Législatives .
Les Egyptiens se rendent dimanche aux urnes, pour élire 508
députés. Un scrutin qui prépare des présidentielles
cruciales de l’année prochaine et qui revêt une valeur-test
pour les Frères musulmans, première force d’opposition du
pays.
Un prélude à 2011
«
Le compte à rebours a commencé », c’est le mot d’ordre dans
les mouvements politiques, les forces de l’ordre et même
dans la presse où rien ne prime sur ces législatives du 28
novembre. Les candidats, eux, tout au long de la semaine
dernière, semaine de la fête du sacrifice, se sont
précipités dans leurs circonscriptions pour sacrifier des
moutons et distribuer de la viande aux passants. Une quête
des voix pour laquelle tout semble permis en dépit des 200
000 L.E. maximum, fixées par la loi pour la campagne
électorale de chaque candidat. Le chiffre est à multiplier
par 10 ou 20, vu les « cadeaux » électoraux ou les affiches
et panneaux cachant le ciel et surplombant les rues et les
habitations de province. En moyenne 10 candidats se
disputent un des 508 sièges à pourvoir au Parlement.
Officiellement, ils ne sont que 5 120 candidats qui ont
aussi été retenus par la commission électorale, en très
grande majorité sous l’étiquette « indépendant ». Les partis
politiques, toutes tendances confondues, ont avancé 1 200
candidats, dont 837 appartenant au seul Parti National
Démocrate (PND, au pouvoir).
Le PND a de fortes chances de s’emparer facilement de la
majorité des 508 sièges, et l’enjeu principal tourne autour
de la confrérie des Frères musulmans. Celle-ci disposant de
88 députés dans l’Assemblée sortante, ce nombre est voué à
la chute. La confrérie, officiellement interdite mais
tolérée, a annoncé avoir réussi à inscrire 130 candidats
pour les législatives. Un autre nombre, dont des «
remplaçants », a été refusé par la commission électorale, et
les Frères attendent des décisions de justice, pour mettre à
jour le chiffre final des candidatures.
L’intimidation a pourtant commencé. Au moins une centaine de
Frères, selon la police, plusieurs centaines, selon la
confrérie, ont été arrêtés à travers l’Egypte. Une vingtaine
d’entre eux font face à des charges de « terrorisme », en
vertu de l’état d’urgence en vigueur. La scène commence par
des rassemblements des partisans de candidats, puis la
police intervient pour disperser et la situation vire aux
heurts avec blessés. (lire page 5). Personne ne le cache, la
confrérie est la cible du régime, à l’image des dernières
décennies. En plus, et comme d’habitude, idéologies et
doctrines sont mises à l’écart. Les Frères seuls ont une
profession de foi claire. Pour le reste, ce sont des
appartenances familiales et des recherches d’intérêt. Ce
qui, somme toute, répond à la culture politique de la
majorité des Egyptiens.
Mais si les législatives ressemblent d’ordinaire à une
formalité, en dépit des violences qui émaillent leur
déroulement, le scrutin de dimanche est cependant jugé
autrement. 65 élus auront le pouvoir de désigner un candidat
à la présidentielle, prévue au début de l’automne prochain.
L’incertitude plane autour de la succession du président
Moubarak et le parti au pouvoir veut garder la maîtrise des
ficelles et éviter un scénario à l’improviste.
Une ligne dure
La pression du régime a grimpé d’un cran, simplement parce
qu’il cherche un retour à l’avant-2005, où il contrôlait ses
opposants. Et en dépit des pressions américaines ou des
critiques internationales à l’instar de celles émanant
d’Amnesty International, le plan avance comme prévu.
Amnesty International a ainsi exhorté les autorités
égyptiennes à « veiller à ce que l’ensemble des candidats et
des électeurs échappent à toute manœuvre de harcèlement et
d’intimidation, notamment de la part des forces de sécurité
et des sympathisants du parti au pouvoir ». Face à
Washington, Le Caire s’efforce de tenir une ligne dure,
jugeant « absolument inacceptable » l’envoi d’observateurs
étrangers, pour assurer la transparence des législatives. Un
vif mécontentement que le ministère des Affaires étrangères
a choisi dans un premier temps d’exprimer par la voix d’un
responsable « anonyme ».
Quant aux cadres du parti au pouvoir, ils rejettent presque
quotidiennement et vigoureusement ce contrôle « impartial »
ou « international ». Tous reprennent le même discours et se
contentent souvent de rappeler l’engagement du président
Moubarak que ces élections seront « libres et honnêtes ».
C’est qu’il s’agit d’un prélude à une autre élection, et le
régime et ses instances testent leurs forces et capacités à
résister aux pressions internes comme externes. C’est
d’ailleurs dans ce contexte qu’il faut peut-être voir
l’intimidation dont font objet les journaux ou les chaînes
de télévision indépendants. Les élections législatives
promettent d’être « chaudes », avait affirmé le ministre de
l’Intérieur Habib Al-Adely, lors d’un déplacement, il y a
quelques semaines, au Maroc. « Nous nous attendons à des
activités illégales, mais les services de sécurité ne
resteront pas les bras croisés face à ceux qui essaieront de
provoquer des troubles et des brutalités pendant les
élections », a-t-il encore dit. Un scrutin où les femmes
seront épargnées des l’effervescences, puisqu’elles entrent
dans la compétition pour la première fois avec un quota de
64 sièges. Le reste de la population ressemble plus à ces
téléspectateurs qui regardent un film hollywoodien.
D’ordinaire, le taux de participation se situe autour de 25
%, et pour dimanche prochain, rien ne prouve qu’il montera
en flèche. Les seuls gagnants sont alors les calligraphes
d’affiches de campagnes électorales, saisons florissantes
pour encaisser les profits.
Samar
Al-Gamal