L’Iran, Israël et le nucléaire
Abdallah Al-Achaal
Quand
le shah d’iran était étroitement allié aux Etats-Unis, tout
en n’étant pas en même temps ennemi de l’Union soviétique,
on lui a permis d’entamer un programme nucléaire. Puis, la
Révolution islamique s’est déclenchée, défiant l’Iran du
Shah et ses alliés. Washington en a alors fait son ennemi,
malgré tous les messages envoyés par Téhéran, mais le
rapprochement n’a jamais eu lieu à cause de la domination
israélienne sur la prise de décision américaine. Et c’est
ainsi que le dossier nucléaire de l’Iran a été dévoilé en
2003, et depuis, il figure parmi les priorités diplomatiques
mondiales. Pendant quelque temps, cet intérêt a connu un
recul relatif pour devenir aujourd’hui, durant le mandat de
Netanyahu, son grand problème. Aujourd’hui en Israël, des
centaines de sites électroniques parlent du danger iranien.
Or, la question est : Pourquoi l’Iran et son dossier
nucléaire constitueraient-ils un danger pour Israël ?
Il est
évident que tous les Etats ont la liberté d’obtenir les
sources de forces qu’ils désirent, sauf si elles sont
internationnalement interdites. Mais dans le cas de l’Iran,
le dossier a pris des dimensions graves pour plusieurs
raisons. Premièrement, l’Iran est devenu une des parties du
conflit arabo-israélien, en soutenant la résistance
libanaise et palestinienne, ainsi que la Syrie qui constitue
le lien entre l’Iran et la résistance. C’est ainsi que
l’Iran peut entraver les plans d’Israël visant à anéantir la
résistance ou à conclure des accords de règlement avec les
gouvernements dans la région. C’est ainsi que les peuples
arabes considèrent l’Iran comme l’axe du bien et les
Etats-Unis et Israël celui du mal. La seconde raison est que
la force de l’Iran est en hausse continue, malgré le blocus
qui lui est imposé et les tentatives de le détruire. C’est
ainsi qu’il est devenu un des principaux joueurs régionaux
menaçant le projet sioniste, contre lequel la résistance a
lutté avec son soutien. Israël a estimé que sans la
résistance, l’influence de l’Iran sera moins importante et
que sans l’Iran, la résistance sera plus faible.
La
troisième raison est que la possession de l’Iran de l’arme
nucléaire fait qu’Israël n’est plus l’unique Etat nucléaire
dans la région. De plus, l’Iran constitue ainsi un véritable
défi au projet israélien de s’emparer de la Palestine et de
dominer la région. Si Israël était un Etat comme les autres,
la force de l’Iran n’aurait constitué aucune menace pour lui.
Ceci signifie que l’Iran menace le projet sioniste et non
Israël même, et tant qu’il est impossible de séparer Israël
de son projet, le danger iranien est dirigé d’une certaine
façon contre Israël avec tout ce qu’il représente.
La
quatrième raison est que l’Iran est un Etat religieux qui
lutte contre Israël. De plus, pour l’Iran, Israël est un
projet colonial qui devait disparaître avec la fin du
colonialisme. Sa présence jusqu’aujourd’hui va donc à
l’encontre des principes politiques universels.
C’est
ainsi que pour Israël, l’élimination de l’Iran de l’équation
de la force traditionnelle et nucléaire est devenue une
question de vie ou de mort. Cette vision stratégique a été
imposée à Washington, qui sait que l’Iran est un obstacle
qu’il faut à tout prix supprimer par des moyens politiques.
Dans tous les cas, même si l’Iran devient un Etat nucléaire,
il ne déclenchera pas une guerre contre les Etats-Unis et
Israël. Mais cette situation lui permet de devenir membre du
club nucléaire et d’influencer les comptes relatifs à la
force. Ceci signifie que l’Etat possédant le nucléaire agit
avec force dans les dossiers nucléaires, se basant sur la
force nucléaire comme référence définitive. Ceci s’applique
également aux politiques iraniennes dans la région du Golfe
arabe et avec tous les Etats arabes.
Or, le
fait qu’il soit un Etat nucléaire n’importe pas beaucoup à
Washington, mais ce sont son rôle joué en Iraq et les
menaces qu’il constitue pour les sources de pétrole dans la
région du Golfe, et ce en plus de son rôle en Afghanistan.
Du fait, il constitue une menace directe aux intérêts
américains, dans les circonstances actuelles et avec le
recul de la force américaine. C’est ce point là qui inquiète
le plus Israël qui tente à tout prix de gagner du temps,
estimant qu’il sera impossible de toucher à l’Iran s’il
possède l’arme nucléaire.
Cette
analyse nous mène à 3 déductions. La première est qu’il y a
une grande distance entre les 2 positions américaine et
israélienne en ce qui concerne le dossier nucléaire iranien.
En effet, Washington veut s’engager dans un dialogue avec
Téhéran pour réaliser certains objectifs, dont
l’interruption du projet nucléaire. Quant à Israël, il veut
détruire l’Iran et son projet, et imposer le projet sioniste
sans aucun partenariat ni concessions. C’est de là que nous
arrivons à la deuxième déduction : c’est dans l’objectif de
réaliser son projet qu’Israël insiste sur l’idée du danger
iranien, prétendant qu’il est le plus capable de s’engager
dans un affrontement militaire avec Téhéran, mais avec le
soutien et la bénédiction de Washington.
La
troisième déduction est que Téhéran est tout à fait
conscient de ces réalités. C’est pour cela qu’il tente de
transformer ces cartes en gains politiques par le biais du
dialogue. Plus les inquiétudes israéliennes augmentent, plus
Téhéran tente d’élever le plafond de ces positions et de
gérer ces inquiétudes de façon logique avec Washington. Or,
il faut se rappeler que le danger iranien est réel, mais
contre Israël seulement à cause de l’occupation. Il s’agit
donc d’un conflit entre deux projets.
Enfin,
il faut dire que l’exagération israélienne concernant le
danger iranien atteint de nombreux objectifs comme :
éloigner l’attention du monde entier des crimes israéliens,
monopoliser le peuple hébreu et toutes les communautés
juives, les mettant en garde contre un second holocauste,
comme le dit Pérès. De plus, Israël veut continuer à occuper
l’attention internationale, à justifier ces crimes et à
nuire à l’Iran, tant qu’il n’acceptera pas les règles du jeu
imposées par Tel-Aviv.
Il se
peut que le lien fait par les Américains et les Israéliens
entre le problème palestinien et le dossier nucléaire soit
un indice les incitant à faire pression sur l’Iran, à
contribuer à son isolement. Or, cette méthode implique une
manipulation immorale des sentiments des Arabes qui aspirent
à la paix en Palestine. Washington veut donc les pousser à
s’engager dans le combat israélo-iranien. Les Arabes doivent
donc insister pour avoir une position indépendante,
protégeant leurs intérêts.