Al-Ahram Hebdo, Idées | La politique avant les lettres

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 Semaine du 3 au 9 novembre 2010, numéro 843

 

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Idées

Regards Croisés. Tenue la semaine dernière au CFCC, une rencontre entre Alaa El Aswany et Gilbert Sinoué a clos la tournée de ce dernier au Caire. Mettant l’esthétique littéraire de côté, c’est l’Egypte d’hier et d’aujourd’hui qui était au centre du débat.

La politique avant les lettres

Deux phénomènes littéraires. L’un en Egypte, à travers Alaa El Aswany, auteur de L’Immeuble Yacoubian, roman devenu best-seller. L’autre en France, au travers de l’auteur de L’Enfant de Bruges, vendu à 500 000 exemplaires, Gilbert Sinoué.

Organisée par la librairie Oum al-dounia — qui a réussi, de sa propre initiative, à faire venir Sinoué pour une dédicace de sa dernière œuvre Inchallah, la rencontre animée par Claude Guibal, journaliste à Libération, faisait salle comble à l’auditorium du CFCC de Mounira. Si la politique était de mise, ce le fut avec beaucoup d’humour et d’ironie.

El Aswany tient, à côté de l’écriture littéraire, à s’engager dans la vie publique. Il est devenu membre de l’Association nationale du changement et a écrit studieusement une série d’articles portant toujours la même synthèse : la solution est la démocratie !

Sinoué s’est, quant à lui, consacré pendant dix ans (au cœur de Paris où l’influence du lobby sioniste est indéniable) à l’écriture des deux tomes de son roman Inchallah (Le souffle du jasmin et Le Cri des pierres, Flammarion 2010) qui remontent à l’origine du conflit israélo-arabe, en 1916, et se poursuivent jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001.

L’Egypte des années 1960

C’est à cette époque tumultueuse et décisive dans l’histoire du pays que l’on remonte pour toucher de près la relation des deux écrivains à l’Egypte nassérienne. En 1965, Sinoué a quitté le pays avec sa famille, après la faillite du père, et a pour longtemps gardé la cicatrice d’avoir quitté son pays. Et ce n’est que depuis quelques années qu’il s’est réconcilié avec Nasser qu’il « admirait et avait à la fois une rage contre lui ». Le départ pour la France résonnait avec le mot « liberté », comme le racontait Sinoué au cours de la rencontre. « Je l’ai vue en 1968 en France, moi, le jeune homme qui a grandi dans l’Egypte de la dictature, voyant les gens répéter : A bas le gouvernement, à bas De Gaulle. J’ai pensé qu’ils pourraient être arrêtés à n’importe quel moment ! », dit-il.

Quant à Aswani, son rapport est beaucoup plus nuancé, il le résume en disant : Je pense qu’aujourd’hui, le gouvernement garde de l’époque nassérienne tout ce qui est négatif et sacrifie tout ce qui est positif. Il rejoint la description de Sinoué de « dictature », celle, selon lui, qui a instauré en Egypte l’Etat policier, mais reconnaît, tout de même, que c’était « une dictature spéciale ». Puisque Nasser a fourni l’opportunité de l’éducation à tout le peuple égyptien et a fait un changement social très important. « Aujourd’hui, l’Etat n’est pas seulement inefficace au soutien des pauvres, mais il ne pense plus à eux, il ne veut plus les voir. Il laisse à contrôler tout à travers les services de sécurité d’Etat », insiste-t-il.

A la recherche de la démocratie

Avec le temps, Sinoué reconnaît que Nasser était le premier dirigeant égyptien de l’histoire d’Egypte, puisque Mohamad Ali était albanais et que le roi Fouad ne maîtrisait pas la langue arabe. « C’était un patriote, il est mort les poches vides et il est celui qui a fait lever la tête aux Arabes, avance l’auteur du Colonel et l’enfant roi. Je pense aussi que si Nasser était vivant, la guerre d’Iraq n’aurait pas eu lieu ». Il lui reproche cependant d’avoir considérablement réduit l’aspect cosmopolite qui caractérisait l’Egypte de l’époque. Un point qu’Aswani justifie en précisant que le système n’a pas cherché à distinguer entre les riches qui devaient céder à la nationalisation et les Européens appartenant à l’élite intellectuelle égyptienne. « Je pense que l’expérience de la diversité a été détruite principalement par le pétrole, renchérit Aswani, en indiquant que nombre d’Egyptiens de la classe moyenne qui sont partis aux pays des pétrodollars en sont revenus avec des idéologies wahhabites ».

Les regards croisés étaient jusqu’ici partis sur la même longueur d’onde, les deux écrivains, soucieux de l’avenir de l’Egypte, ayant partagé les mêmes troubles sur le fossé sans cesse élargi entre riches et pauvres. Aswani perçoit aujourd’hui deux Egyptes distinctes qui coexistent en parallèle. Sinoué a comparé son pays natal à un empire romain où survivrait un peuple d’esclaves au service de la classe des riches. Il faisait ainsi allusion à la profusion des nouvelles villes qui enlèvent à la société ce qui lui est propre : une osmose entre les classes sociales.

Mais les différends sont venus de la salle, du côté de l’audience, lorsqu’un jeune avocat s’est déclaré en opposition à leurs visions démocratiques. Il a avancé que le président actuel avait poussé, pendant ses trente ans de règne, le pays vers la démocratie, et que le peuple égyptien n’était de toute façon pas prêt à une démocratie pleine et entière. Visiblement choqué, El Aswany a conseillé, d’un air parental, au jeune avocat de relire l’histoire du pays, afin de prendre connaissance que le premier ministre de l’époque, Yéhia Ibrahim, avait organisé, en 1926, des élections transparentes. Ce qui lui avait coûté son poste. « Ne pensez-vous pas que trente ans est déjà un temps suffisamment long pour parvenir à pousser le pays vers la démocratie ? », s’interroge Alaa El Aswany, avec toute la verve qui lui est connue.

Dina Kabil

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Emilia Jawarinery est professeur de littérature italienne et de langue latine. Elle préside, depuis 1993, l’association qui organise chaque année la rencontre de Rimini, devenue un événement culturel majeur de la scène internationale. De nombreux prix sont venus saluer ses efforts pour la paix.

 

 




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