Al-Ahram Hebdo, Enquête |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 juin 2009, numéro 772

 

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Enquête

Groupe Talaat Moustafa. Malgré la condamnation à mort de son ex-président, soumise au mufti qui doit rendre sa décision ce jeudi, rien ne vient troubler ce géant de la construction immobilière dont les performances sont en amélioration constante.

L’expansion à toute épreuve

A 50 kilomètres à l’est du Caire, les travaux battent leur plein dans le complexe Madinati. La ville s’étend sur 33,6 millions de m2 avec un investissement, une fois la construction du projet achevée en 2017, qui variera entre 120 et 150 milliards de L.E. Jihad Al-Sawaftah, vice-président et chef des affaires financières du groupe Talaat Moustafa, souligne que plus de 26 000 unités de logement ont été vendues. Plus de cinq phases du projet sont achevées et seront livrées en avril 2010, soit avant la date initiale. Rien ne semble freiner la construction, pas même l’attente de la décision du mufti qui confirmera ou infirmera la condamnation à mort de l’ancien PDG de l’entreprise, Hicham Talaat Moustafa, accusé d’être le commanditaire de l’assassinat d’une chanteuse, la Libanaise Suzanne Tamim.

Le lieu semble unique en Egypte avec une infrastructure complète : écoles, clubs, centres commerciaux, restaurants ... Plus besoin de sortir du complexe quand on habite là, sauf pour aller travailler. Al-Sawaftah assure que l’entreprise a livré 600 villas avec 16 mois d’avance et n’a connu que 400 annulations depuis le début de la crise économique mondiale sur 26 000 commandes et une date d’achèvement des travaux qui est passée de 2020 à 2017. A ce rythme, la date pourrait être encore avancée. « Nous avons été soutenus par un chiffre total des ventes dépassant les 30 milliards de L.E. les trois premiers mois de 2009. Cela a compensé l’impact de la crise économique qui a frappé le secteur immobilier et a provoqué sa stagnation », affirme Al-Sawaftah, ajoutant que le montant des ventes a contribué à accroître les revenus de la société à quelque 1,5 milliard de L.E. durant les trois premiers mois de 2009 contre 1,4 en 2008. Le chiffre d’affaires a enregistré une hausse de 30,5 % par rapport aux trois derniers mois de l’année 2008 et une petite régression de 3 % par rapport à la même période l’année dernière. « Le groupe Talaat Moustafa ne repose pas sur une seule personne, c’est pourquoi son administration a accepté la démission de son président, Hicham Talaat Moustafa, le 2 septembre 2008, puisqu’il est en prison. L’entreprise ne sera pas touchée économiquement par la décision de justice. L’administration actuelle a prouvé ses capacités », confirme Jihad Al-Sawaftah.

Walaa Hazem, chef du département de gestion des actifs chez HC, assure que le groupe Talaat Moustafa n’a pas été affecté par la condamnation à mort de son ex-PDG. « La performance de la société est bonne, réalisant de profits considérables et un chiffre d’affaires important malgré la crise financière », note-t-il. Dans ce même contexte, Amr Al-Alfi, directeur du département de recherche auprès de CI Capital, partage la même opinion, soulignant que « les dettes de la société atteignent 1,8 milliard de L.E., un montant mineur si on le compare au montant des droits des actionnaires de 22,3 milliards de L.E. Donc, le ratio dettes/capital atteint 1/20 », souligne Al-Alfi.

De sa part, Hicham Choukri, PDG de la société d’immobilier Rooya, un des concurrents, a salué la performance de la société assurant qu’elle est solide. « La nouvelle de la condamnation n’a pas influencé la performance, la crise économique l’a par contre légèrement affectée », dit-il.

Les profits du groupe de 314 millions de L.E. au premier trimestre 2009 ont régressé de 27 %, par rapport aux 425 millions de L.E. enregistrées durant la même période de 2008. Ces mêmes profits réalisés le premier trimestre 2009 ont haussé de 200 % par rapport au chiffre de 105 millions réalisé durant le troisième trimestre de 2008. De plus, les actifs de la société ont connu une augmentation de 0,77 % lors du premier trimestre de 2009 enregistrant 54,2 milliards de L.E. contre un dernier trimestre 2008 qui a atteint 53,8 milliards de L.E. La hausse du montant des actifs s’explique par l’achat du milliardaire saoudien Walid bin Talal de 39,3 % de l’hôtel Four Seasons Charm Al-Cheikh pour 57 millions de dollars, devenant ainsi l’unique propriétaire de l’hôtel.

« L’objectif principal du groupe Talaat Moustafa est actuellement d’étendre ses travaux dans l’hôtellerie, en plus de son activité immobilière afin de diversifier ses domaines », confie Al-Sawaftah en signalant que le groupe vise les 5 000 chambres d’hôtel en 2013, qui réaliseraient 35 % des profits nets de l’entreprise.

Liquidités de 2,3 milliards de L.E.

Le lendemain de la transmission du dossier de Hicham Talaat Moustafa au mufti du Caire après sa condamnation à mort, le prix de l’action a régressé de 14 % en début de session pour atteindre 4,45 L.E. Dès la mi-session, l’action a regagné une partie de sa valeur et depuis elle est en hausse, enregistrant 5,65 L.E. dimanche 21 juin dernier.

Dans son dernier rapport, la banque d’investissement CI Capital a salué la performance économique de la société et aussi recommandé d’acheter massivement l’action en précisant son juste prix à 11,5 L.E. et 12,8 L.E. sur le long terme, se basant sur les importantes liquidités disponibles de l’entreprise atteignant 2,3 milliards de L.E. « La stratégie de la société est de demander des crédits bancaires pour les projets hôteliers. Tandis que ceux de l’immobilier sont autofinancés », souligne-t-il. A cet égard, le groupe a acheté un terrain de 2 000 mètres carrés dans le quartier de Doqqi au Caire, face à l’hôtel Sheraton, pour la construction d’un grand hôtel qui sera inauguré en 2013. « N’est-il pas préférable d’utiliser les liquidités disponibles pour ces travaux d’extension au lieu d’intervenir pour soutenir l’action ? », se demande Al-Sawaftah en confirmant que le groupe ne compte pas intervenir pour le moment pour soutenir l’action.

CI Capital salue cette décision, en soulignant que les actifs de l’entreprise et sa bonne performance financière contribueront sur le long terme à soutenir l’action et à lui permettre de retrouver sa performance.

Il n’empêche que les rumeurs sont incessantes depuis la condamnation de l’ex-président, Hicham Talaat Moustafa : réductions du prix du mètre carré, retard dans la livraison des unités ..., tout y passe. Dans la réalité, le prix du mètre, vu l’afflux des commandes, a augmenté depuis début 2009. A Madinati, il a augmenté de 100 L.E. en janvier 2009 pour atteindre 5 200 L.E. De même, le groupe a également revu à la hausse le prix du mètre à Al-Rehab pour passer à 5 300 L.E. en janvier 2009 contre 5 200 en novembre. Le groupe traverse donc la tempête judiciaire de son ex-président sans grandes turbulences ... .

Névine Kamel
Dahlia Réda

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3 questions à Jihad Al-Sawaftah, vice-président et chef des affaires financières au groupe Talaat Moustafa.

« Nous créons une société de financement immobilier pour chacun de nos projets »

 Al-Ahram Hebdo : L’arrivée des sociétés arabes du Golfe, à l’exemple de Damac et Emaar, sur le marché égyptien ne représente-t-il pas une menace pour vous ?

Jihad Al-Sawaftah : Notre part sur le marché s’accroît de jour en jour. Mais j’ai quelques réserves en ce qui concerne les politiques de gestion et d’investissement adoptées par ces entreprises. L’année dernière, sous le poids de la hausse des prix des matières de construction, elles ont augmenté les prix des unités de logement, un an après la signature des contrats de vente. Un fait qui a incité des clients à se retirer et annuler leurs contrats causant un recul des ventes. Ensuite, ces sociétés ont investir les montants payés par les clients en Bourse, ce qui a provoqué beaucoup de pertes. A mon avis, il fallait étudier le marché avant de s’y introduire et respecter l’éthique du secteur.

— Comment agissez vous face à la concurrence ?

— Le groupe est divisé en cinq grandes sociétés à administrations indépendantes. Ce système permet de donner plus d’indépendance financière à chaque entité, tout en facilitant la mise en place de chaque projet dans le calendrier précisé. Cette division a permis de poursuivre les exemptions fiscales offertes à certaines de nos filiales. Par ailleurs, notre surplus de liquidité est investi en bonds du Trésor. Nous avons également introduit un système de contrôle visant à limiter l’achat d’un même client à une seule unité de logement pour mettre fin au phénomène de la spéculation qui a affecté le marché et causé une réduction des prix des logements. Notre objectif est de rendre ces nouvelles villes animées. Dans Al-Rehab, il n’y en a aucun.

— Comment voyez-vous le secteur immobilier dans l’année de ralentissement économique à venir ?

— Les deux prochaines années verront un ralentissement économique, ce qui fait baisser la demande. Ce défi nous incite à introduire de nouveaux modes de commercialisation de nos produits. Nous créons une société de financement immobilier pour chacun de nos projets, celle pour Madinati sera opérationnelle début 2010. Il s’agit de combler une lacune des sociétés de financement immobilier, qui ne financent que des unités déjà construites.

 

 

 




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