Groupe Talaat Moustafa.
Malgré la condamnation à mort de son ex-président, soumise
au mufti qui doit rendre sa décision ce jeudi, rien ne vient
troubler ce géant de la construction immobilière dont les
performances sont en amélioration constante.
L’expansion à toute épreuve
A
50 kilomètres à l’est du Caire, les travaux battent leur
plein dans le complexe Madinati. La ville s’étend sur 33,6
millions de m2 avec un investissement, une fois la
construction du projet achevée en 2017, qui variera entre
120 et 150 milliards de L.E. Jihad Al-Sawaftah, vice-président
et chef des affaires financières du groupe Talaat Moustafa,
souligne que plus de 26 000 unités de logement ont été
vendues. Plus de cinq phases du projet sont achevées et
seront livrées en avril 2010, soit avant la date initiale.
Rien ne semble freiner la construction, pas même l’attente
de la décision du mufti qui confirmera ou infirmera la
condamnation à mort de l’ancien PDG de l’entreprise, Hicham
Talaat Moustafa, accusé d’être le commanditaire de
l’assassinat d’une chanteuse, la Libanaise Suzanne Tamim.
Le lieu
semble unique en Egypte avec une infrastructure complète :
écoles, clubs, centres commerciaux, restaurants ... Plus
besoin de sortir du complexe quand on habite là, sauf pour
aller travailler. Al-Sawaftah assure que l’entreprise a
livré 600 villas avec 16 mois d’avance et n’a connu que 400
annulations depuis le début de la crise économique mondiale
sur 26 000 commandes et une date d’achèvement des travaux
qui est passée de 2020 à 2017. A ce rythme, la date pourrait
être encore avancée. « Nous avons été soutenus par un
chiffre total des ventes dépassant les 30 milliards de L.E.
les trois premiers mois de 2009. Cela a compensé l’impact de
la crise économique qui a frappé le secteur immobilier et a
provoqué sa stagnation », affirme Al-Sawaftah, ajoutant que
le montant des ventes a contribué à accroître les revenus de
la société à quelque 1,5 milliard de L.E. durant les trois
premiers mois de 2009 contre 1,4 en 2008. Le chiffre
d’affaires a enregistré une hausse de 30,5 % par rapport aux
trois derniers mois de l’année 2008 et une petite régression
de 3 % par rapport à la même période l’année dernière. « Le
groupe Talaat Moustafa ne repose pas sur une seule personne,
c’est pourquoi son administration a accepté la démission de
son président, Hicham Talaat Moustafa, le 2 septembre 2008,
puisqu’il est en prison. L’entreprise ne sera pas touchée
économiquement par la décision de justice. L’administration
actuelle a prouvé ses capacités », confirme Jihad Al-Sawaftah.
Walaa
Hazem, chef du département de gestion des actifs chez HC,
assure que le groupe Talaat Moustafa n’a pas été affecté par
la condamnation à mort de son ex-PDG. « La performance de la
société est bonne, réalisant de profits considérables et un
chiffre d’affaires important malgré la crise financière »,
note-t-il. Dans ce même contexte, Amr Al-Alfi, directeur du
département de recherche auprès de CI Capital, partage la
même opinion, soulignant que « les dettes de la société
atteignent 1,8 milliard de L.E., un montant mineur si on le
compare au montant des droits des actionnaires de 22,3
milliards de L.E. Donc, le ratio dettes/capital atteint 1/20
», souligne Al-Alfi.
De sa
part, Hicham Choukri, PDG de la société d’immobilier Rooya,
un des concurrents, a salué la performance de la société
assurant qu’elle est solide. « La nouvelle de la
condamnation n’a pas influencé la performance, la crise
économique l’a par contre légèrement affectée », dit-il.
Les
profits du groupe de 314 millions de L.E. au premier
trimestre 2009 ont régressé de 27 %, par rapport aux 425
millions de L.E. enregistrées durant la même période de
2008. Ces mêmes profits réalisés le premier trimestre 2009
ont haussé de 200 % par rapport au chiffre de 105 millions
réalisé durant le troisième trimestre de 2008. De plus, les
actifs de la société ont connu une augmentation de 0,77 %
lors du premier trimestre de 2009 enregistrant 54,2
milliards de L.E. contre un dernier trimestre 2008 qui a
atteint 53,8 milliards de L.E. La hausse du montant des
actifs s’explique par l’achat du milliardaire saoudien Walid
bin Talal de 39,3 % de l’hôtel Four Seasons Charm Al-Cheikh
pour 57 millions de dollars, devenant ainsi l’unique
propriétaire de l’hôtel.
«
L’objectif principal du groupe Talaat Moustafa est
actuellement d’étendre ses travaux dans l’hôtellerie, en
plus de son activité immobilière afin de diversifier ses
domaines », confie Al-Sawaftah en signalant que le groupe
vise les 5 000 chambres d’hôtel en 2013, qui réaliseraient
35 % des profits nets de l’entreprise.
Liquidités de 2,3 milliards de L.E.
Le
lendemain de la transmission du dossier de Hicham Talaat
Moustafa au mufti du Caire après sa condamnation à mort, le
prix de l’action a régressé de 14 % en début de session pour
atteindre 4,45 L.E. Dès la mi-session, l’action a regagné
une partie de sa valeur et depuis elle est en hausse,
enregistrant 5,65 L.E. dimanche 21 juin dernier.
Dans son
dernier rapport, la banque d’investissement CI Capital a
salué la performance économique de la société et aussi
recommandé d’acheter massivement l’action en précisant son
juste prix à 11,5 L.E. et 12,8 L.E. sur le long terme, se
basant sur les importantes liquidités disponibles de
l’entreprise atteignant 2,3 milliards de L.E. « La stratégie
de la société est de demander des crédits bancaires pour les
projets hôteliers. Tandis que ceux de l’immobilier sont
autofinancés », souligne-t-il. A cet égard, le groupe a
acheté un terrain de 2 000 mètres carrés dans le quartier de
Doqqi au Caire, face à l’hôtel Sheraton, pour la
construction d’un grand hôtel qui sera inauguré en 2013. «
N’est-il pas préférable d’utiliser les liquidités
disponibles pour ces travaux d’extension au lieu
d’intervenir pour soutenir l’action ? », se demande Al-Sawaftah
en confirmant que le groupe ne compte pas intervenir pour le
moment pour soutenir l’action.
CI
Capital salue cette décision, en soulignant que les actifs
de l’entreprise et sa bonne performance financière
contribueront sur le long terme à soutenir l’action et à lui
permettre de retrouver sa performance.
Il
n’empêche que les rumeurs sont incessantes depuis la
condamnation de l’ex-président, Hicham Talaat Moustafa :
réductions du prix du mètre carré, retard dans la livraison
des unités ..., tout y passe. Dans la réalité, le prix du
mètre, vu l’afflux des commandes, a augmenté depuis début
2009. A Madinati, il a augmenté de 100 L.E. en janvier 2009
pour atteindre 5 200 L.E. De même, le groupe a également
revu à la hausse le prix du mètre à Al-Rehab pour passer à 5
300 L.E. en janvier 2009 contre 5 200 en novembre. Le groupe
traverse donc la tempête judiciaire de son ex-président sans
grandes turbulences ... .
Névine Kamel
Dahlia Réda