Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un coup porté à la révolution

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 Semaine du 12 au 18 octobre 2011, numéro 892

 

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Coptes . Leur manifestation dimanche au centre du Caire a donné lieu à un carnage qui s’est soldé par 25 morts et plus de 300 blessés. Pour certains observateurs, l’avenir de la transition est désormais compromis. 

Un coup porté à la révolution

Solennelle, la scène est devenue habituelle. Celle des corps gisant dans leurs cercueils devant l’autel de la cathédrale copte d’Abbassiya pleine à craquer de fidèles endeuillés, insensibles aux consolations dispensées par leur clergé au cours du service funèbre.

C’est ainsi que des milliers de personnes ont assisté lundi soir aux funérailles de 17 manifestants tués la veille dans des affrontements ayant fait au total 25 morts et plus de 300 blessés. Quelques heures auparavant, un premier service a été consacré à 4 autres victimes tuées dans les mêmes circonstances.

Pour protester contre la mise à feu d’une église dans la province d’Assouan par des musulmans radicaux une semaine plus tôt, les coptes ont organisé un rassemblement qu’ils voulaient « pacifique » près du siège de la télévision publique au centre du Caire. Ils réclamaient la reconstruction de l’église et aussi le départ du gouverneur de la province pour son incapacité à protéger l’édifice religieux et ses déclarations donnant raison aux agresseurs. Dimanche en fin d’après-midi, et avant d’atteindre les lieux de la manifestation, les manifestants coptes accompagnés par des sympathisants musulmans ont dit avoir essuyé des jets de pierre de la part de « voyous » qui voulaient leur barrer la route. Peu de temps après, à proximité du bâtiment de la radio-télévision dit Maspero, les manifestants affirment avoir été accueillis par l’armée avec des tirs à balles réelles, avant que des véhicules blindés de transport de troupes ne se soient précipités sur la foule pour la disperser.

Sur des images vidéo diffusées sur Internet, on peut voir des corps mutilés après avoir été, selon des protestataires, écrasés par les véhicules militaires.« J’ai vu les véhicules de l’armée foncer à toute vitesse sur les manifestants. J’ai vu les gens se faire écraser », assure un jeune manifestant copte qui dit avoir participé à la manifestation. L’un des médecins légistes ayant procédé à l’autopsie, Magued Louis Al-Nemr, a affirmé à ONTV, une chaîne privée, que « sur les 17 corps qu’il avait examinés, 10 avaient été écrasés par des véhicules », en ajoutant que même en 1997, après le tristement célèbre attentat de Louqsor contre des touristes, il n’avait pas vu des corps aussi malmenés.

Pour les coptes, les militaires sont les principaux responsables de l’incident le plus meurtrier depuis le début de la « phase de transition » qu’ils dirigent. « Pourquoi font-ils preuve de retenue face aux manifestations des salafistes ? C’est seulement contre les coptes qu’ils manifestent leur force. Décidément, je ne suis pas égyptien », s’indigne un quadragénaire devant l’hôpital copte du Caire où ont été acheminés la plupart des cadavres.

La télévision publique fait scandale

Mais ce n’est qu’une version des faits, celle des témoins qui étaient sur place. Officiellement, c’était les coptes qui tiraient sur l’armée. Pendant des heures, la télévision officielle affichait sous le titre « urgent » le décès de 3 policiers sous les balles de manifestants coptes. Des journalistes sont allés jusqu’à lancer des appels en direct à l’intention de citoyens « honnêtes » de se diriger vers Maspero pour « protéger l’armée ».

A peine une heure après, des centaines d’habitants des quartiers voisins marchaient déjà sur les lieux des manifestations s’engageant dans des affrontements avec les manifestants. Le médecin légiste a fait état à l’hôpital copte d’un corps ayant le crâne verticalement tranché par une arme blanche.

Le lendemain, la chaîne publique Nile TV a nié la présence de victimes dans les rangs des soldats, une erreur qui s’expliquait par « l’atmosphère tendue » que vivait son présentateur. Scandalisés, plus d’un journaliste du département des informations ont pris publiquement leur distance avec la chaîne publique pour laquelle ils travaillent. « Je me dissocie du discours incitant à la haine et du traitement partial des informations » de la télévision égyptienne, déclare sur son compte Twitter le présentateur Mohamad Youssef. « Les musulmans ont cru un moment ce que racontait la télévision, mais arrivant sur place, ils ont vu la réalité et se sont associés aux coptes », constate l’activiste Nawara Negm qui accuse de mensonge « les médias de l’armée ».

« Est-ce que les manifestants armés amènent-ils avec eux femmes et enfants ? C’est impensable, mon ami intime est chrétien et était présent, il m’a dit que ce ne sont que des mensonges. Je le crois », affirme avec émotion Mounir, chauffeur de taxi. Des chrétiens et des musulmans assuraient par ailleurs que la colère exprimée dans les rues dimanche n’était pas tant dirigée contre l’une ou l’autre confession mais bien contre l’armée.

Les militaires sont en outre vivement critiqués par des chefs de file de la révolution. « Tout ce qui s’est passé est orchestré par l’armée qui entend ainsi s’éterniser au pouvoir », estime Ziad Al-Eleimi, leader de la Coalition des jeunes de la révolution.« Mes amis se moquaient toujours de moi à cause de mon optimisme qu’ils jugeaient mal placé. Aujourd’hui, je me sens cassé. Je sens que ces événements sont venus asséner à la révolution un coup dont il faut beaucoup de temps pour se remettre », confie de son côté Hossam Bahgat, directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits de l’homme.

Apathie officielle

Si les activistes n’hésitent pas à remettre en question les intentions des militaires, les plus modérés évitent de parler de « complicité ». Ils préfèrent dénoncer la « passivité » des autorités. Ainsi, une magistrate, Noha Al-Zeini, a décidé de « geler » ses activités au sein du comité patriotique pour la justice, affilié au Conseil des ministres, et dont elle est membre. « Ces événements tragiques auraient pu être évités si les autorités étaient moins apathiques », estime-t-elle dans une interview télévisée. Elle affirme que suite à l’étude de la crise de l’église d’Assouan, les membres du comité ont fait deux recommandations au premier ministre : limoger au plus vite le gouverneur, et légaliser le statut de tous les lieux de culte chrétiens qui n’ont pas eu de permis mais que les fidèles utilisaient comme églises. « Aucune de ces recommandations n’a été prise en compte. Exactement comme ce fut le cas sous l’ancien régime, les responsables nous ont laissé dire ce que nous voulions pour faire finalement ce qu’ils veulent », lance-t-elle.

Des mains mystérieuses

Officiellement, le Conseil Suprême des Forces Armées (CSFA) au pouvoir a demandé au gouvernement de mener une enquête rapide sur les affrontements, affirmant l’interrogation de 25 personnes pour agression de personnel et endommagement d’équipements militaires. L’armée estime en outre que les « affrontements » sont dus au fait que certaines personnes veulent détruire les piliers de l’Etat et semer le chaos. Le Conseil militaire assure que l’armée prendra « toutes les mesures nécessaires pour rétablir la situation sécuritaire ».

De son côté, le premier ministre Essam Charaf a noté dans une allocution publique « l’existence d’éventuelles mains, égyptiennes ou étrangères, tirant les ficelles dans l’ombre pour tenter de faire obstacle à la volonté des Egyptiens d’instaurer la démocratie ». « Nous ne nous soumettrons pas à ces complots malveillants et nous n’accepterons pas le retour en arrière », a-t-il ajouté.

L’Eglise ne s’est pas beaucoup démarquée. Les affrontements de dimanche sont « dus à des inconnus infiltrés », a déclaré lundi le chef de l’Eglise copte orthodoxe, le patriarche Chénouda III, dans une déclaration publiée après une rencontre avec 70 responsables de son Eglise. Les coptes ont souffert à maintes reprises de problèmes sans que les agresseurs ne soient poursuivis, a-t-il ajouté, en appelant les autorités à traiter les racines de ces problèmes. Le patriarche a également invité les coptes à un jeûne de 3 jours à partir de mardi pour ramener la paix en Egypte.

A la recherche d’une issue

Les autorités ont voulu calmer les esprits et ont multiplié les bonnes nouvelles : les manchettes de lundi annonçaient l’adoption d’une loi unifiée pour la construction des lieux de culte soumettant les mosquées et les églises aux mêmes conditions, et d’une autre loi incriminant la discrimination. Le principal accusé dans l’attentat contre les fidèles de l’église de Nag Hammadi en Haute-Egypte en 2010 a été exécuté lundi. Du côté des politiques, des représentants de plusieurs courants et formations se sont réunis lundi pour trouver une issue susceptible de « sauver la révolution ». Même s’ils n’ont pas réussi à formuler une déclaration commune, les propositions des participants allaient de l’anticipation des élections présidentielles, à la formation d’un comité présidentiel pour remplacer le conseil militaire à la tête du pays, exprimant du coup une volonté commune de voir l’armée quitter le pouvoir le plus rapidement possible .

Chérif Albert

 




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