Nil.
L’Etat hébreu, qui convoite l’eau du Nil, contribuerait à
l’attitude des pays riverains à l’égard de l’Egypte.
Israël sème la zizanie
Coupe
du monde 2006. Un but est marqué qui assure au Ghana sa
présence dans la suite de la compétition. Les joueurs au
stade exultent ainsi que tous les Africains, y compris les
Egyptiens qui suivaient le match. Soudain, on voit le
drapeau israélien brandi par deux joueurs de l’équipe du
Ghana, John Panstil et Emmanuel Pappoe. Un acte qui a
suscité la critique du monde et a poussé l’équipe à
s’excuser. Mais selon les observateurs, cet acte ne passe
pas à la légère. Il n’est qu’un symbole de la pénétration
israélienne qui prend de l’ampleur dans plusieurs pays
africains.
Des
analystes voient dans la position assez aiguë des pays du
Bassin du Nil une influence israélienne. Quel intérêt pour
Israël dans un tel rapprochement ? C’est au premier lieu
l’eau du Nil qui suscite la convoitise de l’Etat hébreu.
Voir
l’eau du Nil couler sur ses territoires est le grand rêve
israélien.
En fait,
l’eau est un enjeu déterminant pour Israël pour contrer
l’aridité de son territoire. Il a cherché toujours à
récupérer un maximum d’eau, provenant notamment des fleuves
frontaliers. Selon la Banque mondiale, 90 % de l’eau de la
Cisjordanie est utilisée au profit d’Israël, les
Palestiniens ne disposant que des 10 % restant.
Mais
quand il s’agit de l’eau du Nil, la situation est différente.
L’Etat hébreu n’oublie jamais sa doctrine qui dit que sa
terre promise s’étend du Nil à l’Euphrate. Des tentatives
qui ont commencé tout de suite après la création d’Israël.
C’est au lendemain des accords de Camp David entre Le Caire
et Tel-Aviv, en 1979 qu’Israël avait présenté beaucoup de
projets pour obtenir une part de l’eau du Nil ; mais ils ont
toujours eu une fin de non-recevoir. Des tentatives
remontant aussi plus loin dans l’Histoire. En 1903, Théodore
Hertzel, fondateur du mouvement sioniste, a présenté aux
autorités britanniques un projet d’implantation des juifs au
Sinaï et le transfert de l’eau du Nil vers cette ville.
L’idée fut abandonnée après la première guerre mondiale.
En 1974,
un autre projet présenté, connu par le nom de son ingénieur
Eliasha Kalli qui a demandé le transfert de 840 millions de
m3 par an à Israël à travers le lac d’Isamaïliya. Et quand
Anouar Al-Sadate a proposé, en 1979, le « canal de la paix
», ce projet fut réfuté par l’opinion publique et les pays
africains. L’Egypte a déclaré à ce moment qu’elle n’avait
pas le droit de céder l’eau du Nil sans l’approbation de
tous les pays africains. Et cette approbation, c’est ce que
qu’Israël cherche aujourd’hui chez les pays du Bassin.
Selon
Helmi Chaarawi, directeur du Centre d’études arabes et
africaines, Israël est pointé du doigt d’animer, de temps à
autre, le débat autour de la répartition de l’eau du Nil.
Les pays
même qui réclament la révision de la Convention de 1929 sont
des pays africains connus pour avoir des relations étroites
avec Israël, comme le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda et
surtout l’Ethiopie.
« L’Etat
hébreu implante dans les cerveaux des Africains que l’Egypte
vole l’eau du Nil ».
Des
propos qui influencent ces pays, notamment que les aides
israéliennes ne discontinuent pas à l’heure où le rôle
égyptien se restreint dans le continent. « Israël réussit à
choisir les domaines de coopération avec ces pays qui lui
permettent d’être proche des hautes sphères. Il forme les
troupes d’escorte de plusieurs présidents africains, leur
apporte des soins médicaux et choisit les domaines de
coopération technique de pointe qui leur accorde de grands
privilèges sans coût élevé », relève le journaliste égyptien
Makram Mohamad Ahmad, journaliste.
Il se
trouve partout. De sorte qu’il est considéré aujourd’hui le
pays numéro 11 dans le Bassin du Nil. Il y présente des
aides de toutes formes, éducation, santé et dans les
domaines militaires. Quant aux projets hydriques, l’Etat
hébreu est toujours présent. Il a financé l’édification de
beaucoup de barrages dans ces pays. 3 barrages au Congo et
Ghana. 3 autres en Ethiopie. Un traité d’irrigation avec
l’Ouganda depuis 2000.
Il
présente même des aides techniques et des études dans le
domaine d’irrigation et d’agriculture pour ces pays. Quant
aux échanges commerciaux, ils sont aussi de taille.
La vente
de l’eau
Le pire
dans cette affaire c’est l’idée à laquelle Israël appelle,
de considérer l’eau comme une denrée qu’on peut
commercialiser. D’être exposé à la vente et l’achat comme le
pétrole.
Selon
Chaarawi, « cette idée israélienne trouve des échos à la
Banque mondiale. Si elle voit le jour, ce sera une vraie
catastrophe pour l’Egypte. A ce moment, Israël sera le
premier pays qui va acheter. Et les pays africains qui
souffrent des conditions économiques difficiles, et où l’eau
du Nil se trouve en abondance et sans utilisation, ne vont
pas refuser la vente ». Pour l’Egypte, l’eau du Nil est
l’axe stratégique de sa sécurité, Israël peut exercer
facilement des pressions sur l’Egypte. Et aussi, cela va
représenter un fardeau économique pour l’Egypte qui va être
aussi obligée d’acheter l’eau du Nil des pays du source.
Unifier
la position des pays du Bassin devient aujourd’hui difficile,
tant qu’Israël se trouve toujours à l’arrière.
Aliaa
Al-Korachi