Violence confessionnelle ou société malade ?
Farouq Goweida
Ce
qui s’est passé à Nag Hammadi n’était ni le résultat du viol
d’une fillette musulmane par un jeune chrétien, ni d’une
sédition confessionnelle entre musulmans et coptes. C’était
plutôt le résultat de longues accumulations entre les
Egyptiens, tous les Egyptiens, de longues années
d’enseignement défectueux, de culture déformée, d’absence de
justice dans la distribution des ressources de la nation, de
privation politique, de manque d’appartenance et de
propagation de chômage et de pauvreté. Cette atmosphère est
devenue propice à l’apparition de maladies sociales qui
utilisent la religion à des fins n’ayant aucune relation
avec la religion. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi n’est pas
un crime qui se cache sous le couvert de la religion, nous
nous trouvons plutôt face à une société où tous les critères
ont dérapé, où les valeurs ont été bouleversées pour se
lancer vers l’inconnu, exactement comme le train d’Al-Ayyat,
le ferry Al-Salam et les impôts fonciers.
Si les
coupables sont actuellement jugés devant la justice,
d’autres auraient dû être jugés depuis longtemps car ils ont
participé à ce crime par l’enseignement, la culture, les
médias, par le bouleversement des constantes de cette
société ...
Nous ne
devons pas parler maintenant de l’ancienne société où les
relations entre musulmans et coptes représentaient un modèle
de tolérance et d’amour entre les membres d’un même peuple.
Nous ne parlerons pas du médecin chrétien qui entre dans
toutes les maisons ni de l’enseignant musulman qui respecte
sa religion ainsi que les croyances des autres. Nous ne
parlerons pas des martyrs qui ont combattu côte à côte pour
leur pays. Cette société dans laquelle nous avons vécu jadis
n’est plus celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui.
L’Egypte qui a ancré en nous toutes ces belles choses n’est
plus l’Egypte que nous voyons aujourd’hui. Ne vivent plus
parmi nous Mohamad Abdou, le cheikh Chaltout et Gad Al-Haq.
Des personnes comme Om Kolsoum, Abdel-Wahab, Taha Hussein,
Al-Aqad, Salama Moussa, Louis Awad, Nazmi Loucas, Khaled
Mohamad Khaled, Talaat Harb, Aboud Pacha et tant d’autres ne
sont plus de notre monde. Nous nous trouvons face à de faux
symboles, à des intellectuels qui ont suivi le troupeau et à
des hommes d’affaires qui ont renoncé à toutes les valeurs
pour courir derrière l’argent. Nous nous trouvons face à une
nouvelle société, à une nouvelle ère, à de nouvelles
directions et malheureusement nous enfonçons nos têtes dans
le sable, bien que le danger nous entoure de toute part.
Dans une société où les désirs gagnent en atrocité, où
l’argent, quel que soit son origine, devient roi au-dessus
de tous, gouvernement et peuple, le crime devient chose
ordinaire. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi est le premier
aspect du danger et non le plus grave car le plus grave
reste à venir. Ce qui s’est passé à Nag Hammadi est un tout
petit affrontement par rapport à ce que peut nous apporter
l’avenir dans une société où tous les critères ont été
bouleversés, où toutes les valeurs et les morales ont
régressé. Nous devons marquer un arrêt et décrypter
attentivement les détails de notre vie pour découvrir les
raisons et commencer le traitement si nous voulons vraiment
guérir cette société malade.
Jeter la
responsabilité sur les religions et les confessions est
erroné. Lorsque les programmes éducatifs dans les écoles,
les universités et les instituts religieux sont devenus
inadaptés, lorsque les cris se sont élevés dans les mosquées
et les églises, les cerveaux des nouvelles générations ont
été déformés face aux changements de l’Histoire et
l’abolition de tous les symboles nationaux, intellectuels et
même militaires. Lorsque le raisonnement logique a disparu
de tous les programmes éducatifs pour céder la place à la
logique du par cœurisme, des notes finales, de la tricherie
collective et du commerce des cours particuliers, lorsque la
politique est entrée entre les lignes des programmes, les
nouvelles générations ont été déformées. C’est ainsi que le
crime de l’enseignement est la chose la plus atroce survenue
au cerveau égyptien pendant les dernières années.
Qui peut
croire que soit effacé de nos programmes tout ce qui a trait
aux victoires du 6 Octobre ? Comment est-il possible
d’effacer de notre histoire le sang des martyrs musulmans et
coptes ? Comment est-il possible que le discours sur les
conquêtes des musulmans durant l’ère du prophète devient
terrorisme et que l’histoire de l’immigration de Jésus-Christ,
de la Sainte Vierge de leurs souffrances et de leurs
sacrifices deviennent des programmes défendus ? Tout ce qui
représente une valeur, une position, une histoire a disparu
de la mémoire de nos enfants. Avec la disparition de
l’Histoire réelle et des grands symboles, a disparu
l’appartenance à la terre, au Nil, à la famille.
Notre
vie s’est trouvée confrontée à une série de décadences à
partir de l’adoration de Satan, au trafic de drogue et au
commerce du pays. Entre décadence, drogue et culture malade,
se sont formées des générations qui ne veulent plus rester
un seul jour dans le pays. Ces nouvelles générations sont en
état de fuite permanente à la recherche d’une chose inconnue.
Certains fuient vers l’étranger pour trouver la mort sur les
côtes d’Europe, d’autres plongent dans la drogue qui est
devenue un commerce reconnu, d’autres encore fuient vers
Israël pour se marier ou travailler et d’autres recherchent
de l’emploi portant des idées totalement étrangères au tissu
des Egyptiens qui ont vécu comme frères tout au long de leur
histoire.
L’appartenance a disparu face à la pauvreté et au chômage,
face à l’absence de tous les aspects de la justice sociale.
Face à l’encombrement, face aux opportunités ratées et aux
rêves perdus, il est devenu difficile qu’un frère supporte
son frère ou qu’un fils supporte son père. Le conflit a
commencé au sein de la famille. Les crimes familiaux en sont
la preuve évidente. Puis le conflit est passé à la rue, aux
voisins, à l’école entre les enfants entassés dans les
classes, à l’université où il était indispensable de séparer
les filles des garçons, les musulmans des coptes, les
voilées des têtes nues, les aisés des pauvres ... La
séparation est apparue dans les écoles privées pour les
enfants de riches, les clubs privés et les voitures privées.
Nous nous sommes trouvés dans une société divisée entre
musulmans et musulmans et entre coptes et coptes. Il était
indispensable que la malédiction de la division, de
l’absence de dialogue et d’entente atteigne toute la société.
Entre les musulmans, nous trouvons les habitants des zones
sauvages et les habitants des quartiers résidentiels. Entre
les coptes, nous trouvons les nouveaux riches des palais et
les pauvres de Manchiyat Nasser. Au sein de cette structure
malade, se répandent les crimes entre les membres de la
famille et non pas seulement entre musulmans et coptes.
Cette société sécrète l’extrémisme, le terrorisme et la
criminalité. Cette société ne reconnaît pas l’autre au sein
de la famille. Comment peut-elle reconnaître l’autre au sein
de la nation ?