Al-Ahram Hebdo, Evénement | Un prélude à 2011

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 Semaine du 24 au 30 novembre 2010, numéro 846

 

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Législatives . Les Egyptiens se rendent dimanche aux urnes, pour élire 508 députés. Un scrutin qui prépare des présidentielles cruciales de l’année prochaine et qui revêt une valeur-test pour les Frères musulmans, première force d’opposition du pays.

Un prélude à 2011

« Le compte à rebours a commencé », c’est le mot d’ordre dans les mouvements politiques, les forces de l’ordre et même dans la presse où rien ne prime sur ces législatives du 28 novembre. Les candidats, eux, tout au long de la semaine dernière, semaine de la fête du sacrifice, se sont précipités dans leurs circonscriptions pour sacrifier des moutons et distribuer de la viande aux passants. Une quête des voix pour laquelle tout semble permis en dépit des 200 000 L.E. maximum, fixées par la loi pour la campagne électorale de chaque candidat. Le chiffre est à multiplier par 10 ou 20, vu les « cadeaux » électoraux ou les affiches et panneaux cachant le ciel et surplombant les rues et les habitations de province. En moyenne 10 candidats se disputent un des 508 sièges à pourvoir au Parlement. Officiellement, ils ne sont que 5 120 candidats qui ont aussi été retenus par la commission électorale, en très grande majorité sous l’étiquette « indépendant ». Les partis politiques, toutes tendances confondues, ont avancé 1 200 candidats, dont 837 appartenant au seul Parti National Démocrate (PND, au pouvoir).

Le PND a de fortes chances de s’emparer facilement de la majorité des 508 sièges, et l’enjeu principal tourne autour de la confrérie des Frères musulmans. Celle-ci disposant de 88 députés dans l’Assemblée sortante, ce nombre est voué à la chute. La confrérie, officiellement interdite mais tolérée, a annoncé avoir réussi à inscrire 130 candidats pour les législatives. Un autre nombre, dont des « remplaçants », a été refusé par la commission électorale, et les Frères attendent des décisions de justice, pour mettre à jour le chiffre final des candidatures.

L’intimidation a pourtant commencé. Au moins une centaine de Frères, selon la police, plusieurs centaines, selon la confrérie, ont été arrêtés à travers l’Egypte. Une vingtaine d’entre eux font face à des charges de « terrorisme », en vertu de l’état d’urgence en vigueur. La scène commence par des rassemblements des partisans de candidats, puis la police intervient pour disperser et la situation vire aux heurts avec blessés. (lire page 5). Personne ne le cache, la confrérie est la cible du régime, à l’image des dernières décennies. En plus, et comme d’habitude, idéologies et doctrines sont mises à l’écart. Les Frères seuls ont une profession de foi claire. Pour le reste, ce sont des appartenances familiales et des recherches d’intérêt. Ce qui, somme toute, répond à la culture politique de la majorité des Egyptiens.

Mais si les législatives ressemblent d’ordinaire à une formalité, en dépit des violences qui émaillent leur déroulement, le scrutin de dimanche est cependant jugé autrement. 65 élus auront le pouvoir de désigner un candidat à la présidentielle, prévue au début de l’automne prochain. L’incertitude plane autour de la succession du président Moubarak et le parti au pouvoir veut garder la maîtrise des ficelles et éviter un scénario à l’improviste.

Une ligne dure

La pression du régime a grimpé d’un cran, simplement parce qu’il cherche un retour à l’avant-2005, où il contrôlait ses opposants. Et en dépit des pressions américaines ou des critiques internationales à l’instar de celles émanant d’Amnesty International, le plan avance comme prévu.

Amnesty International a ainsi exhorté les autorités égyptiennes à « veiller à ce que l’ensemble des candidats et des électeurs échappent à toute manœuvre de harcèlement et d’intimidation, notamment de la part des forces de sécurité et des sympathisants du parti au pouvoir ». Face à Washington, Le Caire s’efforce de tenir une ligne dure, jugeant « absolument inacceptable » l’envoi d’observateurs étrangers, pour assurer la transparence des législatives. Un vif mécontentement que le ministère des Affaires étrangères a choisi dans un premier temps d’exprimer par la voix d’un responsable « anonyme ».

Quant aux cadres du parti au pouvoir, ils rejettent presque quotidiennement et vigoureusement ce contrôle « impartial » ou « international ». Tous reprennent le même discours et se contentent souvent de rappeler l’engagement du président Moubarak que ces élections seront « libres et honnêtes ». C’est qu’il s’agit d’un prélude à une autre élection, et le régime et ses instances testent leurs forces et capacités à résister aux pressions internes comme externes. C’est d’ailleurs dans ce contexte qu’il faut peut-être voir l’intimidation dont font objet les journaux ou les chaînes de télévision indépendants. Les élections législatives promettent d’être « chaudes », avait affirmé le ministre de l’Intérieur Habib Al-Adely, lors d’un déplacement, il y a quelques semaines, au Maroc. « Nous nous attendons à des activités illégales, mais les services de sécurité ne resteront pas les bras croisés face à ceux qui essaieront de provoquer des troubles et des brutalités pendant les élections », a-t-il encore dit. Un scrutin où les femmes seront épargnées des l’effervescences, puisqu’elles entrent dans la compétition pour la première fois avec un quota de 64 sièges. Le reste de la population ressemble plus à ces téléspectateurs qui regardent un film hollywoodien. D’ordinaire, le taux de participation se situe autour de 25 %, et pour dimanche prochain, rien ne prouve qu’il montera en flèche. Les seuls gagnants sont alors les calligraphes d’affiches de campagnes électorales, saisons florissantes pour encaisser les profits.

Samar Al-Gamal

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