Iran.
La crise née de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad se
poursuit toujours. Le candidat de l’opposition Mir Hossein
Moussavi appelle à maintenir le mouvement de protestation,
Téhéran crie au complot international.
La
contestation ne désarme pas
Si la
réélection du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, était
relativement inattendue, c’est surtout la contestation qui
s’ensuivit, et qui se poursuit encore, qui a créé une
véritable surprise. En effet, c’est la première fois depuis
la Révolution islamique de 1979 que l’Iran connaît des
troubles politiques de cette ampleur. Et l’issue de la crise
reste incertaine. D’ores et déjà, il n’est pas question pour
le pouvoir de remettre en cause les résultats des élections
du 12 juin. L’organe, chargé d’examiner les plaintes pour
irrégularités déposées à la suite du scrutin du 12 juin, a
déclaré que l’examen des cas, où le taux de participation
s’est révélé supérieur à 100 %, n’affecterait pas le
résultat final. Pourtant, le porte-parole du Conseil des
gardiens, chargé d’examiner les plaintes pour irrégularités
de la présidentielle, a reconnu qu’il y avait eu lors du
scrutin plus de votes que d’électeurs potentiels dans
cinquante districts, a rapporté lundi la télévision d’Etat.
« Notre enquête préliminaire montre que le chiffre annoncé
(170 districts, ndlr) n’est pas correct et que cela concerne
50 districts », a déclaré Abbas Ali Kadkhodaie. Et de
conclure : « Mais l’ensemble des voix de ces districts est
de 3 millions de votes et cela n’aura pas une influence
importante sur les résultats de l’élection ».
Une
affirmation qui est loin de pousser les opposants à M.
Ahmadinejad à baisser les bras. Au contraire, malgré le
calme relatif de la journée de dimanche dernier, la
contestation n’a pas fléchi depuis l’annonce des résultats
la semaine dernière, et le candidat de l’opposition à la
présidentielle du 12 juin, Mir Hossein Moussavi, a de
nouveau appelé dimanche à la poursuite du mouvement de
protestation, tout en faisant preuve de modération. Et les
tensions politiques au sein du régime ont reçu une nouvelle
illustration avec la confirmation de l’arrestation de cinq
proches de l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani,
personnalité influente accusée par M. Ahmadinejad de
soutenir M. Moussavi. Même si les cinq personnes, dont la
propre fille de M. Rafsandjani, ont été ensuite libérées,
l’épisode n’a fait que compliquer davantage les tensions
politiques internes. Du côté du pouvoir, ces arrestations
ont été justifiées car nécessaires, selon le régime, pour «
protéger (les cinq membres de la famille de M. Rafsandjani)
d’éventuels projets d’assassinat de la part des fauteurs de
trouble ».
Peu
convaincant, diront les opposants, d’autant plus que la
manière forte adoptée par les forces de l’ordre est pointée
du doigt, alors qu’au moins 17 personnes sont mortes depuis
le début du mouvement de contestation. « J’attends, pour ma
part, des forces armées qu’elles s’abstiennent de tout acte
dommageable. Protester contre le mensonge et la fraude est
votre droit », a dit M. Moussavi dimanche soir, tout en
invitant son « cher peuple à la retenue ». « Espérez obtenir
vos droits et ne permettez pas que ceux qui veulent vous
mettre en colère réussissent », a déclaré le candidat
conservateur modéré, disant aussi souhaiter « que la police
et l’armée n’agissent pas de manière irréparable envers le
peuple ».
Cet
appel est intervenu à la suite d’une journée sanglante.
Samedi, Téhéran a connu un déchaînement de violence, dans
lequel au moins dix personnes ont été tuées et plus de 100
blessées, selon la télévision d’Etat. Des participants aux
manifestations ont mis en cause une réaction
disproportionnée des forces de sécurité avec l’usage de tirs
à balles réelles. Des sources policières ont fait état de
l’arrestation de 457 personnes dans les affrontements de
samedi soir autour de la place Azadi, dans le centre de
Téhéran, selon la radio d’Etat. Selon l’agence semi-officielle
Fars, proche du gouvernement, qui cite également des sources
policières, 40 policiers ont été blessés et 34 bâtiments
gouvernementaux endommagés.
La main
de l’Occident
Face à
ces troubles, les autorités iraniennes ont pointé du doigt
l’Occident. Le porte-parole du ministère des Affaires
étrangères a jugé « inacceptable que les puissances
occidentales, ainsi que les médias occidentaux, répandent
l’anarchie et le vandalisme ». « Dans de nombreux pays
européens de même qu’en Amérique, on soutient une partie des
émeutiers au lieu d’inviter le peuple à s’en remettre aux
mécanismes de la démocratie », a ajouté Hassan Qashqavi cité
par Press TV, télévision publique iranienne en langue
anglaise. La veille, Mahmoud Ahmadinejad avait ouvertement
demandé aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne de cesser
leurs ingérences dans les affaires intérieures de l’Iran. Et
le gouvernement iranien a convoqué les ambassadeurs et
représentants des 27 pays européens en poste à Téhéran,
selon le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan
Kohout, dont le pays assure la présidence de l’Union
européenne.
En effet,
nombreuses sont les capitales occidentales qui ont fermement
réagi à la crise actuelle en Iran. Le président français,
Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel,
ont pris dimanche la tête des critiques contre les autorités
iraniennes, M. Sarkozy réclamant « que la lumière soit faite
» sur la présidentielle et Mme Merkel appelant à « un
nouveau décompte des voix ». Tous deux ont par ailleurs
réclamé la fin de la répression et des violences contre les
manifestants. Côté américain, le président américain, Barack
Obama, a lui aussi exhorté le gouvernement iranien à «
mettre fin aux violences et aux actions injustes contre son
propre peuple ». Et à Londres, le ministre britannique des
Affaires étrangères, David Miliband, a « catégoriquement
rejeté l’idée selon laquelle les manifestants iraniens (seraient)
manipulés ou inspirés par des pays étrangers ».
Ainsi,
cette nouvelle crise vient envenimer un peu plus les
relations entre Téhéran et les capitales occidentales, déjà
tendues en raison notamment de la question nucléaire et du
soutien iranien au Hezbollah. D’où l’intérêt général porté à
la situation politique interne en Iran. Car une chose est
sûre aujourd’hui : ce qui se passe dans la République
islamique ne concerne pas que les Iraniens.
Abir
Taleb