Al-Ahram Hebdo, Opinion | L’isolement politique et les ennemis de la révolution

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 Semaine du 12 au 18 octobre 2011, numéro 892

 

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Opinion

L’isolement politique et les ennemis de la révolution
Farouq Goweida
Poète et écrivain

Malgré les événements déplorables dont témoigne l’Egypte, tous les indices semblent affirmer qu’une nouvelle nation est en train de naître. L’Egypte se prépare à une ère nouvelle où il ne sera plus question de tolérer les voyous qui ont pillé le pays. Il n’est pas question pour l’Egypte de retourner dans la cage des voyous et des escrocs qui ont volé le pays et déformé son histoire.

Nous célébrons pour la première fois le 6 Octobre sans ces mensonges sur la première frappe aérienne qui, soi-disant, a permis de remporter la victoire. Depuis plus de trente ans, nous n’avions pas vu les photos des véritables héros d’octobre qui ont réalisé le grand miracle de la victoire sur Israël. Dans les livres scolaires d’histoire, j’ai vu trois photos. La plus petite était celle de Nasser avec en légende trois lignes sur la Révolution de Juillet 1952 et sur la défaite de 1967. La photo de Sadate était un peu plus grande avec quelques lignes sur l’ancien raïs qui a mis en prison les symboles de cette nation lors des événements de septembre 1981, et sur l’histoire de son assassinat, sans rien mentionner sur le grand exploit d’Octobre 1973. Enfin, la troisième photo était de « celui qui a réalisé la première frappe aérienne ». Elle occupait toute une page.

Pour la première fois, cette année, l’Histoire rectifie ces événements, et les véritables héros occupent désormais le devant de la scène. Pour la première fois, les Egyptiens se souviennent de Sadate, celui qui a pris la décision de la guerre. Ils se souviennent des héros et des martyrs d’Octobre dont les photos avaient disparu derrière les accords de vente de gaz à Israël, les programmes de privatisation, le comité des politiques du PND, l’acier d’Ahmad Ezz et la fraude électorale.

Cependant, la scène politique en Egypte continue à témoigner des phénomènes négatifs. Le plus dangereux est cette controverse politique ininterrompue depuis la chute de l’ancien régime. J’aurais préféré qu’on arrête un peu de polémiquer et qu’on se tende la main pour explorer notre chemin dans ce tunnel politique obscur dans lequel nous nous sommes lancés. Nous aurions pu reporter tous les conflits et toute la controverse autour de l’Etat religieux, civil, islamique ou égyptien.

Je ne sais pas pourquoi le Conseil militaire a perdu de son enthousiasme. Je ne trouve aucune raison qui explique ce silence affiché par les membres du Conseil. Pendant les premiers mois qui ont suivi la révolution, la scène politique a témoigné de plusieurs réunions entre les membres du Conseil et les penseurs, les journalistes et les intellectuels. Elles ont abordé des questions importantes qui touchent à l’avenir de l’Egypte comme l’enseignement, la santé, les médias, la privatisation, l’alphabétisation, le pain ... Je ne sais pas quelle a été l’issue de toutes ces discussions. Je ne sais pas pourquoi on a cessé ces réunions. Je ne sais pas pourquoi tout le monde est revenu sur ses pas. A mon avis, ce « retrait » du Conseil militaire est à l’origine de cette controverse actuelle entre lui et les forces politiques. Une situation qui a donné lieu à des répercussions négatives et à des dérapages au niveau du langage et du discours. Ceci au moment où nous avons grand besoin d’apprendre le langage du dialogue et l’acceptation d’autrui.

Pendant des années, la conscience politique a été totalement absente de la rue égyptienne même dans les rangs de l’élite face à la répression, à la violence et à la privation. L’armée aussi a été isolée et écartée des cercles de prise de décision. La grande erreur de l’ancien régime a été de marginaliser le peuple et l’armée, pour préparer la transmission du pouvoir par hérédité. Après la révolution, les relations ont repris entre le peuple et l’armée sous forme de rencontres, de réunions et de discussions. Celles-ci sont bénéfiques pour un peuple auquel on a imposé l’exclusion politique et une armée qu’on a privée d’entendre les cris du peuple.

L’histoire de l’isolement politique n’a pas besoin de longs discours. Dans tous les pays du monde, les anciens partis politiques ont été supprimés après les révolutions. Mais en Egypte, les membres du PND dissout commencent à sortir de leurs terriers et à parler avec audace de leurs droits politiques. Ne se sont-ils pas demandés où étaient ces droits lorsqu’ils s’appropriaient illégalement les terrains de l’Etat et lorsqu’ils vendaient le secteur public ? La liste des membres du PND qui ont obtenu d’énormes terrains est longue. Il y a aussi ceux qui ont acheté les usines puis les ont vendues comme étant des terrains de construction après avoir licencié les ouvriers. Où sont passés les trois milliards de L.E. qui sont entrées dans les poches des membres du PND quelques mois avant la révolution du 25 janvier ? Où sont passées ces sommes destinées aux soins aux frais de l’Etat après la dissolution de l’Assemblée du peuple ?

Les Egyptiens dans tous les gouvernorats savent très bien que les membres du PND ont volé des milliards de L.E. Ouvrez les dossiers des directions du PND au Caire, à Guiza, à Alexandrie, en Basse-Egypte et en Haute-Egypte. Dévoilez les listes des terrains qu’ils se sont illégalement appropriés. Ouvrez les dossiers des membres du PND qui ont obtenu des milliers de L.E. de citoyens embauchés dans les compagnies de pétrole ou d’électricité, dans les Parquets, dans la justice, dans les médias, dans les universités, dans les écoles de police ou de l’armée. Ouvrez les dossiers des cadeaux qu’ils ont obtenus des organismes de l’Etat.

Il est indispensable d’ouvrir le dossier de la corruption financière et politique, car ce dossier est la seule chose qui fera taire ces escrocs. Demandez-leur où sont passés ces milliards. Comment se fait-il qu’ils possèdent des palais, des villas, des terrains et des usines ?

Il est fort étrange qu’ils déclarent aujourd’hui la guerre aux Egyptiens et à la révolution. Ils lancent des menaces et rédigent des communiqués officiels. Ils menacent de couper les routes, de détruire les chemins de fer et même de proclamer la séparation de certaines régions en Haute-Egypte, dans le Sinaï, à Matrouh et dans le Delta. Ils brandissent la menace des hommes de main qu’ils mobilisaient pendant les élections.

Les menaces proférées par ces voyous du PND doivent être prises au sérieux par les services concernés qui cherchent à savoir qui est derrière le chaos qui sévit dans la rue égyptienne. Le Conseil militaire et le gouvernement doivent avoir enfin compris qui sont les éléments qui menacent la sécurité de l’Egypte et qui manipulent les baltaguis et les hors-la-loi.

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