Al-Ahram Hebdo,Invité | Javier Solana
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 juin 2009, numéro 772

 

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Invité

Haut représentant de la politique étrangère de l’Union européenne, Javier Solana était en tournée au Proche-Orient la semaine dernière. Il analyse la nouvelle politique du président américain, Barack Obama, et les difficultés de parvenir à la paix sous le gouvernement de Benyamin Netanyahu.

 

« Il faut employer une très grande ténacité dans le rapport avec les Israéliens »

 

Al-Ahram Hebdo : Dans quel cadre s’est placée votre visite au Proche-Orient ?

Javier Solana : Nous avons en ce moment un nouveau président aux Etats-Unis (Barack Obama) qui affiche des positions vis-à-vis de cette région, du monde arabe, qui se rapprochent beaucoup de celles de l’Europe. Nous avons aussi un nouveau gouvernement en Israël et il y a eu aussi récemment des élections au Liban. Donc, à la lumière de ces faits, nous avons un certain nombre de questions à traiter et voudrions voir comment, à travers ces nouvelles circonstances, envisager des solutions aux problèmes de la région.

A partir de la perspective de la communauté internationale, nous remarquons que quelque chose de très important est arrivée : les positions des différents acteurs internationaux sont en train de se rapprocher et même de tomber d’accord sur comment aborder cette région et même sur les termes de règlement de ses problèmes. C’est pour cette raison que je suis venu rencontrer les responsables du Liban, de Palestine, d’Israël et d’Egypte afin de préparer le travail pour la période à venir.

— Comment évaluez-vous la nouvelle stratégie du président Barack Obama vis-à-vis de cette région, exprimée dans son discours au Caire ?

— Il est clair, par le discours qu’il a fait ici même au Caire, qu’il veut d’abord améliorer l’image de l’Amérique et aussi sa relation avec le monde arabe et musulman qui a été sérieusement endommagée au cours des derniers temps, puis, il veut aussi s’investir et travailler pour une solution au conflit du Proche-Orient. Et le premier indice à travers lequel nous pouvons voir les preuves de son engagement est la nomination de George Mitchell comme envoyé spécial pour le conflit du Proche-Orient. Mitchell est une personnalité politique très importante et remarquable que je connais bien. Nous avons travaillé ensemble, et j’espère sincèrement qu’il pourra contribuer positivement à ce dossier complexe et difficile et pouvoir sortir du blocage dans lequel cette région se trouve.

— De nombreux observateurs ont estimé que dans son discours du Caire, le président Obama n’a fait que présenter les grandes lignes de la position traditionnelle américaine vis-à-vis du conflit au Proche-Orient. Où situez-vous alors l’innovation dans le plan américain ?

— L’innovation, ou la grande différence par rapport au gouvernement américain précédent, se trouve dans le fait qu’on donne maintenant une claire emphase, et qu’on s’engage à donner la priorité au traitement et à la recherche d’une solution pour ce problème. Et Obama a fait cela en s’exprimant avec une force étonnante et en utilisant une tonalité très convaincante. Et je trouve cela extrêmement important. J’ai senti récemment à Washington une très grande détermination à résoudre ce problème et ils souhaitent faire cela de manière collective, je veux dire par là, en travaillant de manière très proche avec toutes les parties. Ils veulent travailler avec l’Europe, les pays arabes et avoir une solution qui s’encadre dans le contexte régional. Obama est un homme relativement jeune, quelqu’un qui a grandi dans un monde globalisé et qui perçoit très bien comment les différentes questions mondiales peuvent être liées les unes aux autres. Il a un esprit lucide et est capable de faire une analyse claire et voir aussi les conséquences de chaque scénario. Il veut parvenir à un monde plus sûr et veut ouvrir un chemin qui le conduise à celui-ci.

— Il existe pourtant des obstacles concrets qui entravent toute évolution dans le dossier israélo-palestinien, tels que la présence du Likoud à la tête du gouvernent israélien. Qu’en pensez-vous ?

— Il faut certainement employer une très grande ténacité dans le rapport avec les Israéliens. Il faut aussi faire pression sur ce gouvernement et nous devons faire cela tous ensemble.

— Vous avez visité Israël. Quelles conclusions faites-vous de vos discussions avec les responsables de ce pays ?

— Discuter avec les responsables israéliens en ce moment s’avère être un peu difficile, car ils ont un gouvernement qui est très compliqué. C’est un gouvernement de droite, avec des équilibres internes très difficiles. Pour cette raison, les débats et discussions ne sont pas faciles. Mais les Israéliens doivent comprendre qu’ils doivent choisir entre deux options. C’est-à-dire, participer, travailler et contribuer à une résolution du conflit du Proche-Orient, comme c’est le souhait de la majorité de la communauté internationale, ou bien rester complètement isolés.

— Le premier ministre israélien a proposé, lors de son discours prononcé la semaine passée, son plan pour un règlement dans la région. Quelle est votre réaction à ce sujet ?

— J’ai écouté M. Netanyahu avec beaucoup d’attention et je pense que le fait qu’il accepte la solution de deux Etats est un pas dans la bonne direction. D’autres questions importantes ont aussi été abordées dans son discours, mais je pense que pour le moment, qu’il les laisse pour une phase ultérieure des négociations entre les deux parties.

— Vous avez rencontré au Liban un député du Hezbollah. Y a-t-il dans cette attitude de votre part une nouvelle disposition de l’Europe d’ouvrir le dialogue avec une organisation que vous avez évité de rencontrer les années passées ?

— Cela veut uniquement dire que j’ai visité un pays où une élection venait d’avoir lieu et je pense que cela a certainement été un très grand succès. Pour cette raison, je voulais transmettre un message à tous les partis politiques du Liban et rencontrer les leaders des grands blocs représentés au Parlement, pour leur dire que nous, les pays européens, qui sommes très engagés sur les plans économique et politique dans ce pays, — nous avons des rapports privilégiés et des relations institutionnelles avec les pays de la Méditerranée et avons une présence sur place à travers la Finul — souhaitons vivement que ce pays progresse vers un plus grand équilibre et une stabilité et puisse tourner la page des événements passés. Il est vrai que cela ne sera pas très facile, mais il y a de nombreux acteurs sur la scène libanaise qui essayent d’aller dans cette direction. Et cela veut dire pourvoir avoir une majorité consensuelle au Parlement, qui ne donne à personne le droit de poser un veto, ce qui rendrait le gouvernement incapable de fonctionner normalement.

— L’Europe avait cependant eu dans le passé des restrictions à l’égard des contacts avec le Hezbollah …

— Non, nous traitons avec eux (le Hezbollah) dans le cadre de leur présence politique au sein du Parlement libanais. Il s’agit d’un parti politique parmi d’autres, au Liban, et nous avons eu avec eux le même contact et transmis le même message qu’aux autres. Cela ne veut pas dire que nous allons parler avec eux tous les jours.

— Comptez-vous aussi ouvrir un canal de contact ou de dialogue avec d’autres parties dans la région comme le Hamas en Palestine ?

— Pour l’instant, nous maintenons les positions du Quartette international sur le Proche-Orient que nous avons défendues jusqu’à présent, mais s’il y aura des changements à faire, nous ferons des changements …

— Qu’en est-il alors de la Syrie ? Comment voyez-vous son inclusion dans cette nouvelle dynamique de la région ?

— Nous avons toujours pensé que ce processus a surtout une nature inclusive. Donc, il faut dire que tous les volets du conflit israélo-arabe doivent avancer. Et le volet Syrie est certainement essentiel pour cette région et doit, lui aussi, évidemment connaître une évolution. Tout ce que nous espérons c’est de pouvoir déclencher cette dynamique. Au cours des derniers temps, les contacts avec la Syrie se faisaient par l’intermédiaire de la Turquie. J’espère que cela pourra continuer à travers d’autres intermédiaires, ou même pouvoir avoir lieu directement.

— De nombreux analystes du monde arabe ont interprété le discours du président Obama au Caire comme n’étant pas suffisamment axé sur les questions de la démocratie et de la défense du droit de l’Homme. Certains ont même pensé qu’il s’agit d’un pas en arrière vis-à-vis de l’engagement envers ces principes. Qu’en pensez-vous ?

— Non, je ne le pense pas du tout. Les Etats-Unis et l’Europe restent profondément engagés aux principes de la démocratie et du respect des droits de l’Homme dans toutes les parties du monde, notamment dans le monde arabe et musulman. Seulement, nous avons appris, à travers nos expériences passées, qu’il vaut mieux peut-être ne pas imposer quoi que ce soit, pour ne pas avoir des réactions adverses.

— Et comment l’Europe se place-t-elle donc dans cette logique ? Avez-vous une politique qui conditionne la coopération aux évolutions démocratiques et au respect des droits de l’Homme dans cette région ?

— Dans le cadre du Processus de Barcelone et de l’Union pour la Méditerranée, nous avons des engagements clairs, non seulement dans le cadre des relations économiques et commerciales, mais aussi aux niveaux politique et culturel. Je suis moi-même un démocrate, respectueux des valeurs démocratiques. Je comprends que l’exercice de la démocratie puisse être un peu différent d’un pays à l’autre, mais je sais aussi que certaines valeurs telles que l’Etat de droit et le respect des libertés fondamentales sont, dans mon esprit, universelles.

Propos recueillis par Randa Achmawi

 




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