Al-Ahram Hebdo, Idées |

  Président
Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef exécutif
Hicham Mourad
  Conseiller de la rédaction
  Mohamed Salmawy

Nos Archives

 Semaine du 21 au 27 juillet 2010, numéro 828

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Idées

Hommage . Le 25 juin, lors d’une cérémonie impressionnante, Dr Amina Rachid, professeur émérite de littérature française et comparée à l’Université du Caire, obtint le titre de Docteur honoris causa 2010 de l’Université Blaise Pascal en France. Une distinction mettant l’accent sur un long parcours scientifique et une vocation de militantisme. Entretien.

« La francophonie comme politique, je la refuse »

Al-Ahram Hebdo : Il serait peut-être étonnant pour les cercles académiques égyptiens que la prestigieuse Université Blaise Pascal à Clermont Ferrand vous rend hommage pour votre rôle aussi bien académique qu’humaniste et militant. Qu’en direz-vous ?

Amina Rachid : Au premier abord, la cérémonie organisée aux docteurs honoris causa, nommant chaque année trois candidats depuis 1972, dont cette année un Tchèque et un Brésilien en sciences et moi-même en lettres, offrait à chacun de nous un poème, lu par des étudiants, dans la langue du candidat avant d’être traduit en français. C’était très touchant pour moi que mon poème soit du Palestinien de renom Mahmoud Darwich intitulé Passeport. Oui, ils étaient intéressés à la fois à mon travail et à mon profil. Puisqu’ils ont mentionné mon travail dans la revue Nour, que j’ai dirigée de 1994 à 2000, et qui s’occupait de la créativité féminine aussi bien au niveau des lettres, qu’au niveau des sciences du militantisme. Pour eux, il était important de mettre l’accent sur mon humanisme et mon militantisme et en même temps donner à l’université une dimension universaliste.

— L’accent a été également mis sur le groupe de recherche que vous avez créé en 2005, Bayniyyat (comparaisons), qui concrétise l’échange académique devenant rarissime ces derniers temps. Quels sont son objectif et sa portée ?

— Ce groupe de recherche remonte à la première visite rendue à Clermont Ferrand, pour un colloque à Blaise Pascal, par le professeur Rania Fathi. Elle a participé par une intervention sur le témoignage et la littérature. Après ce premier contact, nous avons échangé les séminaires entre l’Université du Caire et l’Université Blaise Pascal et où nous nous sommes centrés sur les thèmes : le témoignage et la littérature, le témoignage et le cinéma, le témoignage et l’image de l’autre, etc. Nous avons conclu un accord d’échange académique entre les deux universités en plus de l’Académie de la recherche scientifique en Egypte et du CFCC ayant comme titre au projet Imhotep. Notre objectif, à partir de recherches en littérature comparée, est d’élaborer une problématique en accord avec notre culture, notre patrimoine, mais aussi avec ce qui se fait dans le monde. En premier lieu mettre l’accent sur les témoignages de Palestine, parce qu’en France l’idée de témoignage est associée au Holocauste et nous, nous avons voulu élucider les témoignages dans nos pays. A titre d’exemple, une étude que j’avais présentée s’intitule Quatre heure à Chatilla de Jean Genet sur l’esthétique du témoignage et la subjectivité du narrateur et son engagement dans la cause palestinienne.

Rania fathi se penche sur les lettres échangées entre Mahmoud Darwich et Samih Al-Qassem pour traiter le témoignage de la Palestine, terre d’exil et de déracinement, sans perdre l’espoir de reconstruire à travers le poème. Tandis que Randa Sabri réinterroge l’antithèse de témoignage et fiction et détecte le chevauchement entre les deux.

La réussite de ces colloques a fait que les différents partis veulent poursuivre le travail de recherches, c’est pourquoi Mme Nadine Lavignotte, présidente de l’Université Blaise Pascal, devra se rendre en décembre prochain pour rencontrer son homologue égyptien, Hossam Kamel, de même que son vice-président.

— Votre itinéraire a été formé au sein de la culture française, pourtant vous n’épargnez pas d’occasions où vous remettez en cause les objectifs colonialistes de la campagne de Bonaparte sur l’Egypte ou que vous lancez la critique sur les politiques de la francophonie de par le monde. Comment vivez-vous ce dilemme ?

— Je ne vois pas qu’il y ait de contradictions, c’est comme quand on est égyptien et on ne peut s’empêcher de critiquer le système ambiant. Une partie de cette attitude je la dois à la littérature française même. Puisque le XVIIIe siècle, le siècle des lumières, est celui des mouvements critiques. On peut dire que la littérature française m’a inculqué l’esprit critique. Je n’y trouve pas de contradictions parce qu’en vérité, il n’y a pas une entité qui s’appelle la France tout court, mais des orientations, des tendances, y compris un côté militant important. Tout cela témoigne d’une crise aujourd’hui, tout cela a affaire avec la globalisation. Partout aujourd’hui, il existe des cercles de critique, des cercles de communication, mais les mouvements généraux ne sont plus aujourd’hui ceux qui autrefois réunissaient différents métiers et de larges catégories du peuple.

— Et en quoi portez-vous votre critique sur la francophonie ?

— La francophonie, je la considère en tant que politique et non pas en tant que culture. Il se peut que je collabore dans des colloques qui traitent de la littérature d’expression française dans les anciennes colonies, comprenant la littérature anglaise, française ou espagnole. Mais la francophonie comme politique, je la refuse. Parce qu’il existe une tendance à conserver un certain niveau culturel dépendant dans les anciennes colonies. Car pour moi, c’est un renouvellement de l’hégémonie. Auparavant, il existait des idées telles que l’Algérie est une partie de la France, aujourd’hui, il y a l’hégémonie culturelle qui voulait récupérer les anciennes colonies en quelque sorte .

Propos recueillis par
Dina Kabil

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.