Al-Ahram Hebdo,Société | Les étudiants veulent du propre

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 Semaine du 12 au 18 octobre 2011, numéro 892

 

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Société

Restauration . Une centaine d’étudiants de l’Université du Caire, membres de l’organisation SIFE (Student In Free Entreprise) lancent une campagne visant à sensibiliser à l’hygiène dans les restaurants de la capitale. Kol wenta méttamen (mange rassuré) veut créer une culture qui fait défaut en Egypte.

Les étudiants veulent du propre

Bassala (oignon). C’est le nom d’un restaurant de kébab à Abbassiya, quartier populaire du Caire. Les étudiants du SIFE n’ont eu aucune difficulté à convaincre Mohamad Bassala, son propriétaire, de le remettre à neuf tout en respectant les mesures d’hygiène. 10 étudiants de l’université et membres de l’organisation SIFE se sont donné pour mission de sensibiliser les propriétaires des restaurants afin d’appliquer les mesures d’hygiène dans deux quartiers populaires du Caire, à savoir Abbassiya et Sayeda Aïcha. Ces étudiants sont membres de SIFE Egypte. SIFE (Student In Free Entreprise) est une organisation mondiale qui regroupe des étudiants dont l’objectif est de créer un monde meilleur, d’initier les jeunes au business et de développer chez les étudiants le sens des affaires. 42 000 étudiants dans 39 pays représentant 1 500 universités font partie de l’organisation SIFE.

Kol wenta méttamen (mange rassuré) est la toute dernière campagne lancée par un groupe de jeunes étudiants de l’Université du Caire. Rahma, étudiante en troisième année à la faculté des sciences politiques, décrit l’état dans lequel se trouvait ce petit commerce. « La céramique était complètement cassée, les murs lézardés et le sol dans un état lamentable. Les toiles d’araignée recouvraient le plafond et Am Bassala portait des vêtements très sales, de quoi couper l’appétit à n’importe quel client », raconte-t-elle.

En effet, le propriétaire est appelé à respecter les mesures d’hygiène car un service de contrôle d’hygiène va lui rendre régulièrement visite pour s’assurer de la propreté du restaurant et de la qualité des aliments que l’on sert aux clients. « Ce restaurant date des années 1980, je suis motivé pour le remettre en état et ces jeunes m’ont expliqué que cela faisait partie de leur projet et que des sociétés connues allaient prendre en charge les travaux de rénovation », souligne Bassala, en ajoutant qu’avant ces travaux, il avait refait les murs de la façade, ce qui lui a coûté 12 000 L.E.

Aujourd’hui, le sol et les murs de sa gargote sont couverts de carreaux en céramique. Les jeunes de la campagne Mange rassuré lui ont installé une nouvelle enseigne car l’ancienne était rouillée. A présent, la viande est emballée dans du papier film et entreposée dans son réfrigérateur. Am Bassala porte des gants pour malaxer la viande hachée qui va lui servir à préparer la kofta ou le hawawchi. « Mon uniforme ou plutôt le t-shirt que je porte est parfaitement propre. Je me sers de citron et de vinaigre pour aseptiser les ustensiles avant de les laver avec du savon liquide. Les gants sont devenus un élément indispensable pour mener à bien mon travail », dit Bassala, réputé pour ses mets savoureux et ses grillades.

Après ces travaux de rénovation, les clients se font de plus en plus nombreux, alors qu’avant, il suffisait qu’un nouveau client de passage jette un regard à l’intérieur du restaurant pour être dissuadé et quitte le lieu sans rien dire.

Aujourd’hui, Mohamad est satisfait du résultat. Ces travaux de rénovation lui ont donné de l’inspiration. Il compte même créer de nouvelles recettes après le grand Baïram, comme par exemple des saucisses et du poulet cuit de différentes manières.

Bassem, un graphic designer, vient de commander un hawawchi chez Bassala. Ce client se soucie de la propreté de l’endroit où il mange. « Je ne suis pas maniaque, mais il y a des détails auxquels je fais attention comme l’hygiène et la propreté du personnel », dit Bassem. Il raconte que la semaine dernière, alors qu’il vadrouillait avec ses amis aux environs de Maspero, il n’a pas osé commander un sandwich dans une gargote. La raison est qu’il avait vu des chats se balader à l’intérieur.

La restauration marche très bien en Egypte. Mais entre les fast-foods et les grands restaurants, les gens se demandent où se rendre pour bien manger. En fait, c’est la question que se posent de nombreux Egyptiens avant de sortir. « Les gens ne peuvent pas se passer de nourriture. Et donc beaucoup de personnes qui veulent créer leur propre entreprise se lancent dans la restauration », précise Khouloud, étudiante à la faculté des sciences et membre de SIFE. Ce sont les sponsors de SIFE Egypte qui assument le financement des projets de ces étudiants avec une condition : obtenir des résultats satisfaisants sur le terrain.

Beaucoup de travail

Pourtant, l’idée d’instaurer la propreté dans les restaurants des quartiers populaires va demander beaucoup de temps et de travail. Car, peu de personnes attachent de l’importance à l’hygiène. Dans les quartiers populaires, propriétaires de restaurants et clients le savent très bien. Etant donné que les prix sont dérisoires, personne ne pense à l’hygiène.

Tamer, un élève en secondaire, et ses camarades ne prêtent aucune attention aux mesures d’hygiène, ils choisissent tout simplement l’endroit qui convient à leurs moyens. « Dépenser entre 4 et 10 L.E. pour des sandwichs, c’est abordable pour nous et peu importe l’hygiène. De toutes les façons, nous sommes encore jeunes et la saleté ne fera que renforcer notre immunité », dit-il tout en mangeant un sandwich qu’il a acheté dans une gargote qui prépare seulement du foul et de la taamiya.

Sayed, propriétaire de ce lieu qui ne porte pas de nom, toujours dans le quartier de Abbassiya, refuse le concept des étudiants de SIFE. Il ne tient pas à remettre en bon état son commerce. « Les gens dans les quartiers populaires n’attachent pas d’importance à la notion de propreté. C’est du luxe pour eux, alors laissons les restaurants propres pour ceux qui veulent se rendre dans les établissements chic d’Héliopolis ou de Mohandessine », dit-il. Et de préciser que pour imposer la propreté, il faut d’abord qu’elle soit un mode de vie. Il souligne que les ouvriers qui travaillent avec lui sont de modestes journaliers et ils seraient capables de lui voler les produits d’entretien, les uniformes et les gants jetables pour les revendre. Pour lui, il n’est pas facile de passer d’un mode de vie à un autre. Sayed explique sa philosophie tout en retirant les taamiyas d’une grosse marmite remplie d’huile qui a perdu de sa couleur depuis plusieurs semaines, puis se sert d’un papier journal pour les égoutter. « N’ayez pas peur pour les Egyptiens, ils sont capables d’avaler des cailloux et c’est bien grâce à la bénédiction de Dieu si nous sommes encore vivants et non pas grâce à la qualité des produits que nous ingurgitons ».

Walid, journaliste, prend souvent ses repas en dehors de chez lui. Il assure que la réputation du restaurant n’est pas la garantie. « Je mange non seulement dans les restaurants des quartiers populaires mais aussi dans les zones sauvages. Je vais chez Zizo natana ou Baha d’Al-Nassériya et je n’ai jamais entendu que quelqu’un a été empoisonné à tel au point de faire un lavage d’estomac ou a fait une infection intestinale », explique Walid. L’atmosphère dans ce genre de restaurant en plein air est conviviale et soulève l’appétit. En effet, Zizo et Baha n’ont pas l’intention de répondre à la campagne car ils ont une clientèle variée qui vient des quatre coins de la capitale. Des clients qui n’attachent aucune importance à la beauté du lieu ni même à la manière dont les mets sont préparés. Les restaurants qui ne respectent pas les règles d’hygiène existent partout, même dans les quartiers chic, à l’exemple de Maadi. « Nous avons un inspecteur du ministère de la Santé mais il suffit de lui glisser 25 L.E. pour qu’il ferme les yeux », commente le propriétaire d’une gargote à Abbassiya.

Mohamad Ayoub, étudiant à la faculté de commerce et membre de l’équipe SIFE, explique que le propriétaire du restaurant de foul préfère verser un pourboire que de se casser la tête à respecter des mesures d’hygiène ou à rénover son restaurant.

Ahmad, comptable, attablé dans un café en compagnie de ses amis, confie que ses deux enfants ont eu des infections intestinales après avoir mangé dans des restaurants très réputés. « Les mets chauds ou les salades ne sont jamais préparés comme il faut. Il faut dire que les fruits et les légumes de première qualité sont exportés vers l’étranger ».

Ahmad pense que les gens aux faibles revenus sont obligés de chercher des endroits moins chers. Le prix du repas détermine le choix des consommateurs comme chez Magdi à Boulaq qui offre des légumes préparés à l’égyptienne avec un quart de poulet et une petite portion de riz. Ce repas coûte 12 L.E., un prix à portée des fonctionnaires qui cherchent un repas pas trop cher. Ce restaurant est situé au carrefour de deux grandes maisons de presse, à savoir Al-Ahram et Al-Akhbar et il est fréquenté par de nombreux journalistes. « On a l’impression de déguster un repas fait maison et dont le prix est abordable », lance Hassan, chauffeur à Al-Ahram, tout en évoquant que la clientèle de Magdi est toujours la même depuis dix ans, alors qu’il vient à peine de rénover son restaurant. « Quant à l’hygiène, que Dieu nous protège », conclut Hassan.

Dina Bakr

 




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