Des négociations, et après ?
Abdallah Al-Achaal
De
nombreuses réalités sur la scène palestinienne ont atteint
une impasse. La première est que l’épuisement des voies
politiques et l’ignorance de la résistance ressortent de
l’absurde. La seconde est que cette voie, bien que douteuse,
a été complètement rejetée par Israël, ne laissant rien pour
préserver la face. Cependant, Israël insiste aujourd’hui sur
le fait que les négociations directes soient la seule voie
pour la paix. L’insistance de Netanyahu a atteint le point
de promettre qu’il fera preuve de bonne volonté si les
Arabes incitent Abou-Mazen à entamer ces négociations
directes. Même Washington insiste conformément à la volonté
d’Israël. Les Arabes et l’Autorité palestinienne ont compris
que la persistance de la position israélienne et l’avancée
du projet sioniste dans toutes les directions ont anéanti
tout espoir en un véritable règlement. Ils se sont alors
pliés à la volonté d’Israël et de Washington en croyant à
tort que répondre aux demandes d’Israël dévoilera sa duperie
au monde entier. Les Arabes ont alors décidé d’en finir avec
les pressions américaines et ont décidé de donner carte
blanche au président de l’Autorité palestinienne. Celui-ci
réalise parfaitement que la balle est désormais dans son
camp et qu’il se trouve seul avec la procuration arabe face
aux pressions américaines et israéliennes. C’est pourquoi il
a commencé à poser des conditions aux négociations. D’une
part, il est convaincu que ces dernières représentent un
suicide politique et historique et d’autre part, il ne peut
abandonner la mission, car il est difficile maintenant de
trouver un bouc émissaire.
En fait, cette situation dangereuse qui expose la cause
palestinienne à la liquidation totale est assumée par les
Arabes et par l’Autorité palestinienne en même temps car les
deux parties ont contribué à créer cet état de fait. Ils
doivent le réaliser pour deux raisons.
Premièrement, pour que chaque partie comprenne ses
responsabilités et les assume. Mieux vaut tard que jamais.
Deuxièmement, pour que l’Histoire enregistre cette phase
dangereuse de la cause palestinienne. Dans le cadre de la
détermination des rôles et des responsabilités, nous devons
confirmer que les Arabes et le président de l’Autorité
palestinienne comprennent très bien que l’équilibre des
forces est dans l’intérêt du projet sioniste. Ils ont alors
choisi la voie la plus facile mais la plus dangereuse,
exactement comme l’a fait le gouvernement soudanais
lorsqu’il fut dévasté par les flots du Sud qui est sur le
point de se séparer en prélude du démantèlement du Soudan.
Le gouvernement soudanais a alors déclaré que les Arabes et
les musulmans doivent le remercier pour ses efforts déployés
contre les plans du front populaire qui vise à étendre son
pouvoir sur tout le Soudan et à expulser ses habitants
arabes et musulmans en coalition avec Israël. Le résultat
est le même tant que la résistance au complot n’était pas
parmi les priorités du gouvernement au Soudan et des Arabes
et du président de l’Autorité en Palestine. Ceci s’applique
aux propos du président Bachar Al-Assad qui dit que la
résistance est moins coûteuse que le retrait ou le
désespoir.
Le président de l’autorité s’est engagé dans des hostilités
avec le Hamas qui est devenu l’ennemi, et non pas Israël,
dans le cadre de la concurrence pour le pouvoir. Ce cadre a
été monté par Israël exactement comme il a limité celui du
conflit lorsqu’il a retiré ses colons de Gaza sans aucune
coordination avec l’autorité. C’est ainsi que le président
de l’autorité, avec ses forces de sécurité, affronte la
résistance à la place d’Israël, en coordination avec lui et
selon sa logique de l’inefficacité de la résistance avec
Israël avec toutes ses forces. Le fossé s’est alors élargi
entre les frères, et Israël a exploité la situation pour
continuer à voler le reste des territoires palestiniens.
D’autre part, Abou-Mazen est parfaitement conscient qu’il
négocie sans aucune carte de pression et que la procuration
qui lui est accordée n’a qu’une seule valeur : conférer la
légitimité arabe à ses agissements pour qu’il ne soit pas
accusé de sortir de l’unanimité arabe. De plus, ce couvert
était requis par Israël et par les Etats-Unis qui se sont
chargés de l’assurer dans toutes les capitales arabes.
Je pense que c’est là l’un des plus difficiles moments du
président de l’autorité. Il est conscient que cette
procuration représente une bombe qui peut exploser à chaque
pas franchi et dont il ne peut se départir. En effet, les
pressions arabes, israéliennes et américaines l’empêcheront
de s’évader. Avancer sur la voie des négociations ou
s’enfuir : deux choix plus douloureux l’un que l’autre.
En fait, les Arabes ont choisi la voie du retrait face au
torrent sioniste. Ils ont refusé d’assumer leurs
responsabilités en achetant le temps.
Cependant, ils sont conscients qu’une nouvelle phase du
conflit commencera après la signature de l’accord de la
capitulation face au projet sioniste, notamment en
Palestine. En effet, le conflit grandira après la
capitulation. Mais le cercle commencera au sein des régimes
arabes après que le monde arabe ait perdu sa dignité à
l’intérieur et ses droits et son prestige à l’extérieur. Le
conflit perdurera tant que le projet sioniste durera et tant
que l’Occident insistera à saper la paix des peuples arabes
et leurs droits en la stabilité et le développement.