Al-Ahram Hebdo, Opinion | Où va le mouvement de protestation sociale ?

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Labib Al-Sebai
 
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Hicham Mourad

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 Semaine du 12 au 18 octobre 2011, numéro 892

 

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Opinion

Où va le mouvement de protestation sociale ?
Hicham Mourad

L’Egypte est-elle en train de connaître sa seconde révolution, socioéconomique cette fois-ci ? Le pays témoigne, depuis la chute de l’ex-président Hosni Moubarak, une recrudescence sans précédent de protestations, grèves et sit-in dans plusieurs secteurs économiques. Instituteurs, médecins, infirmières, employés des transports publics, dockers, contrôleurs aériens, ouvriers d’usines diverses. Tous y ont passé. Leurs revendications sont presque toujours les mêmes : hausse des salaires et primes, meilleures conditions de travail, meilleure formation, réforme du secteur concerné … L’essentiel des revendications peut être placé sous le signe de la « justice sociale » et une meilleure répartition des revenus.

La révolution du 25 janvier a déclenché des espoirs et des attentes populaires exagérés. Plusieurs ont cru que la chute de l’ancien régime, connu pour une corruption légendaire, entraînerait du jour au lendemain une amélioration notoire dans leurs conditions de vie. Mais quand ces attentes ne se sont pas matérialisées, les divers corps de métier ont commencé à manifester bruyamment et à faire la grève. Pour éteindre les incendies qui éclataient ça et là, le gouvernement intérimaire a dû reculer, accédant à certaines demandes sectorielles. Mais au lieu de prendre fin, le mouvement de protestation sociale a rapidement fait boule de neige. Le gouvernement intérimaire a tenté quelques gestes de bonne volonté en décidant de relever le salaire minimum à 700 L.E. Une augmentation insuffisante pour la plupart des concernés. Le gouvernement est intervenu également pour calmer la colère des protestataires et des grévistes en promettant des augmentations et en cédant sur certaines revendications. Bien que reconnaissant la légitimité des demandes des travailleurs, le gouvernement se trouve cependant à court de moyens. Les revendications sont énormes, fruit d’une accumulation de plusieurs années, voire des décennies, alors que les caisses se vident rapidement en raison de l’instabilité politique et économique. Le gouvernement se trouve devant un cercle vicieux : les protestations sociales et les mouvements de grève perturbent et interrompent la production et font fuir les investisseurs, notamment étrangers, ce qui réduit les ressources nécessaires à la satisfaction des revendications.

Le gouvernement cite à l’appui de sa position les chiffres alarmants de l’économie pendant les derniers mois. En premier lieu, la chute de la croissance économique de 6 % en 2009-2010 à 1,8 % cette année (2010-2011) et à 1,3 % seulement prévue en 2011-2012. Or, pour créer suffisamment d’emplois nécessaires à absorber les entrants sur le marché du travail, l’Egypte a besoin d’un taux de croissance annuel de 6 %. Elle a également perdu en neuf mois le tiers de ses réserves stratégiques en devises étrangères, qui ont chuté, de 36 milliards de dollars en décembre 2010, le mois précédant la révolution, à 24,01 milliards fin septembre 2011. Une partie de cet argent a été utilisée pour satisfaire les revendications sociales, mais aussi pour soutenir la L.E. face à la dévaluation qui risque de renchérir les importations et les produits de première nécessité, pour une population dont 40 % vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins de 2 dollars par jour. La baisse des réserves est également la preuve de la fuite des capitaux étrangers.

Pour faire face à des conditions économiques déclinantes, la baisse des recettes et la fuite des capitaux, le gouvernement n’a plus qu’une seule solution : emprunter pour combler le fossé entre revenus en baisse et dépenses en hausse. Au début, il a pensé pouvoir le faire en s’appuyant sur la largesse des monarchies pétrolières du Golfe et sur des emprunts effectués sur le marché intérieur auprès des banques locales. Ces derniers se sont avérés très chers, avec un taux d’intérêt de l’ordre de 13 % ou plus. Alors que les engagements pris par des pays comme l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou le Qatar sont jusqu’ici restés pour l’essentiel au stade des promesses. Le Qatar et l’Arabie saoudite ont certes accordé chacun 500 millions de dollars, mais Riyad avait promis en mai dernier d’accorder 4 milliards de dollars, dont un milliard de dépôt à la Banque Centrale et 500 millions d’achat de bons du Trésor, alors que Doha avait promis 3 milliards. L’Egypte a un besoin urgent de 10 milliards de dollars pour combler son déficit budgétaire en 2011-2012. Elle cherche à obtenir 7 milliards des pays du Golfe. Le Caire devrait se tourner, pour le reste, vers le Fonds monétaire international, dont elle avait décliné en juin, pour des raisons politiques, une offre de crédit de 3,2 milliards de dollars.

Toujours est-il que la situation reste confuse sur le plan économique, ce qui n’aide pas au retour de la confiance chez les acteurs du marché. Le gouvernement semble très occupé à gérer la crise sans pouvoir mettre en place une politique économique claire. D’ailleurs, les crédits que cherche activement le gouvernement devraient verser dans la consommation plutôt que dans l’investissement, pourtant nécessaire à relancer l’activité économique. Les entreprises égyptiennes, dont plusieurs font face à des grèves et à des demandes salariales, craignent une dérive populiste des autorités et se demandent quel sera le point d’équilibre que celles-ci choisiront pour satisfaire les demandes sociales sans heurter l’investissement et la création d’emplois. Tant que la vision du gouvernement n’est pas claire sur cette question, il est probable que les entreprises s’abstiendront d’investir davantage, en attendant de voir mieux.

Rajoutant à la confusion le rallongement de la période de transition qui fait croître les incertitudes politiques et économiques et maintient en l’état l’attentisme des acteurs économiques, le recul des recettes et la fuite des capitaux. Selon le calendrier établi par le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA, au pouvoir), les élections présidentielles ne devraient pas intervenir avant la fin de 2012 ou le début de 2013, après la mise en place d’un Parlement élu en mars 2012 et l’élaboration d’une nouvelle Constitution par une Assemblée constituante de 100 membres choisis par les députés. Ce prolongement de la période de transition fait craindre à plusieurs la détérioration du climat social et la dégradation des conditions économiques, faisant dérailler le processus de remise du pouvoir à un régime civil. A tel point qu’ils n’hésitent pas à parler du risque d’une seconde révolution, de la faim cette fois.

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