Révolution .Un
nouveau cycle de violence a éclaté cette semaine entre les
manirévolution .Un nouveau cycle de violence a éclaté cette
semaine entre les manifestants et les forces de l’ordre
faisant 12 morts et 850 blessés. Des manifestations qui
n’ont rien de révolutionnaire d’après les autorités.
La
guerre de propagande
Soumis
à des pressions locales et internationales, le Conseil
Suprême des Forces Armées (CSFA) a organisé une conférence
de presse lundi à travers laquelle il a défendu son action,
en affirmant que l’armée n’avait pas utilisé la force contre
les manifestants, lors des affrontements ayant commencé le
week-end. Le conseil a accusé ces derniers de « chercher à
détruire l’Etat ».
Les
affrontements on fait 12 morts et 850 blessés, selon un
dernier bilan lundi du ministère de la Santé. Des sources
officieuses font état d’entre 4 et 12 nouvelles victimes.
Les
affrontements avaient éclaté vendredi entre les forces de
l’ordre et des manifestants qui campaient depuis fin
novembre devant le siège du gouvernement pour protester
contre la nomination par l’armée comme premier ministre de
Kamal Al-Ganzouri, lequel avait déjà occupé ce poste sous
Hosni Moubarak. Les manifestants réclamaient également la
fin du pouvoir militaire, visant en particulier le chef de
l’armée et chef d’Etat de facto, le maréchal Hussein Tantawi.
Ils accusent l’armée de perpétuer le système répressif
hérité de l’ex-président Hosni Moubarak et de chercher à
maintenir son emprise sur le pouvoir malgré les promesses de
démocratisation. Le Parquet du Caire a décidé le maintien en
détention de 123 citoyens, dont des femmes et des mineurs,
arrêtés dans les heurts. Ils encourent des poursuites pour «
résistance à l’autorité, violences contre les forces de
sécurité, incendie de bâtiments publics et atteinte à des
propriétés publiques et privées ».
Au cœur
de cette guerre de propagande où les militaires essayent de
présenter les manifestants comme des voyous et des fauteurs
de troubles, ces derniers ont mis en évidence des photos
d’une manifestante voilée, dont les soldats avaient
découvert le soutien-gorge et le ventre en la frappant et en
la tenant sur la chaussée, alors que d’autres filmaient les
corps déformés de manifestants tués. Des photos qu’ils ont
fait largement circulé sur les réseaux sociaux et les sites
internet provoquant l’indignation générale. Les funérailles
d’un dignitaire religieux, le cheikh Emad Effat, président
du comité d’Al-Fatwa (avis religieux) à Al-Azhar, et celles
d’un étudiant en médecine, Alaa Abdel-Hadi, ont sollicité
une large participation des manifestants qui entendaient
ainsi prouver que le « profil » des manifestants ne
correspond pas à celui dressé par les autorités.
Le CSFA
a pour sa part publié sur Facebook et Youtube des images du
saccage d’un bâtiment gouvernemental vendredi avec ce
commentaire : « N’est-ce pas notre droit de protéger la
propriété du peuple ? ». De son côté, la télévision d’Etat
diffusait en boucle des images du maréchal Tantawi rendant
visite à des blessés dans un hôpital militaire, le maréchal
Tantawi avait également décidé d’indemniser les familles des
victimes.
Etat
d’ébullition
Ce
dernier cycle de violence a laissé l’Egypte en état
d’ébullition : à l’université du Caire comme à celle
d’Aïn-Chams, des manifestations dénoncent le meurtre de
jeunes étudiants. Des dizaines de formations libérales et
islamistes ainsi que des députés fraîchement élus ont appelé
à un sit-in devant la Haute Cour de justice pour réclamer
l’arrêt de violence, le jugement des militaires impliqués
dans les violences, ainsi que la tenue d’élections
présidentielles avant le 25 janvier 2012. Parmi les
participants, Ziyad Al-Oleimy, député au futur Parlement et
membre de la coalition des jeunes de la révolution, et qui
n’a pas échappé aux matraques de la police militaire.
Parallèlement, des journalistes, avec d’autres activistes,
observent un sit-in devant leur syndicat dénonçant
l’intimidation des journalistes et des médias qui ont été
pris pour cible lors de ces événements. Les Egyptiennes ne
sont pas en reste : elles organisent pour des manifestations
exclusivement féminines contre la violence préméditée,
qu’elles ont subies.
Côté
gouvernement, Al-Ganzouri, a mis en garde contre un
risque de « contre-révolution », mais a assuré que « ni
l’armée ni la police n’ont ouvert le feu » sur les
manifestants.
L’attitude du pouvoir et les déclarations officielles le
justifiant ont entraîné une vague de critiques dans les
milieux politiques. « Quelle différence entre le discours
officiel actuel et ceux de Moubarak ? Ce sont les mêmes
mains mystérieuses et les mêmes complots étrangers qui
justifient la répression », commente Belal Fadl, chroniqueur.
Onze membres du Conseil consultatif tout récemment mis en
place par l’armée pour servir de pont de dialogue avec les
forces politiques ont présenté leur démission en signe de
protestation. « Nous avons fait des recommandations vendredi,
mais nous avons été surpris qu’elles ne soient pas suivies,
et qu’il y ait encore des victimes samedi », a déclaré le
vice-président de ce conseil, Aboul-Ela Madi, dirigeant du
parti islamiste modéré Al-Wassat. « Ceux qui cherchent la
solution dans les mesures sécuritaires ont tort, tout comme
ceux qui pourraient croire que la révolution est morte, ont
tort. La brutalité ne fera qu’engendrer d’autres vagues
révolutionnaires. Les Egyptiens ne sont plus prêts à
accepter l’humiliation et la répression », renchérit encore
le politologue Gamal Zahrane. Les salafistes et les Frères
musulmans, trop occupés par leurs velléités électorales, ont
surtout mis en garde contre toutes tentatives de retarder le
transfert du pouvoir.
A
l’échelle internationale, les pressions se sont intensifiées
au cours de la semaine sur le pouvoir militaire appelé à
mettre fin aux violences. Le secrétaire général de l’Onu Ban
Ki-moon a accusé les forces de sécurité d’usage « excessif »
de la violence à l’encontre des manifestants. La secrétaire
d’Etat américaine Hillary Clinton ainsi que le Quai d’Orsay
en France ont appelé les autorités égyptiennes à respecter
et à protéger les droits de l’homme, y compris ceux
d’expression et de réunion.
Sur le
terrain, les militaires ont dressé un mur barrant la grande
avenue conduisant de la place Tahrir au Conseil des
ministres, où la confrontation avait débutée, reprenant
ainsi le contrôle des abords du siège du gouvernement.
Manifestants et forces de l’ordre échangent des jets de
pierres et de projectiles incendiaires par-dessus le
barrage. Des manifestants essayent encore d’installer des
tentes sur la place Tahrir pour remplacer celles brûlées
dans la journée de samedi par les forces de l’ordre. Les
initiatives d’apaisement se multiplient sans trop de succès
pour le moment .
May
Al-Maghrabi