Al-Ahram Hebdo, Voyages | Les références sont parfois erronées

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 Semaine du 15 au 21 février 2012, numéro 909

 

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Patrimoine . Nombreuses sont les études historiques et les fouilles archéologiques basées sur les textes littéraires. Si elles sont parfois fructueuses, elles peuvent aussi se révéler illusoires. Débat.

Les références sont parfois erronées

« Chaque légende a une base de réalité », affirme l’archéologue Fahima Al-Nahhas, auprès du bureau des antiquités de l’ouest d’Alexandrie. Les fables, retracées dans les récits littéraires, les recueils des poètes et les contes vont de pair avec l’histoire alexandrine. Ces récits, grâce à leur ancienneté, se transforment en documents référentiels pour les historiens et aussi les archéologues. « L’histoire alexandrine est le fruit de deux esprits essentiels : grec et égyptien. On se réfère ensuite au christianisme dont la littérature est pleine de contes miraculeux et enfin à l’époque arabe, où les fables ont pris un teint soufi », explique l’historien alexandrin Dr Moustafa Al-Abbadi. Pour lui, les récits et les contes servaient d’interprétations selon les circonstances et ambiances politiques, économiques et sociales.

La particularité d’Alexandrie est dérivée de son rôle primordial local et mondial. Cette ville a illuminé le monde entier durant 1 000 ans depuis sa fondation (331.av. J.-C. - 661 de notre ère). Au cours des premiers 300 ans, elle était la capitale politique et culturelle de l’ancien monde. Alexandrie comprenait la plus grande école ou université, incarnée par sa Bibliothèque qui était le berceau de tous les arts. « Les mosaïques d’Alexandrie étaient fameuses pendant cet âge », témoigne Dr Mohamad Moustafa, directeur général des antiquités d’Alexandrie. Quant aux 600 années restantes, Alexandrie avait un rôle maritime fondamental. Elle comprenait le port primordial qui nourrissait l’Empire romain grâce à son phare, la septième merveille du monde, qui a fonctionné 16 siècles sans interruption. Du point de vue social, Alexandrie est une ville cosmopolite qui regroupe avec harmonie toutes les cultures grecque, italienne, française, anglaise … Sans la moindre difficulté. Cette ambiance a donné un terrain fertile pour l’invention des récits populaires et des textes littéraires et fabuleux. Et ainsi, la littérature est devenue l’une des plus importantes références des études archéologiques et historiques. Selon l’archéologue Fahima Al-Nahhas, l’Odyssée d’Homère évoque que le héros a été accueilli à son entrée en Egypte par la baie Pharos. « Nos fouilles ont dégagé des quais maritimes noyés à cet endroit », explique-t-elle.

Une découverte qui prouve aux historiens la présence d’un port antique qui accueillait les navires et dont les vestiges ont été noyés, lors d’un séisme qui avait secoué la région. A Abou-Qir, les récits populaires parlent toujours des divinités maritimes qui protègent les navigateurs et les pêcheurs au cours de leurs excursions maritimes. « Dans cette région, nous avons découvert un temple d’Osiris et d’Horus », reprend-elle. Selon elle, cela révèle les prières qui étaient effectuées par les pêcheurs avant leur départ pour éviter les dangers de leurs excursions.

« L’historien n’a jamais vu le phare »

Si ces récits représentent des références fondamentales, pour les archéologues, elles doivent être vérifiées, selon Dr Emad Khalil, professeur d’archéologie à l’Université d’Alexandrie. Il évoque les cartes alexandrines de Strabon qui a été pendant plusieurs siècles la référence essentielle de tous les historiens. Mais après avoir comparé ces cartes et la planification de la ville, avec les fouilles archéologiques, « nous avons découvert une grande différence », reprend Dr Khalil. Pour lui, plusieurs fables ont été esquissées autour des monuments exceptionnels, à l’instar du fameux Phare. L’historien arabe Al-Maqrizi l’avait mentionné dans ses récits révélant sa grandeur. Il assure que si une personne était au sommet du bâtiment fabuleux, il lui faudrait trois jours pour revenir sur terre. « Néanmoins, l’historien n’a jamais vu le phare. Il avait tout simplement copié, voire exagéré les récits de ses prédécesseurs », reprend Dr Khalil. Pour lui, les inventions et les fables abordées dans les différents textes littéraires sont nées à cause de l’absence des vraies informations bien documentées. Il ne faut pas encore oublier que les fables avaient aussi un rôle politique pour assiéger le peuple égyptien. C’est l’exemple de Ptolémée Ier qui avait connu la démocratie en Grèce. Après avoir saisi l’Egypte, il avait constaté que les Egyptiens traitaient leurs rois comme des semi-dieux. Ptolémée Ier a alors inventé une fable assurant être un des descendants des divinités grecques. Et comme quelques dieux grecs se sont réunis avec leurs homologues égyptiens, les rois ptoléméens sont devenus par conséquent les fils de ces nouvelles divinités.

En outre, l’esprit humain cherche toujours des explications raisonnables en inventant des fables. C’est l’exemple de la mosquée d’Aboul-Derdaa qui abrite la dépouille du cheikh et dont la région a été attaquée pendant la deuxième guerre mondiale. « Toute la zone a été gravement touchée. Seule la mosquée est restée intacte. Les citoyens ont parlé de l’ange qui est sorti du minaret pour éloigner les bombes de la mosquée », reprend Dr Moustafa Al-Abbadi. Pour lui, les récits fabuleux ne cesseront jamais, surtout à Alexandrie. Mais il faut étudier chaque cas à part. Par exemple, Cléopâtre et Jules César sont de vrais personnages historiques. « Mais leur relation amoureuse alléguée dans les textes littéraires n’est pas aussi fidèle à la réalité », renchérit Dr Khalil qui rejette complètement les films dramatiques qui traitent ces sujets. Si la littérature est une référence à réviser, il en est de même pour le cinéma qui diffuse souvent de fausses informations. Avis partagé par Dr Mohamad Moustafa qui fait rappel à la vision du réalisateur qui prédomine les faits historiques, leurs conditions et leur entourage matériel. Il faut alors aborder ces sujets sensibles avec précaution .

Doaa Elhami

 

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