Al-Ahram Hebdo, Visages | Nawara Negm

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 Semaine du 1er au 7 décembre 2010, numéro 847

 

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Visages

Blogueuse et journaliste, Nawara Negm est devenue une figure éminente de la jeunesse révolutionnaire, qui se donne la liberté d’attaquer tout, sans la moindre censure. Une identité qui cherche à s’affirmer au-delà de ses parents, deux intellectuels de renom.

La rebelle dans la cour des grands

Rupture ou continuité ? Telle est la grande question qui se pose en lisant Nawara Negm. Que ce soit sa colonne quotidienne de l’édition numérique d’Al-Dostour ou les billets de son blog Gabhet al-tahyiss al-chaabiya (le front populaire de la satire).

Nawara Negm a sans doute son propre style. Il arrive, cependant, de s’arrêter sur un mot choquant rappelant le vocabulaire de son propre père Ahmad Fouad Negm, poète dialectal révolutionnaire qui a connu la gloire vers la fin des années 1960. Celui-ci est devenu, au fil des années, une sorte de héros folklorique, parfois aussi un porte-parole des pauvres et des soumis. La fille rebelle adopte parfois un ton fort, non sans rappeler sa mère Safinaz Kazem, une journaliste de tendance islamique et une militante anti-Sadate.

Se trouver une place parmi les grands sur la scène journalistique et intellectuelle n’est pas une chose évidente, surtout quand on est jeune. « Mes parents ont été un vrai obstacle. Certains ne les aiment pas et donc ne veulent pas me donner la chance de me former ou refusent de me recruter, d’autres les aiment mais hésitent à m’ouvrir la porte de peur que je ne sois pas à la hauteur », explique Nawara Negm. Ainsi, il lui était indispensable de prouver sa compétence et d’affirmer son identité.

Elle a franchi le seuil du journalisme en 1992 durant sa première année à la faculté de lettres anglaises. Elle était stagiaire à Al-Shabab (les jeunes), un magazine mensuel du groupe de presse Al-Ahram, puis elle a collaboré avec d’autres publications d’Al-Ahram comme Al-Ahram Weekly (un hebdomadaire d’expression anglaise) et Nesf Al-Dounia (un magazine hebdomadaire pour femmes). « A Al-Ahram, j’ai mis les pieds dans les coulisses du monde journalistique, dont les archives par exemple. J’ai appris que lorsque Sanaa Al-Bissy, ex-rédactrice en chef de Nesf Al-Dounia, avait décidé de m’embaucher, Ibrahim Nafie, rédacteur en chef et PDG d’Al-Ahram à l’époque, avait répondu : elle sera titularisée quand elle cessera d’être la fille de Safinaz Kazem et d’Ahmad Fouad Negm », raconte-t-elle. Alors, elle est partie pour explorer le journalisme sur d’autres terrains, comme Al-Wafd, Al-Ahaly, Al-Héloua et Al-Qahira. « Salah Issa, rédacteur en chef d’Al-Qahira était l’un de mes professeurs. Je lui dois beaucoup. Il m’a encouragée, me disant : je te donne assez d’espace pour tes articles, parce que tu es une bosseuse, cela n’a rien à voir avec tes parents ».

Son grand amour pour le journalisme l’a poussée à étudier tout et à vouloir dévorer des yeux les nouvelles publications de la presse. « Mon expérience à Al-Ahram m’a poussée à apprécier le journal Al-Dostour. J’ai été étonnée qu’un journaliste de moins de quarante ans devienne rédacteur en chef. En outre, le fait d’avoir son propre style et de ne pas être obligé de suivre le style de son journal même m’a fascinée ». Nawara Negm a écrit pendant quelques mois une colonne qui a beaucoup plu, jusqu’au jour où le conflit a explosé entre le nouveau propriétaire du journal, Al-Sayed Al-Badawi (président du parti du néo-Wafd), et le rédacteur en chef Ibrahim Issa. Les problèmes ont fait qu’il y a eu deux éditions d’Al-Dostour. Une édition papier dont le responsable est Al-Sayed Al-Badawi avec un nouvel organigramme et une autre édition numérique gérée par l’ancien rédacteur en chef, Ibrahim Issa. « J’ai beaucoup apprécié Al-Dostour parce qu’il est le seul journal égyptien à la fois libéral et patriotique, indépendant au vrai sens du terme et sincère. C’est pourquoi quand on m’a invitée à y écrire, en soulignant que le salaire sera minime, j’ai accepté tout de suite d’écrire gratuitement », raconte-t-elle.

Nawara fait partie du camp qui a défendu fortement Ibrahim Issa lors de ces dernières confrontations avec les nouveaux acheteurs. D’aucuns affirment que Issa a toujours défendu les Frères musulmans dans ses articles parce qu’il était en affaires avec eux. Et Nawara s’oppose à cette idée pour plusieurs raisons : « Je le connais bien personnellement, et je sais qu’il n’a aucun rapport avec les Frères. Est-il juste et logique de ne pas aborder le dossier des Frères musulmans et de ne pas les défendre alors qu’ils sont soumis à la discrimination et à la torture ? On réfute même leur présence au moment où l’on considère Israël comme un fait accompli. Je les défends moi-même, sans adopter constamment leurs points de vue, parce que tout ce qui passe avec eux est contre les droits de l’Homme », rétorque-t-elle.

Sa position vis-à-vis des Frères musulmans n’est pas née du jour au lendemain. L’histoire a commencé en 1995. Nawara était en troisième année de faculté, lorsqu’elle a participé avec ses collègues de gauche à des manifestations contre la participation d’Israël à une exposition industrielle. « On a été détenu pendant 12 jours, durant lesquels j’ai découvert comment les islamistes étaient torturés. Nous, on n’était pas torturé puisqu’on n’avait pas vraiment d’influence », raconte-t-elle sur un ton sûr et calme. Et d’ajouter : « J’ai été choquée de savoir que mes collègues de gauche pensent que les islamistes méritent d’être torturés ! Je pense que personne ne mérite d’être torturé. J’ai abandonné le parti dont j’étais membre ».

Aujourd’hui, elle n’appartient à aucun parti politique. Et aime s’exprimer sans contrainte, sans autocensure et c’est ce qu’elle fait dans sa colonne à Al-Dostour et même avant à travers son blog Gabhet al-tahyiss al-chaabiya. Un blog écrit dans le langage de la rue et dans un style associant ironie et amertume. L’objectif ? Extérioriser la colère de la jeune génération opprimée en vue de rendre ces jeunes plus positifs et capables de changer la réalité. Sur son blog, elle a abordé plusieurs dossiers tels la crise ouvrière, le harcèlement sexuel, la liberté de croyance …, elle dit tout ce qu’elle a sur le cœur et invite ses lecteurs à le faire également. Elle aime l’interaction avec les autres, une raison pour laquelle elle a été active dans le domaine de l’alphabétisation. « Après des années de travail dans le champ du développement social, j’ai découvert que le blog est beaucoup plus important. Le développement social apaise les gens, alors que ce blog les incite à se révolter ».

Dernièrement, elle a critiqué dans sa colonne Amr Khaled, célèbre prédicateur du monde arabe, dont la popularité ne cesse d’augmenter. Elle l’a comparé aux prêtres du temps des pharaons qui avaient comme but d’éloigner les citoyens de la politique. Un article apprécié par les uns et détraqué par les autres. « Les gens sont tiraillés entre le désir d’obéir à Dieu et celui de plaire au régime. C’est le résultat de la période des années 1990, une génération nourrie de peur et de lâcheté … je ne suis même pas choquée », lance-t-elle.

Nawara Negm appartient à une école journalistique qui ne fait pas l’unanimité. Elle est consciente qu’elle a pas mal d’ennemis. De quoi l’avoir poussée un jour à publier tous les détails sur son salaire et à faire l’inventaire de ses biens et ceux de ses parents. Les lecteurs s’intéressent-ils vraiment à ces détails ? « C’était juste pour faire comprendre aux lecteurs que je ne crains personne. Si je m’attaque à quelqu’un, ce n’est jamais par intérêt », affirme-t-elle.

Connaître ses ennemis est une arme de défense, surtout quand on traite de sujets épineux. En outre, comprendre l’Homme est un atout qu’elle a appris grâce à ses études de lettres, une spécialisation qu’elle a choisie de son gré. « Quoi de plus beau que de passer son temps à lire des poèmes, des romans, des critiques et de passer un examen dans lequel on vous demande de souligner votre opinion par des arguments ? », s’exclame-t-elle. Et d’ajouter : « Je méprisais ceux qui échouaient à la faculté des lettres car soit ils n’avaient pas d’opinion à exprimer, soit ils étaient incapables de lire ».

Cet engouement pour la lecture et l’expression est héréditaire. Nawara est vraiment le fruit de deux tendances opposées : islamique comme sa mère Safinaz Kazem et de gauche comme son père Ahmad Fouad Negm. Elle en fait l’équilibre. « Mon père est très doux, mais il change de caractère une fois qu’il se met à écrire et je suis un peu comme lui. Ma mère, quant à elle, est à la fois stricte, tendre et franche. Elle m’a appris le sens du respect, ainsi que le fait d’être sensible. Je me rappelle encore une histoire qui m’a beaucoup marquée. J’avais 5 ans lorsque j’ai coupé une fleur, elle m’a blâmée en disant : tu l’as prise de sa mère, aimerais-tu que l’on t’éloigne de moi ? ».

Lamiaa Al-Sadaty 

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Jalons

1973 : Naissance au Caire.
1992-1994 : Stagiaire au magazine Al-Shabab.
1994 -1995 : Stagiaire à Al-Ahram Weekly.
1996 : Licence en lettres anglaises, Université de Aïn-Chams.
De 1997 : Journaliste à Nile TV.
2006 : Fondation de son blog Gabhat al-tahyiss al-chaabiya (le front populaire de la satire).
2009 : Publication de son recueil d’articles Ech ala al-rih (nid sur le vent), édition Dar Al-Ein.

 




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