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 Semaine du 29 août au 4 septembre 2012, numéro 937

 

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Société

Initiatives Populaires. Accablé par les problèmes quotidiens, le citoyen se retrouve impliqué dans des actions censées être du ressort du gouvernement. Mais elles ne font pas l’unanimité. Reportage. 

Civisme ou fardeau ?

« Ces initiatives populaires ne sont que des calmants qui occultent la réalité. Elles ne pourront pas régler nos problèmes quotidiens », dit Ahmad Ziyad, ingénieur, refusant l’appel lancé par l’un de ses voisins afin de l’accompagner lui, ses enfants et d’autres gens pour nettoyer les rues de leur quartier. Ziyad, à l’instar d’autres citoyens, a remarqué qu’il était devenu de plus en plus fréquent de voir des groupes de jeunes ramasser les ordures et nettoyer les rues.

On les voit partout. Ils attirent les regards et sont repérables grâce à leurs t-shirts sur lesquels est imprimé le slogan de leur parti politique ou le nom du mouvement auquel ils appartiennent. Certains portent des gilets de couleur phosphorescente, d’autres arrivent en groupes, sont des employés dans des entreprises et sont transportés par des minibus.

Il s’agit de personnes répondant aux appels lancés par l’Etat et à l’initiative intitulée « Une patrie propre ». Une initiative qui encourage les citoyens à jouer un rôle actif et à participer au nettoyage des rues dans tous les gouvernorats d’Egypte.

En effet, la propreté figure parmi les cinq promesses avancées par le président élu et qui, d’après lui, devraient être réalisées durant les 100 premiers jours de son mandat.

Mais, une fois sa promesse annoncée, le Parti Liberté et justice, bras politique de la confrérie des Frères musulmans, et auquel appartient Morsi, n’a pas tardé à lancer cette initiative pour inciter le peuple à agir. Objectif : mobiliser le peuple pour aider le président à réaliser ses promesses.

Certains n’ont pas hésité à participer, poussés par l’enthousiasme de voir leur pays propre et de contribuer au changement. « Le gouvernement ne peut pas tout faire. Si vraiment on veut que notre pays soit meilleur, il faut que le peuple aide son président et son gouvernement à appliquer les plans de réforme », affirme Sayed Ismaïl, étudiant. Ce dernier descend presque chaque jour, accompagné de ses voisins. Il prend une cassette diffusant des chansons patriotiques, ramasse les ordures et les pose dans de grandes boîtes avant que les voitures de la municipalité ne viennent les collecter.

En effet, l’initiative Une patrie propre est la plus récente, mais il semble qu’elle ne soit pas la dernière. Les appels à la participation citoyenne sont de plus en plus fréquents. D’après le sociologue Yéhia Abdallah, cet esprit et cette volonté de participer au changement étaient très ressentis chez les Egyptiens lors de la révolution du 25 janvier. Les gens avaient ce sentiment que ce pays leur appartient. Ils insistent sur la reconstruction de leur patrie. « Après plus d’un un an et demi, les responsables semblent vouloir profiter de cette énergie positive en incitant le citoyen à aider le gouvernement à réaliser ses buts », poursuit Dr Abdallah. Mais, il ne semble pas trop apprécier l’idée. « Le citoyen n’est pas censé ramasser les ordures. Son rôle est de travailler sérieusement. Quant aux autres services, c’est du ressort du gouvernement », ajoute-t-il.

Dans le quartier des Pyramides, les habitants ont été surpris de voir de jeunes bénévoles organiser la circulation. Ils appartiennent au Parti Liberté et justice. La circulation routière fait partie des priorités du président Morsi.

Il est vrai que les gens étaient contents de la fluidité de la circulation dans les rues du quartier, mais cela ne les a pas empêchés de se poser des questions : est-ce que le parti des Frères musulmans va suivre la voie de l’ex-Parti national de Moubarak et tentera de manipuler la rue à travers ces actions populaires ? L’Etat est-il incapable d’assumer ses responsabilités et va-t-il abuser de la patience du peuple ? Des questions qui inquiètent les citoyens et qui les rendent réticents à l’égard de ce genre d’initiatives.

« Le gouvernement doit commencer par élaborer des plans bien définis, sinon tous ces efforts populaires seront vains, car comme d’habitude, on tente de changer les apparences, mais on ne va jamais au fond des problèmes », dit Soheir Anwar, professeur à la retraite, qui n’est pas prête à accepter des solutions temporaires à des problèmes qui datent depuis des dizaines d’années.

 

Redorer le blason du président et du gouvernement

En fait, cette dernière, comme beaucoup d’autres, pense que ces initiatives populaires visent tout simplement à redorer le blason du nouveau président et de son gouvernement, afin de contenir la colère des citoyens. La preuve : la plupart de ces initiatives sont mises en application par les jeunes membres des Frères musulmans.

D’autres considèrent que ces initiatives populaires sont un devoir patriotique. Moetaz Ayman, avocat, va jusqu’à qualifier ceux qui ne participent pas à ces actions de traîtres. « Leur seul but est de mettre des bâtons dans les roues dans les actions du nouveau président, ce qui profiterait aux opposants qui soutiennent l’ancien régime », dit Moetaz.

Bien que ce jeune avocat ne soit pas membre de la confrérie, il pense qu’il doit déployer tous les efforts possibles. « Et cela va jusqu’à balayer les rues pour soutenir l’Etat et prouver qu’on est capable de réussir après la chute de Moubarak », dit Moetaz.

Mais il semble que le rôle de ces comités populaires se fasse remarquer dans la rue plus que celui du gouvernement qui reste timide. Dans le gouvernorat de Damanhour, des groupes de jeunes apparaissent devant les boulangeries. Ils assument la responsabilité de contrôler et de surveiller la distribution du pain. Ils aident les citoyens à faire la queue, vérifient que le boulanger ne refile pas la farine subventionnée pour la revendre à des restaurants. Une tentative de régler le problème en attendant que la crise du pain prenne fin. « Je ne comprends pas pourquoi les gens nous critiquent ? », s’interroge Galal Abdel-Hamid, étudiant et membre de la confrérie des Frères musulmans. Pour lui, les gens veulent tout simplement attaquer la confrérie et le parti sans vouloir juger d’un œil objectif les actes de bénévolat qu’ils sont en train d’exercer sur le terrain. « Nous tentons de faciliter les choses aux citoyens. Ainsi, on soutient le président, afin de développer leur pays. Au lieu de nous critiquer, j’invite les gens à nous aider », poursuit-il. Il tient à expliquer que ce ne sont pas seulement les jeunes des Frères musulmans qui participent à ces initiatives, mais ce sont les médias qui veulent donner cette impression.  

Les jeunes de tous bords mettent la main à la pâte

En effet, nombreux sont les mouvements politiques qui croient à la nécessité de participer en ce moment à ce genre d’initiatives, comme les jeunes du 6 Avril, Hazemoune (partisans de Hazem Abou-Ismaïl), le Conseil des fidèles à la révolution, l’Union des jeunes de la révolution, les Faiseurs de la vie.

Ces groupes ne se contentent pas de participer, mais proposent également des méthodes pour rendre le plan des 100 jours du président Morsi plus facile à appliquer.

Et au-delà de ce plan, d’autres initiatives ne cessent de voir le jour.  

Où est le gouvernement ?

« On nous traite comme si nous étions les seuls responsables de tous ces problèmes et que c’est notre devoir de les résoudre. A quoi sert donc un gouvernement ? », dit Kamal Chérif, comptable, qui refuse que l’énergie et le temps des jeunes soient gaspillés dans le ramassage des ordures ou l’organisation de la circulation. « C’est au gouvernement de leur créer des opportunités de travail et de petits projets », poursuit Chérif.

Mais le gouvernement qui ne semble pas encore prêt à relever tout seul ce défi ne trouve d’autre alternative que de faire appel aux citoyens.

Les pannes successives du courant électrique le prouvent. On entend tous les jours des accusations adressées aux citoyens. Ce qui suscite la colère des gens privés des services de base. Et lorsque les gens protestent contre la rupture longue du courant, les responsables leur jettent la balle en les appelant à rationaliser la consommation. « Nous appelons les membres d’une même famille à rester dans une seule chambre, allumer un seul climatiseur et porter des vêtements en coton », a déclaré le premier ministre. Il a même averti que ces mesures seraient bientôt obligatoires si le problème de la coupure électrique persiste.

Des déclarations qui ont causé un état de déception chez les citoyens. « Au lieu de nous présenter des excuses officielles et de nous promettre des efforts pour améliorer la situation, ils nous demandent de rationaliser notre consommation », dit Hend, femme au foyer.

Et comme d’habitude, l’affaire a inspiré les Egyptiens, et les blagues n’ont cessé de pleuvoir. « Si, pour diminuer notre consommation en électricité, on doit se rassembler dans une même chambre, est-ce qu’on doit prendre notre bain ensemble en cas de coupure d’eau ? », lance un jeune sur Twitter.

Aujourd’hui, le citoyen ne sait plus où donner de la tête. Au moment où ses conditions de vie vont de mal en pis après la chute du régime et l’élection d’un nouveau président, il se retrouve harcelé par les médias. Ils lui réclament le versement de donations pour des hôpitaux publics, des centres de traitement du cancer, des universités privées, pour le soutien des familles de prisonniers et d’autres. On diffuse des images d’enfants malades, de familles qui n’arrivent pas à subsister. On envoie des messages tels que : « Fais des donations pour sauver ces familles, telle est ta responsabilité ».

Nabil Edward, ouvrier, ne peut s’empêcher en regardant ces images de se poser la question : « Et qui va s’occuper de moi et prendre mes problèmes en charge ? ».

Ce dernier, comme la majorité des Egyptiens, s’attendait à un rôle plus important du gouvernement. Il n’arrive pas à admettre que ce dernier lui fasse appel afin de l’aider.

« C’est une situation injuste. Le peuple peut aider, mais ne peut en aucun cas se substituer au gouvernement. Les responsables doivent agir à travers des institutions », conclut la sociologue Nadia Radwane.

Hanaa Al-Mekkawi

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