10 000 L.E. conformément à la loi sur l’environnement No4/1994 », indique un paysan. Alors qu’un autre ajoute que dans tous les cas, ils étaient menacés. « Si on brûlait, on était sanctionné et si on ne brûlait pas, on perdait beaucoup », dit-il, en confiant qu’il a payé une grosse amende il y a trois ans. Aujourd’hui, il travaille à l’usine de Khattara.

Chaque villageois a aujourd’hui le droit de vendre sa production en paille et de toucher une belle somme d’argent tout en conservant l’environnement.

Vu le grand succès réalisé par les usines de Khattara et de Korein, les responsables tentent de généraliser l’initiative dans tous les gouvernorats cultivant le riz. Grâce à une usine pareille, il est possible de transformer la paille en engrais, en fourrage pour le bétail, en carton ou même en bois.

Selon un responsable au ministère de l’Environnement, qui surveille les travaux, le nombre des usines de recyclage de paille va augmenter durant la prochaine période. « Nous avons commencé à construire deux usines à Ménoufiya, et deux autres à Daqahliya », assure-t-il.

Il est vrai que la réduction de la pollution de l’air est un objectif important, mais le recyclage en lui-même est un objectif qui n’en est pas moins important. Reste à savoir quand l’Egypte arrivera à recycler toutes les quantités de paille produites ! .

Manar Attiya

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