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 Semaine du 6 au 12 avril 2011, numéro 865

 

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Dossier

Archéologie . L’Organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a envoyé une mission spéciale au Caire pour aider les Egyptiens à lutter contre le trafic des biens culturels et mettre sur la liste rouge les objets volés.

Une sonnette d’alarme face aux pillages

Le bilan total des pillages des antiquités en Egypte, qui est à ce jour encore inconnu, est déjà assez lourd. Rien qu’au Musée du Caire, 37 objets manquent toujours après la récupération de 17 pièces au cours des dernières semaines. Mais aussi des sites archéologiques à travers le pays ont témoigné des opérations organisées de pillage. Suite au colloque international pour célébrer le 40e anniversaire de la Convention sur le trafic illicite des biens culturels qui s’est tenue à Paris les 15 et 16 mars, l’Unesco a officiellement appelé donc à la mobilisation internationale pour sauver ces trésors et tenter de retrouver les œuvres volées avant qu’elles ne soient vendues. « D’un côté, il faut protéger les sites archéologiques contre les pilleurs et, de l’autre, il faut pister les antiquités volées avant qu’elles ne soient vendues sur le marché de l’art », indique Irina Bokova, la directrice générale de l’Unesco, qui s’est déclarée inquiète et a fait part « d’informations alarmantes » concernant les pillages des sites archéologiques et des musées égyptiens. Elle a, entre autres, encouragé les autorités égyptiennes à prendre des mesures concrètes, afin de protéger les sites archéologiques.

Et c’était lors de ce colloque international que l’on a décidé d’envoyer une mission d’experts au Caire pour travailler avec les Egyptiens.

Outre la directrice générale de l’Unesco, cette réunion a regroupé des experts de l’Organisation mondiale des douanes, l’Interpol, le Centre international d’études pour la conservation et la restauration des biens culturels (ICCROM), le Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS), le Conseil international des musées (ICOM), le World Monuments Fund et de nombreux experts indépendants.

Ainsi, une mission spéciale d’experts s’est rendue sur place au Caire, afin de s’informer de la situation, rencontrer les responsables des ministères de la Culture, évaluer le besoin d’aide, notamment en matière de lutte contre le trafic de biens culturels, et élaborer un plan d’action global à moyen et à long termes pour la protection du patrimoine culturel. Cette mission d’experts a regroupé Christian Manhart, du bureau de l’Unesco de Paris, Costanza de Simone, du bureau du Caire dirigé par Dr Tareq Chawqi, et France Desmarais, représentant le Conseil international des musées (ICOM). Des experts égyptiens ont aussi accompagné la mission de l’Unesco dans sa visite aux sites archéologiques et aux musées du Caire. Citons, entre autres, Mohamad Abdel-Fattah, directeur du département des musées, Tareq Al-Awadi, directeur du Musée égyptien, et Gihane Zaki, du Fonds des antiquités de la Nubie. Cette dernière a aussi participé au Colloque international de Paris. « Nous avons besoin d’une intervention d’urgence pour protéger le patrimoine, un peu comme cela s’est fait dans les années 1960 au moment de la construction du Haut-Barrage à Assouan. Il faut aussi sensibiliser les gens et les former, notamment les gardiens », explique Gihane Zaki.

En passant en revue la situation du patrimoine culturel en Egypte, les experts ont souligné que les principales difficultés tenaient au manque d’informations fiables à propos des sites et institutions du patrimoine culturel, à l’interruption des relations de travail établies antérieurement avec les institutions et personnes-clés au plan local, au risque de voir le patrimoine culturel négligé, compte tenu des urgences économiques et sociales, et aux changements encore en cours. Guillemette Andreu-Lanoë, directrice du département des antiquités égyptiennes du Louvre, a souligné, de son côté, que les pillards vont dans les endroits reculés, comme les sites sauvages des pyramides de Dahchour, Abou-Sir et Saqqarah, où il n’y a personne. D’où la difficulté d’intercepter les voleurs.

Le ministère d’Etat pour les Affaires des antiquités a publié le 15 mars 2011 une liste définitive des objets volés au Musée du Caire, en janvier dernier, lors des manifestations politiques. Statues, vases, sculptures en bronze ou en bois doré. Une enquête officielle est actuellement en cours, pour dénouer l’écheveau récit de ce vol et savoir ce qui s’est passé, dont gardiens et policiers sont soupçonnés.

L’Unesco a également énuméré les nombreux sites qui ont été pillés depuis les manifestations politiques. Des bas-reliefs ont été découpés à la scie à Saqqarah, des vols ont été commis à Kafr Al-Cheikh, à Saqqarah, à Qantara Charq, à Abou-Sir, à Mit Rahina, à Louqsor et à Assouan, sans que le total du butin ne soit connu. Dans d’autres endroits, les objets volés ont été retrouvés et les habitants veillent sur leur patrimoine.

La mission de l’Unesco a donc trouvé une bonne coopération du côté égyptien, selon Costanza de Simone. Mais il paraît que certains archéologues égyptiens, dont Abdel-Halim Noureddine, l’ex-secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes (CSA), refusent ce rôle de l’Unesco. « L’Egypte n’a pas besoin d’une intervention extérieure pour protéger ses antiquités, soit de la part de l’Unesco, soit de la part de n’importe quelle organisation étrangère. L’Egypte est capable de protéger ses antiquités », estime Noureddine.

Selon Costanza de Simone, le défi consiste à sensibiliser les populations locales à la sauvegarde des biens qui leur appartiennent. Costanza a proposé de travailler en étroite collaboration avec la jeunesse, afin de faire passer l’idée que le patrimoine culturel d’Egypte est leur patrimoine, qu’il est intimement lié à leur identité, qu’il représente un soutien potentiel de la démocratie et de la compréhension entre les cultures. Devant le Musée du Caire, la barrière humaine que les manifestants ont opposée aux pillards a été la meilleure preuve de la prise de conscience, par le peuple égyptien, de l’importance de son patrimoine. En effet, jeunes et vieux se sont réunis afin de protéger leur patrimoine lors des moments d’incertitude et de changement qui ont trop souvent dégénéré en violences. « J’ai été très touchée et très fière par la réaction qui a poussé les citoyens de Tunisie, d’Egypte et de Libye à protéger leur patrimoine lors des moments d’incertitude et de changement qui ont trop souvent dégénéré en violences », a déclaré la directrice générale de l’Unesco. Elle a annoncé aussi que l’organisation et ses partenaires soutiennent « fermement » tous ceux qui défendent leur patrimoine et entendent réunir toute l’expertise possible en vue de contribuer à cette démarche.

Amira Samir

 

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