Hommage
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Le 25 juin,
lors d’une cérémonie impressionnante, Dr Amina Rachid,
professeur émérite de littérature française et comparée à
l’Université du Caire, obtint le titre de Docteur honoris
causa 2010 de l’Université Blaise Pascal en France. Une
distinction mettant l’accent sur un long parcours
scientifique et une vocation de militantisme. Entretien.
« La
francophonie comme politique, je la refuse »
Al-Ahram
Hebdo : Il serait peut-être étonnant pour les cercles
académiques égyptiens que la prestigieuse Université Blaise
Pascal à Clermont Ferrand vous rend hommage pour votre rôle
aussi bien académique qu’humaniste et militant. Qu’en
direz-vous ?
Amina Rachid
: Au premier abord, la cérémonie organisée aux docteurs
honoris causa, nommant chaque année trois candidats depuis
1972, dont cette année un Tchèque et un Brésilien en
sciences et moi-même en lettres, offrait à chacun de nous un
poème, lu par des étudiants, dans la langue du candidat
avant d’être traduit en français. C’était très touchant pour
moi que mon poème soit du Palestinien de renom Mahmoud
Darwich intitulé Passeport. Oui, ils étaient intéressés à la
fois à mon travail et à mon profil. Puisqu’ils ont mentionné
mon travail dans la revue Nour, que j’ai dirigée de 1994 à
2000, et qui s’occupait de la créativité féminine aussi bien
au niveau des lettres, qu’au niveau des sciences du
militantisme. Pour eux, il était important de mettre
l’accent sur mon humanisme et mon militantisme et en même
temps donner à l’université une dimension universaliste.
— L’accent a été également mis sur le groupe de recherche que
vous avez créé en 2005, Bayniyyat (comparaisons), qui
concrétise l’échange académique devenant rarissime ces
derniers temps. Quels sont son objectif et sa portée ?
— Ce groupe de recherche
remonte à la première visite rendue à Clermont Ferrand, pour
un colloque à Blaise Pascal, par le professeur Rania Fathi.
Elle a participé par une intervention sur le témoignage et
la littérature. Après ce premier contact, nous avons échangé
les séminaires entre l’Université du Caire et l’Université
Blaise Pascal et où nous nous sommes centrés sur les thèmes
: le témoignage et la littérature, le témoignage et le
cinéma, le témoignage et l’image de l’autre, etc. Nous avons
conclu un accord d’échange académique entre les deux
universités en plus de l’Académie de la recherche
scientifique en Egypte et du CFCC ayant comme titre au
projet Imhotep. Notre objectif, à partir de recherches en
littérature comparée, est d’élaborer une problématique en
accord avec notre culture, notre patrimoine, mais aussi avec
ce qui se fait dans le monde. En premier lieu mettre
l’accent sur les témoignages de Palestine, parce qu’en
France l’idée de témoignage est associée au Holocauste et
nous, nous avons voulu élucider les témoignages dans nos
pays. A titre d’exemple, une étude que j’avais présentée
s’intitule Quatre heure à Chatilla de Jean Genet sur
l’esthétique du témoignage et la subjectivité du narrateur
et son engagement dans la cause palestinienne.
Rania fathi se penche sur
les lettres échangées entre Mahmoud Darwich et Samih Al-Qassem
pour traiter le témoignage de la Palestine, terre d’exil et
de déracinement, sans perdre l’espoir de reconstruire à
travers le poème. Tandis que Randa Sabri réinterroge
l’antithèse de témoignage et fiction et détecte le
chevauchement entre les deux.
La réussite de ces
colloques a fait que les différents partis veulent
poursuivre le travail de recherches, c’est pourquoi Mme
Nadine Lavignotte, présidente de l’Université Blaise Pascal,
devra se rendre en décembre prochain pour rencontrer son
homologue égyptien, Hossam Kamel, de même que son vice-président.
— Votre itinéraire a été formé au sein de la culture
française, pourtant vous n’épargnez pas d’occasions où vous
remettez en cause les objectifs colonialistes de la campagne
de Bonaparte sur l’Egypte ou que vous lancez la critique sur
les politiques de la francophonie de par le monde. Comment
vivez-vous ce dilemme ?
— Je ne vois pas qu’il y
ait de contradictions, c’est comme quand on est égyptien et
on ne peut s’empêcher de critiquer le système ambiant. Une
partie de cette attitude je la dois à la littérature
française même. Puisque le XVIIIe siècle, le siècle des
lumières, est celui des mouvements critiques. On peut dire
que la littérature française m’a inculqué l’esprit critique.
Je n’y trouve pas de contradictions parce qu’en vérité, il
n’y a pas une entité qui s’appelle la France tout court,
mais des orientations, des tendances, y compris un côté
militant important. Tout cela témoigne d’une crise
aujourd’hui, tout cela a affaire avec la globalisation.
Partout aujourd’hui, il existe des cercles de critique, des
cercles de communication, mais les mouvements généraux ne
sont plus aujourd’hui ceux qui autrefois réunissaient
différents métiers et de larges catégories du peuple.
— Et en quoi portez-vous votre critique sur la francophonie ?
— La francophonie, je la
considère en tant que politique et non pas en tant que
culture. Il se peut que je collabore dans des colloques qui
traitent de la littérature d’expression française dans les
anciennes colonies, comprenant la littérature anglaise,
française ou espagnole. Mais la francophonie comme politique,
je la refuse. Parce qu’il existe une tendance à conserver un
certain niveau culturel dépendant dans les anciennes
colonies. Car pour moi, c’est un renouvellement de
l’hégémonie. Auparavant, il existait des idées telles que
l’Algérie est une partie de la France, aujourd’hui, il y a
l’hégémonie culturelle qui voulait récupérer les anciennes
colonies en quelque sorte .
Propos
recueillis par
Dina Kabil