Al-Ahram Hebdo, Egypte |  L’effet « Turbini »
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 13 au 19 décembre 2006, numéro 640

 

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Egypte

Crimes. La découverte du cadavre d’un garçon de 13 ans a permis de mettre au jour une des histoires criminelles les plus sordides de ces dernières années : le viol et le massacre de 30 enfants des rues par un gang de la même catégorie. L’opinion publique est sous le choc.

 L’effet « Turbini » 

C’était la même semaine que celle de la célébration de la Fête de l’enfance. Une coïncidence sordide. La conclusion de l’affaire dite du « turbini » du surnom donné à un jeune homme de 26 ans, ancien enfant de la rue, qui, à la tête d’une bande de quatre acolytes, s’est livré à des viols, des mutilations sexuelles et des abus contre des enfants de la rue. Ramadan Abdel-Réhim Mansour a été arrêté, lui et trois autres, après moins d’une semaine de recherche par la police. Il est accusé de « meurtre, viol et torture ». Le drame a pour cadre l’univers des enfants de la rue auquel appartiennent tous les protagonistes. Ramadan, qui veut se présenter comme un dérangé mental, a raconté qu’il a été lui-même victime de pareilles agressions alors qu’il avait 12 ans. « Il m’a violé sur le toit du train turbini. Ensuite, il m’a projeté pour me tuer. J’ai échappé cependant à la mort ».

C’est le même scénario qu’il a répété par la suite. Devenu chef d’un groupe de petits mendiants qu’il faisait travailler pour son propre compte, il convainquait ses victimes de voyager avec lui, en guise de récompense, sur le toit du train. Ensuite, il les violait, les torturait, avant de les jeter hors du train, les mains ligotées par leurs sous-vêtements et ils perdaient ainsi la vie s’ils n’étaient pas déjà morts. Les autres membres du groupe étaient obligés de racoler des enfants de la rue pour satisfaire leur chef. Ils assistaient au spectacle du viol. Ils participaient au viol parfois pour éviter un sort semblable. De dénonciations en dénonciations de la part de certains enfants, les crimes ont été révélés et les lieux où les cadavres étaient abandonnés ont été découverts. Certains auraient été enterrés vifs. L’opinion est sous le choc.

Les informations distillées au cours de l’enquête et jusqu’à la reconstitution des faits n’auraient pas dû autant surprendre. Les enfants de la rue sont présents un peu partout et pas seulement dans les quartiers défavorisés du Caire et d’Alexandrie. D’après une source du Conseil national de la maternité et de l’enfance, « le chiffre de ces enfants a dépassé un million et demi ». En dépit d’une prise de conscience claire à l’égard du phénomène, ce qui a mené l’Etat à créer le Conseil de la maternité et de l’enfance, celui-ci gagne de plus en plus de terrain. Le Conseil a été créé en 2003 avec, entre autres vocations, de s’occuper des enfants de la rue. Une ligne rouge a été créée pour recevoir les plaintes des enfants, le 16 000. A ceci s’ajoutent de nombreux colloques, conférences et ateliers de travail. Des efforts qui n’ont eu aucun résultat, face à l’aggravation des faits. « Cet incident n’est que le résultat naturel de l’ignorance manifestée par l’Etat à l’égard des enfants de la rue. Il résulte également du manque d’efficacité des efforts individuels de quelques ONG qui travaillent sur ce sujet », déplore Azza Korayem, conseillère auprès du Centre des Recherches Sociales et Criminelles (CRSC). Elle affirme que les études et recherches effectuées à cet égard, dans les années 1990, avaient déjà tiré la sonnette d’alarme.

Les enfants de la rue de ces années seront les criminels du futur. La preuve en est le cas « turbini ». « L’Etat n’a pas sérieusement travaillé pour régler les vraies causes de ce phénomène », ajoute la spécialiste. Les faits et différents procès expliquent que le phénomène est dû essentiellement à la violence qu’affronte l’enfant dans sa famille, dans son école et même de l’entourage. Autre source : le démembrement de la famille. Les mariages et divorces à répétition, la polygamie font que les parents se déchargent de toute responsabilité envers leurs enfants qui ne trouvent que la rue comme lieu d’évasion. D’un autre côté, le système scolaire repousse tous les jeunes élèves qui souffrent de problèmes sociaux et qui ne trouvent pas d’aide familiale ou autres. Le principal facteur reste la pauvreté ainsi que le chômage qui rendent précaires les efforts d’insertion sociale et scolaire.

 

Une évolution dangereuse

Autrefois, l’enfant de la rue sortait de la maison toute la journée pour mendier et donner l’argent à ses parents. Alors que depuis quelques années, l’enfant préfère la vie de la rue où il n’y a aucune sorte de surveillance et où il mène sa vie dans une liberté totale. Cet enfant trouvait une sorte de sympathie et de pitié de la part de la société, alors que maintenant beaucoup de gens ont tendance à considérer ces enfants comme des petits criminels qui méritent d’être punis. Cette évaluation ne provient pas du vide, car les enfants, eux-mêmes, ont changé pour aller de pair avec le rythme de la société. L’enfant de la rue, qui se livrait à la mendicité pure et simple, trouve, à présent, que ce n’est pas une activité vraiment rentable. Il se dirige vers les activités à la limite du légal, ou franchement illégales et qui sont beaucoup plus profitables. « L’enfant de la rue regarde la société comme si elle était responsable de sa situation désespérée. Il ne reculera pas devant toute chance de vengeance », relève Azza Korayem.

L’affaire « turbini » n’aura donc été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Suite à ce crime presque sans précédent dans les annales, l’opinion a subi un choc. « C’est le seul avantage. Cette affaire permettra de mettre le phénomène sous les spots. Il sera ainsi le point de mire de la société », indique Sayed Mohamadein, ex-président du département de la protection des mineurs. Il trouve que ce crime a poussé « les citoyens à vouloir participer d’une manière efficace afin de lui trouver des solutions concrètes. La question est de savoir comment prendre le premier pas ». Il propose, à cet égard, un projet national rassemblant les citoyens et les institutions.

De toute façon, il y a une réaction, sans doute la première, de la part de l’establishment. Zakariya Azmi, chef du cabinet présidentiel et député à l’Assemblée (PND au pouvoir), a déposé une interrogation à l’adresse du ministère de la Solidarité sociale.

Une affaire qu’on oubliera peut-être rapidement une fois passé son effet de choc médiatique. Mais, ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que Ramadan Mansour n’est pas un phénomène isolé et unique. Un peu partout, gamins et gamines de tous âges reniflent la colle et vont à la dérive, vivant de tous les expédients .

Chérine Abdel-Azim

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