Al-Ahram Hebdo, Enquête |
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Enquête

Logement. L’extension du port d’Alexandrie a impliqué l’évacuation de la zone d’urbanisation sauvage d’Al-Mafrouza. Le gouvernorat a fourni à ses habitants de nouveaux appartements. Mais certains affirment n’avoir rien reçu et campent sur les lieux.

L’imbroglio des sans-abri

Ils sont là depuis quelques semaines assis par terre, à attendre une solution à leur problème. Ils n’ont ni abri ni moyens pour vivre décemment. Il s’agit de plusieurs dizaines de familles du quartier d’Al-Mafrouza dans la région d’Al-Amériya à l’ouest d’Alexandrie.

Pour elles, tout a commencé il y a près de deux mois, lorsque le gouvernorat d’Alexandrie décide d’effectuer des travaux de réaménagement et d’élargissement du port d’Alexandrie. Le plan prévoit notamment l’évacuation de la zone sauvage d’Al-Mafrouza, située à proximité du port, afin de permettre l’extension de ce dernier. Le gouvernorat a alors annoncé que les habitants de cette zone seraient indemnisés et que chaque famille recevrait un nouveau logement. « Nous avons procédé à un recensement de la population d’Al-Mafrouza et les habitants ont reçu les logements promis », assure Mohamad Eissa, président du quartier ouest d’Alexandrie. Or, le gouvernorat a été surpris par une foule de personnes se réclamant d’Al-Mafrouza, affirmant avoir été chassées de leurs maisons et n’avoir reçu aucun logement. « Un jour, nous nous sommes réveillés au bruit des bulldozers. Ils ont démoli nos maisons et mis nos meubles sur les trottoirs. Ils nous ont laissés dans la rue », explique l’un de ces habitants.

De petits abris en carton, vaisselle et nourriture étalées sur le sol, on se croirait dans un camp de réfugiés. « Nous vivons ici au jour le jour », assure Mohamad l’un des habitants. Et d’ajouter : « Les habitants des immeubles voisins nous offrent chaque matin de l’eau potable. Nous utilisons les toilettes de la mosquée située tout près d’ici et qui ferme ses portes à 23h, ou celles du Centre de jeunesse ». Pour préparer les repas, les femmes ont installé de petits fours sur les lits, dans les tentes, à côté des enfants, ce qui est dangereux.« Je vis sous une tente faite d’une bâche de plastique pour nous protéger, ma famille et moi de la pluie », explique Fawziya Al-Chami l’une des sans-abri. Elle ajoute, les larmes aux yeux : « Les responsables ont promis que lorsque nous sortirons de nos anciennes maisons où nous avons vécu pendant plus de quarante ans, nous en aurons d’autres nouvelles mais on ne nous a rien donné et nous nous trouvons, mes enfants et moi dans la rue ».

Ils étaient 300 personnes à manifester la semaine dernière devant le siège du gouvernorat d’Alexandrie, demandant au premier ministre d’intervenir pour les sauver. « Nous sommes allés plusieurs fois au commissariat de police et auprès des responsables de la municipalité mais en vain. Il est vrai que le gouvernorat a procédé à un recensement mais il n’a pas écrit tous les noms. Il faut savoir que nous sommes pauvres et la plupart d’entre nous ne peuvent même pas s’offrir une chambre », assure Mohamad, jeune ouvrier.

 

Des escrocs, selon la municipalité

Du côté de la municipalité, on affirme que tous les engagements ont été tenus. « Toutes les familles déplacées ont reçu des appartements neufs. Les personnes qui se trouvent dans la rue en ce moment n’habitaient pas Mafrouza. Ce sont des gens d’autres quartiers. Lorsqu’ils ont entendu dire que de nouveaux appartements seraient remis aux habitants de Mafrouza, ils sont venus à la hâte dans l’espoir de recevoir un appartement », explique Mohamad Eissa.

Les sans-abri ont fourni des factures d’eau et d’électricité portant leurs noms et prouvant être originaires de Mafrouza. Mais selon le gouverneur d’Alexandrie, Adel Labib, il ne s’agit que d’escrocs. « Chaque famille déplacée a reçu un appartement composé de deux chambres et un salon d’un coût de 60 000 L.E. avec eau, drainage sanitaire et électricité sans rien payer. Toutes les familles qui étaient en droit de recevoir un logement en ont reçu un », a assuré le gouverneur. Les sans-abri n’ont donc d’autre issue que de rester dans la rue.

L’autorité du port d’Alexandrie a versé au gouvernorat d’Alexandrie 38 millions de L.E. pour acheter le terrain sur lequel les travaux d’extension ont lieu. Environ 1 500 familles de Mafrouza ont été déplacées vers la cité Moubarak, à Al-Amériya à Alexandrie.

Les sans-abri d’un côté, le gouvernorat de l’autre, le problème semble loin d’être résolu. Et c’est le problème des zones sauvages et de leur aménagement qui est à nouveau posé.

La ville d’Alexandrie renferme 54 zones d’urbanisation sauvage, soit 5 % de celles qui existent en Egypte. « Un million et demi de personnes y vivent soit environ 20 % de la population », explique Mahmoud Deifallah du conseil municipal de la ville d’Alexandrie. Il ajoute que la croissance démographique et l’exode rurale ont aggravé le problème. Durant des années, les zones sauvages ont été négligées en raison du manque de financement. Entre 1993 et 2004 les dépenses gouvernementales pour le développement des zones sauvages de la ville d’Alexandrie s’élevaient seulement à 276 millions de L.E., soit en moyenne de 22,9 millions de L.E. par an, ce qui est clairement insuffisant.

En 2004, la Banque mondiale a versé 20 millions de dollars à la ville d’Alexandrie, pour aider à résoudre le problème de 4 zones sauvages : Al-Amrawi, Nagea Al-Arab, Al-Hadarah Al-Gédida et le quartier d’Al-Mattar.

Quant à Adel Labib, il a promis qu’un plan de réaménagement de ces zones est en cours. Une somme de 360 millions de L.E. a été débloquée pour résoudre le problème de deux régions, à savoir Agami et Al-Amériya .

Samar Zarée

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3 Questions à
 
Milad Hanna

« Pas d’autre solution que l’illégalité »

Al-Ahram Hebdo : Ces dernières années ont témoigné d’une importante progression des zones sauvages. Quelles en sont les causes dans une ville comme Alexandrie ?

Milad Hanna : Comme dans tous les autres gouvernorats, la cause principale de ce phénomène est la croissance démographique et la pauvreté, puisque la plupart des Egyptiens vivent sous le seuil de pauvreté. Certains n’ont d’autre solution que de vivre ainsi de manière illégale. L’autre cause est la hausse du coût d’un permis de construction et ceci est dû au fait que de nombreux immeubles sont bâtis en infraction à la loi.

— Comment régler le problème à Alexandrie ?

— La ville d’Alexandrie a connu une progression dangereuse des bidonvilles, parce que le gouvernorat n’a pas affronté ce problème de manière radicale. Aujourd’hui, il y a un nouveau gouverneur, mais je ne suis pas optimiste. Eliminer les zones sauvages nécessite un ajustement du niveau économique et social des citoyens. C’est une chose qui demande beaucoup de temps et d’efforts.

— Quel genre d’efforts ?

— Le gouvernement doit prendre un certain nombre de mesures. La plus importante est de réduire le coût des permis de construire afin d’encourager les Egyptiens à construire légalement et non pas de manière anarchique. Ainsi sentiront-ils que le gouvernement veut vraiment les aider.

Propos recueillis
 par S. Z.

 




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