Al-Ahram Hebdo, Voyages | Retour d’un pan de l’histoire copte
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 Semaine du 10 au 16 février 2010, numéro 805

 

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Inauguration. Le monastère de Saint-Antoine le grand, dressé sur la mer Rouge, ouvre enfin ses portes aux visiteurs après des travaux de restauration qui ont duré 5 ans.

Retour d’un pan de l’histoire copte

« Le monastère de Saint-Antoine est le premier du genre en Egypte, voire au monde entier. Il est aussi le plus riche dans ses éléments architecturaux », affirme l’évêque Maxime Al-Antoni, collaborateur du projet de restauration et de préservation effectué par le Conseil Suprême des Antiquités (CSA). D’une superficie de 18 feddans et dressé majestueusement au pied de la montagne Al-Qalzam, à 67 km au sud de la ville de Zaafarane, le monastère de Saint-Antoine le grand a été officiellement inauguré par Zahi Hawas, secrétaire général du CSA. Une inauguration impatiemment attendue par les touristes et les visiteurs à cause des opérations de restauration qui ont duré cinq ans de travail continu. Tous les éléments architecturaux que comprend le monastère ont été restaurés ainsi que les différentes décorations et icônes. Au cours de ces opérations, les experts ont mis au jour de rares éléments qui augmentent la valeur historique du monastère.

Selon l’évêque, la restauration était un projet exhaustif qui a commencé en 2003 et a pris fin en 2008. Un travail qui a couvert tous les anciens bâtiments du monastère qui étaient dans un état lamentable. A cet égard, citons à titre d’exemple une forteresse qui date du VIe siècle, les deux anciennes églises : celle de l’évêque Antoine ainsi que celle des 4 créatures appelées les 4 vivants de l’Apocalypse, et ce sans oublier les murailles entourant le monastère, le moulin, les greniers, le réfectoire, le pressoir d’olives et bien d’autres édifices. Le monastère de Saint-Antoine le grand est ainsi considéré comme une cité complète dressée au cœur du désert. « Aussi ont été consolidées les fondations des différents édifices ainsi que les sols des ermitages avec les matériaux locaux adéquats. D’ailleurs, il y a eu des restaurations fines des iconostases et des scènes coptes qui ornent les murs des autels des anciennes églises, et ce sans oublier le déplacement de quelques activités de l’église comme ateliers et autres hors de l’enceinte archéologique », explique l’évêque. En même temps, les travaux ont compris l’installation de deux réseaux électriques et d’un réseau d’eau potable.

Ces travaux ont permis de dégager plusieurs éléments archéologiques d’une extrême importance. Parmi ces découvertes, on cite un ermitage trouvé sous l’ancienne église de Saint-Antoine. Composé de trois pièces, cet ermitage date du IVe siècle. « C’est la même époque où résidait encore l’évêque Antoine qui a vécu entre 251 et 356 de notre ère », explique Dr Loay Mahmoud Saïd, directeur du département de documentation et d’enregistrement des monuments coptes au CSA. Selon lui, il est très probable que l’évêque lui-même ait fondé cet ermitage, redoublant ainsi la valeur archéologique de cet édifice, considéré déjà comme l’un des plus anciens de toute l’Egypte, voire du monde entier. Impressionnant qu’il soit, cet ermitage se distingue par ses éléments architecturaux complets et bien préservés. Il est niché et était clos d’une porte en brique crue. Cet édifice comprend trois pièces : la première est celle des services où ont été trouvés deux fours et un récipient sur lequel des traces d’huile existent encore. Elle comprend aussi une niche qui contenait une lampe à huile et dont le dépôt d’huile est creusé au fond de la niche. « Cette méthode d’éclairage est très rare dans les constructions et témoigne en fait de l’ancienneté du bâtiment », précise l’évêque. Quant au sol, il est couvert de pierres colorées découpées des montagnes des alentours. La pièce des services s’ouvre sur deux autres salles. L’une d’elles est consacrée à la prière et un de ses murs est couvert d’inscriptions coptes comprenant des prières accompagnées de la forme classique de la croix. Ces inscriptions sont considérées comme les plus anciennes jamais connues, redoublant ainsi la valeur de l’ermitage.

Là aussi « a été découvert un grand récipient d’argile enseveli à moitié. Cette fois, nous y avons découvert de l’eau », reprend-il. Ainsi, les ermites évitaient la perte de l’eau à travers l’argile et en même temps garantissaient de boire de l’eau fraîche tout au long de l’année. Actuellement, l’ancien ermitage est couvert d’un verre transparent pour l’exposer aux visiteurs et aux jeunes moines. Toutes les pièces sont illuminées indirectement afin d’éviter tout effet nocif. Ajoutons que l’ermitage comprend de même une ancienne bibliothèque qui renferme 1 438 manuscrits. Un trésor incomparable et ce sans oublier les icônes et les scènes coptes qui décorent les murs des églises. De celles-ci surgit une scène représentative de Jésus assis sur le trône et entouré de deux anges ailés.

Le monastère de Saint-Antoine le grand va attirer les touristes, étudiants, amateurs de l’art copte et tous les intéressés. L’inauguration officielle va enfin placer le monastère sur la carte touristique locale et mondiale.

Doaa Elhami

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Qui est saint Antoine ?

Il a vécu entre 251 et 356 de notre ère. C’est-à-dire entre les IIIe et IVe siècles. Il est en Haute-Egypte et a mené une vie aisée, puisqu’il était très riche à son époque. Dès son âge prématuré, Antoine a été connu par sa dévotion. Il est le premier qui s’est basé sur l’Evangile et surtout sur les versets 19 et 21 de l’Evangile de Mathieu « qui incitent les dévots à abandonner toute aisance de vie et distribuer leur fortune aux pauvres afin d’obtenir le trésor céleste. Il s’est débarrassé de sa fortune en la distribuant aux pauvres des alentours. Il a aussi amené sa sœur à l’une des maisons des religieuses, assurant ainsi l’existence de ce genre de maisons à cet âge prématuré », explique Dr Loäy Mahmoud Saïd, directeur du département de documentation et d’enregistrement des monuments coptes. Selon lui, avant Antoine, il n’y avait pas de vraie vie monastique. Avis partagé par Ahmad Qadri, archéologue des monuments coptes et islamiques. Pour lui, avant cette époque, il y avait des ermites individuels à l’instar de Abou-Nofal Al-Sayeh. Le motif essentiel de leur convergence vers le désert et la dévotion était leur refus du caractère cruel de leur vie. Or, ce n’était pas le cas d’Antoine qui a installé les bases de la vie monastique « suivant en fait les versets de l’Evangile », reprend-il.

Ainsi s’est-il dirigé vers l’emplacement de l’actuel monastère Maymoun à Béni-Souef. -bas, sa dévotion s’est répandue dans les alentours, attirant plusieurs ermites. Rassemblant peu d’amis, « Antoine avait quitté son abri en 285 et s’est dirigé vers le désert oriental. Ensuite, il est parti avec une tribu nomade vers la mer Rouge et à la base de la montagne Al-Qalzam, se dresse actuellement le monastère de Saint-Antoine, et il s’y est installé », raconte Ahmad Qadri. Selon l’archéologue, les aides et les soins d’Antoine aux membres de la tribu avaient continué. Sa bienfaisance s’est répandue partout, attirant un nombre considérable d’ermites qui avaient appris la vie monastique. Raison pour laquelle les archéologues supposent que l’ancien ermitage trouvé sous l’église de Saint-Antoine pourrait être bâti par l’évêque lui-même. D’ailleurs, beaucoup d’ermitages y ont été bâtis, « expliquant ainsi la présence d’anciens ermitages sur le site », reprend Qadri. Antoine est devenu leur père d’âme et l’évêque des jeunes moines qui y a été enseveli d’après les documents ecclésiastiques.

Doaa Elhami

Comment s’y rendre ?

Le seul moyen pour s’y rendre est par auto. Prenez la route Aïn Al-Sokhna jusqu’à la ville de  Zaafarana. Prenez la route parallèle à la mer Rouge jusqu’à la station de gaz Wataniya. De ce point, il faut faire 17 km au sein de la montagne. Rien n’est difficile. A cet endroit, vous trouverez un écriteau indiquant la direction qui mène au monastère de Saint-Antoine le grand.

 




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