Al-Ahram Hebdo, Monde | La contestation ne désarme pas
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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 24 au 30 juin 2009, numéro 772

 

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Monde

Iran. La crise née de la réélection de Mahmoud Ahmadinejad se poursuit toujours. Le candidat de l’opposition Mir Hossein Moussavi appelle à maintenir le mouvement de protestation, Téhéran crie au complot international.

La contestation ne désarme pas

Si la réélection du président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, était relativement inattendue, c’est surtout la contestation qui s’ensuivit, et qui se poursuit encore, qui a créé une véritable surprise. En effet, c’est la première fois depuis la Révolution islamique de 1979 que l’Iran connaît des troubles politiques de cette ampleur. Et l’issue de la crise reste incertaine. D’ores et déjà, il n’est pas question pour le pouvoir de remettre en cause les résultats des élections du 12 juin. L’organe, chargé d’examiner les plaintes pour irrégularités déposées à la suite du scrutin du 12 juin, a déclaré que l’examen des cas, où le taux de participation s’est révélé supérieur à 100 %, n’affecterait pas le résultat final. Pourtant, le porte-parole du Conseil des gardiens, chargé d’examiner les plaintes pour irrégularités de la présidentielle, a reconnu qu’il y avait eu lors du scrutin plus de votes que d’électeurs potentiels dans cinquante districts, a rapporté lundi la télévision d’Etat. « Notre enquête préliminaire montre que le chiffre annoncé (170 districts, ndlr) n’est pas correct et que cela concerne 50 districts », a déclaré Abbas Ali Kadkhodaie. Et de conclure : « Mais l’ensemble des voix de ces districts est de 3 millions de votes et cela n’aura pas une influence importante sur les résultats de l’élection ».

Une affirmation qui est loin de pousser les opposants à M. Ahmadinejad à baisser les bras. Au contraire, malgré le calme relatif de la journée de dimanche dernier, la contestation n’a pas fléchi depuis l’annonce des résultats la semaine dernière, et le candidat de l’opposition à la présidentielle du 12 juin, Mir Hossein Moussavi, a de nouveau appelé dimanche à la poursuite du mouvement de protestation, tout en faisant preuve de modération. Et les tensions politiques au sein du régime ont reçu une nouvelle illustration avec la confirmation de l’arrestation de cinq proches de l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, personnalité influente accusée par M. Ahmadinejad de soutenir M. Moussavi. Même si les cinq personnes, dont la propre fille de M. Rafsandjani, ont été ensuite libérées, l’épisode n’a fait que compliquer davantage les tensions politiques internes. Du côté du pouvoir, ces arrestations ont été justifiées car nécessaires, selon le régime, pour « protéger (les cinq membres de la famille de M. Rafsandjani) d’éventuels projets d’assassinat de la part des fauteurs de trouble ».

Peu convaincant, diront les opposants, d’autant plus que la manière forte adoptée par les forces de l’ordre est pointée du doigt, alors qu’au moins 17 personnes sont mortes depuis le début du mouvement de contestation. « J’attends, pour ma part, des forces armées qu’elles s’abstiennent de tout acte dommageable. Protester contre le mensonge et la fraude est votre droit », a dit M. Moussavi dimanche soir, tout en invitant son « cher peuple à la retenue ». « Espérez obtenir vos droits et ne permettez pas que ceux qui veulent vous mettre en colère réussissent », a déclaré le candidat conservateur modéré, disant aussi souhaiter « que la police et l’armée n’agissent pas de manière irréparable envers le peuple ».

Cet appel est intervenu à la suite d’une journée sanglante. Samedi, Téhéran a connu un déchaînement de violence, dans lequel au moins dix personnes ont été tuées et plus de 100 blessées, selon la télévision d’Etat. Des participants aux manifestations ont mis en cause une réaction disproportionnée des forces de sécurité avec l’usage de tirs à balles réelles. Des sources policières ont fait état de l’arrestation de 457 personnes dans les affrontements de samedi soir autour de la place Azadi, dans le centre de Téhéran, selon la radio d’Etat. Selon l’agence semi-officielle Fars, proche du gouvernement, qui cite également des sources policières, 40 policiers ont été blessés et 34 bâtiments gouvernementaux endommagés.

 La main de l’Occident

 Face à ces troubles, les autorités iraniennes ont pointé du doigt l’Occident. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a jugé « inacceptable que les puissances occidentales, ainsi que les médias occidentaux, répandent l’anarchie et le vandalisme ». « Dans de nombreux pays européens de même qu’en Amérique, on soutient une partie des émeutiers au lieu d’inviter le peuple à s’en remettre aux mécanismes de la démocratie », a ajouté Hassan Qashqavi cité par Press TV, télévision publique iranienne en langue anglaise. La veille, Mahmoud Ahmadinejad avait ouvertement demandé aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne de cesser leurs ingérences dans les affaires intérieures de l’Iran. Et le gouvernement iranien a convoqué les ambassadeurs et représentants des 27 pays européens en poste à Téhéran, selon le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Kohout, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne.

En effet, nombreuses sont les capitales occidentales qui ont fermement réagi à la crise actuelle en Iran. Le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, ont pris dimanche la tête des critiques contre les autorités iraniennes, M. Sarkozy réclamant « que la lumière soit faite » sur la présidentielle et Mme Merkel appelant à « un nouveau décompte des voix ». Tous deux ont par ailleurs réclamé la fin de la répression et des violences contre les manifestants. Côté américain, le président américain, Barack Obama, a lui aussi exhorté le gouvernement iranien à « mettre fin aux violences et aux actions injustes contre son propre peuple ». Et à Londres, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, a « catégoriquement rejeté l’idée selon laquelle les manifestants iraniens (seraient) manipulés ou inspirés par des pays étrangers ».

Ainsi, cette nouvelle crise vient envenimer un peu plus les relations entre Téhéran et les capitales occidentales, déjà tendues en raison notamment de la question nucléaire et du soutien iranien au Hezbollah. D’où l’intérêt général porté à la situation politique interne en Iran. Car une chose est sûre aujourd’hui : ce qui se passe dans la République islamique ne concerne pas que les Iraniens.

Abir Taleb

 




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