Al-Ahram Hebdo, Opinion | Violence confessionnelle ou société malade ?
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 10 au 16 février 2010, numéro 805

 

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Opinion
 

Violence confessionnelle ou société malade ?
Farouq Goweida

Ce qui s’est passé à Nag Hammadi n’était ni le résultat du viol d’une fillette musulmane par un jeune chrétien, ni d’une sédition confessionnelle entre musulmans et coptes. C’était plutôt le résultat de longues accumulations entre les Egyptiens, tous les Egyptiens, de longues années d’enseignement défectueux, de culture déformée, d’absence de justice dans la distribution des ressources de la nation, de privation politique, de manque d’appartenance et de propagation de chômage et de pauvreté. Cette atmosphère est devenue propice à l’apparition de maladies sociales qui utilisent la religion à des fins n’ayant aucune relation avec la religion. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi n’est pas un crime qui se cache sous le couvert de la religion, nous nous trouvons plutôt face à une société où tous les critères ont dérapé, où les valeurs ont été bouleversées pour se lancer vers l’inconnu, exactement comme le train d’Al-Ayyat, le ferry Al-Salam et les impôts fonciers.

Si les coupables sont actuellement jugés devant la justice, d’autres auraient dû être jugés depuis longtemps car ils ont participé à ce crime par l’enseignement, la culture, les médias, par le bouleversement des constantes de cette société ...

Nous ne devons pas parler maintenant de l’ancienne société où les relations entre musulmans et coptes représentaient un modèle de tolérance et d’amour entre les membres d’un même peuple. Nous ne parlerons pas du médecin chrétien qui entre dans toutes les maisons ni de l’enseignant musulman qui respecte sa religion ainsi que les croyances des autres. Nous ne parlerons pas des martyrs qui ont combattu côte à côte pour leur pays. Cette société dans laquelle nous avons vécu jadis n’est plus celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui. L’Egypte qui a ancré en nous toutes ces belles choses n’est plus l’Egypte que nous voyons aujourd’hui. Ne vivent plus parmi nous Mohamad Abdou, le cheikh Chaltout et Gad Al-Haq. Des personnes comme Om Kolsoum, Abdel-Wahab, Taha Hussein, Al-Aqad, Salama Moussa, Louis Awad, Nazmi Loucas, Khaled Mohamad Khaled, Talaat Harb, Aboud Pacha et tant d’autres ne sont plus de notre monde. Nous nous trouvons face à de faux symboles, à des intellectuels qui ont suivi le troupeau et à des hommes d’affaires qui ont renoncé à toutes les valeurs pour courir derrière l’argent. Nous nous trouvons face à une nouvelle société, à une nouvelle ère, à de nouvelles directions et malheureusement nous enfonçons nos têtes dans le sable, bien que le danger nous entoure de toute part. Dans une société où les désirs gagnent en atrocité, où l’argent, quel que soit son origine, devient roi au-dessus de tous, gouvernement et peuple, le crime devient chose ordinaire. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi est le premier aspect du danger et non le plus grave car le plus grave reste à venir. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi est un tout petit affrontement par rapport à ce que peut nous apporter l’avenir dans une société où tous les critères ont été bouleversés, où toutes les valeurs et les morales ont régressé. Nous devons marquer un arrêt et décrypter attentivement les détails de notre vie pour découvrir les raisons et commencer le traitement si nous voulons vraiment guérir cette société malade.

Jeter la responsabilité sur les religions et les confessions est erroné. Lorsque les programmes éducatifs dans les écoles, les universités et les instituts religieux sont devenus inadaptés, lorsque les cris se sont élevés dans les mosquées et les églises, les cerveaux des nouvelles générations ont été déformés face aux changements de l’Histoire et l’abolition de tous les symboles nationaux, intellectuels et même militaires. Lorsque le raisonnement logique a disparu de tous les programmes éducatifs pour céder la place à la logique du par cœurisme, des notes finales, de la tricherie collective et du commerce des cours particuliers, lorsque la politique est entrée entre les lignes des programmes, les nouvelles générations ont été déformées. C’est ainsi que le crime de l’enseignement est la chose la plus atroce survenue au cerveau égyptien pendant les dernières années.

Qui peut croire que soit effacé de nos programmes tout ce qui a trait aux victoires du 6 Octobre ? Comment est-il possible d’effacer de notre histoire le sang des martyrs musulmans et coptes ? Comment est-il possible que le discours sur les conquêtes des musulmans durant l’ère du prophète devient terrorisme et que l’histoire de l’immigration de Jésus-Christ, de la Sainte Vierge de leurs souffrances et de leurs sacrifices deviennent des programmes défendus ? Tout ce qui représente une valeur, une position, une histoire a disparu de la mémoire de nos enfants. Avec la disparition de l’Histoire réelle et des grands symboles, a disparu l’appartenance à la terre, au Nil, à la famille.

Notre vie s’est trouvée confrontée à une série de décadences à partir de l’adoration de Satan, au trafic de drogue et au commerce du pays. Entre décadence, drogue et culture malade, se sont formées des générations qui ne veulent plus rester un seul jour dans le pays. Ces nouvelles générations sont en état de fuite permanente à la recherche d’une chose inconnue. Certains fuient vers l’étranger pour trouver la mort sur les côtes d’Europe, d’autres plongent dans la drogue qui est devenue un commerce reconnu, d’autres encore fuient vers Israël pour se marier ou travailler et d’autres recherchent de l’emploi portant des idées totalement étrangères au tissu des Egyptiens qui ont vécu comme frères tout au long de leur histoire.

L’appartenance a disparu face à la pauvreté et au chômage, face à l’absence de tous les aspects de la justice sociale. Face à l’encombrement, face aux opportunités ratées et aux rêves perdus, il est devenu difficile qu’un frère supporte son frère ou qu’un fils supporte son père. Le conflit a commencé au sein de la famille. Les crimes familiaux en sont la preuve évidente. Puis le conflit est passé à la rue, aux voisins, à l’école entre les enfants entassés dans les classes, à l’université où il était indispensable de séparer les filles des garçons, les musulmans des coptes, les voilées des têtes nues, les aisés des pauvres ... La séparation est apparue dans les écoles privées pour les enfants de riches, les clubs privés et les voitures privées. Nous nous sommes trouvés dans une société divisée entre musulmans et musulmans et entre coptes et coptes. Il était indispensable que la malédiction de la division, de l’absence de dialogue et d’entente atteigne toute la société. Entre les musulmans, nous trouvons les habitants des zones sauvages et les habitants des quartiers résidentiels. Entre les coptes, nous trouvons les nouveaux riches des palais et les pauvres de Manchiyat Nasser. Au sein de cette structure malade, se répandent les crimes entre les membres de la famille et non pas seulement entre musulmans et coptes. Cette société sécrète l’extrémisme, le terrorisme et la criminalité. Cette société ne reconnaît pas l’autre au sein de la famille. Comment peut-elle reconnaître l’autre au sein de la nation ?

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