Al-Ahram Hebdo, Evénement | Comment parer au pire ?
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 20 au 26 mai 2009, numéro 767

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Evénement

Forum Economique Mondial. Lors de la septième version régionale du Forum, tenue en plein climat de crise mondiale, beaucoup de participants ont fustigé la politique d’ouverture libérale sans frein adoptée par les pays arabes.

Comment parer au pire ?

Un moment de réflexion sur la libéralisation et ses effets et ceux des tendances jusqu’au-boutistes de l’ouverture économique. Voilà ce qu’a été grosso modo la dernière version régionale du Forum Economique Mondial (FEM) sur le Moyen-Orient - Davos 2009, tenu du 15 au 17 mai sur les bords de la mer Morte en Jordanie. Dans cette région du monde où les dossiers politiques dominent, le FEM a baigné dans le tout économique. Il tombe en pleine crise financière qui menace la croissance d’une région où l’on enregistrait des chiffres records lors des 5 dernières années. Les cours du pétrole ont chuté aux alentours des 50 dollars le baril et la récession économique qui a frappé tous les grands pays du monde a diminué les flux d’investissements vers les pays arabes et en même temps les exportations de ces derniers. Les sources des revenus s’amoindrissent donc et vont entraîner une baisse du taux de croissance de la région à 2,5 % en 2009, contre 6 % en 2008, selon le rapport intitulé Les horizons de croissance dans les pays du Moyen-Orient et l’Asie centrale, publié par le Fonds monétaire international, le 10 mai dernier. Ainsi, des mégaprojets à des milliards de dollars ont été gelés. Même l’Arabie saoudite, premier producteur mondial de pétrole, va connaître un grand ralentissement et vivra son premier déficit budgétaire depuis de longues années.

Beaucoup de participants ont ainsi fustigé le recours tous azimuts à la politique du marché libre dans ces pays. « Les pays qui ont été plus ouverts au monde extérieur ont été les plus touchés par la crise. Dubaï en présente un bon exemple. On paie maintenant la facture de la politique libérale de nos gouvernements », lance Abdel-Aziz Al-Ghureir, responsable au Conseil émirati fédéral national. Il ajoute que les pays arabes ont préféré s’ouvrir complètement au marché libre sans instaurer des mécanismes pour se prémunir en cas de crise où les pays développés seront les premiers à chercher leurs intérêts aux dépens des pays en voie de développement. Il explique que les Etats-Unis, par exemple, ont entrepris des mesures protectionnistes pour soutenir l’industrie locale. A titre d’exemple, les entreprises américaines doivent acheter leurs composants auprès des entreprises locales. Les Européens et les Chinois, eux aussi, ont soutenu leurs industries locales. « Les défenseurs du capitalisme ont été les premiers à y renoncer et les pays en développement en payent le prix », renchérit Al-Ghureir.

Sauvetage à Dubaï

A Dubaï, le gouvernement s’est lancé à fond dans le sauvetage des entreprises publiques. « L’existence de ces entreprises est indispensable pour le développement de l’émirat », lance Nasser Al-Shaikh, directeur général de Dubai Department of Finance. « Dubaï ne peut vivre sans Emirates Airlines ou Dubai International Financial Centre (DIFC). Dubaï ne peut aussi vivre sans quelques composants de Dubai Holding et Dubai World ». Le gouvernement s’est endetté en émettant des obligations remboursables dans 5 ans à 10 milliards de dollars pour pourvoir sauver ces institutions.

Cette intervention dans l’émirat, qui jusqu’ici symbolisait le libéralisme dans toute sa grandeur, est l’indice que la situation dans la région n’est pas reluisante. Voire, elle risque même de se détériorer, car « la fermeture des marchés dans les pays développés paralysera encore plus l’économie », comme le dit le ministre égyptien du Commerce et de l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, fervent défenseur du libéralisme.

Dans l’autre camp, il n’est pas question de faire marche arrière, même si l’on admet les lacunes du système. Khaled Abdulla-Janahi, président de la banque bahreïnie Ithmar, assure qu’il est impossible de renoncer actuellement à la libéralisation. « On ne s’arrête pas au milieu du trajet. Le proverbe arabe dit que personne ne regarde celui qui danse sur les escaliers. Cela entraînera des effets négatifs », dit-il.

L’option de la coopération régionale

« Il est temps que les pays arabes coopèrent pour sortir de la crise ; les intérêts et les défis sont les mêmes », préconise Abdulla-Janahi. L’idée était déjà dans l’air ; ainsi le ministre égyptien de l’Investissement a-t-il entamé, lors du Forum, des négociations avec des investisseurs jordaniens, saoudiens et émiratis pour les inviter à créer des projets en Egypte. Aref Naqfi, président d’Abraj Capital, une des plus grandes entreprises de la région, spécialisée dans l’acquisition des parts des entreprises privées, avait également annoncé qu’il se dirigera sur des projets régionaux pour la prochaine période. « C’est le moment parfait pour acheter des parts dans de grandes entreprises du Moyen-Orient, comme celles de la santé et des logistiques. Surtout qu’elles ont perdu de leur valeur vu la crise », avait précisé Mustafa Abdelwadood, directeur général d’Abraaj Capital à CNBC.

Or, en attendant les fruits de cette probable coopération longtemps chantée mais jamais mise en application, les pays arabes souffrent de maux communs auxquels il faudra faire face un jour ou l’autre. Niveau lamentable d’éducation et d’infrastructures, en plus du développement social, pauvreté et de forts taux de chômage. « Si on continue à faire ce que l’on a toujours fait, on récoltera ce que l’on a toujours récolté », comme le relève la reine Rania Abdallah.

Névine Kamel


 

3 questions à Rachid Mohamad Rachid, ministre égyptien du Commerce et de l’Industrie, et membre de la délégation égyptienne.

« On ne peut plus compter sur les grands pays »

Al-Ahram Hebdo : La politique du libre marché a été pointée du doigt, lors de cette version du Forum mondial. Qu’en dites-vous ?

Rachid Mohamad Rachid : Ce n’est pas vrai. La crise a vraiment dévoilé des lacunes dans le système capitaliste tel que le creusement du fossé entre les riches et les pauvres, soit au niveau des peuples ou des pays, mais cela ne veut pas dire qu’il faut s’orienter vers un système protectionniste. Cette orientation ne mènera qu’à une aggravation de la crise. La fermeture des marchés veut dire plus de récession et un manque de compétition. Le capitalisme, si on arrive à le modeler selon les besoins de la région, demeure le seul moyen à sortir de la crise.

— La coopération interarabe et la coopération entre Nord et Sud de la Méditerranée sont deux thèmes qui se sont imposés lors de cette rencontre en tant qu’option de relance de la croissance. Où en est-on concrètement ?

— Il est très important pour les pays arabes actuellement de diversifier leurs partenaires. On ne peut plus compter sur les grands pays pour être notre bouée de sauvetage. Ils sont submergés par leurs problèmes, vu la récession qui les frappe. C’est ainsi que les deux rives de la Méditerranée se sont mises d’accord à mettre également les différends politiques de côté et de se concentrer sur le financement des projets communs. C’est un intérêt partagé. De même, il est temps d’augmenter la coopération entre les pays arabes. Qui peut croire que le volume du commerce interarabe ne représente toujours que 11 % du total de leur commerce extérieur ? Cela doit changer et c’est ainsi que nous étudions maintenant l’idée de rejoindre l’Union douanière du Golfe. Cela peut modifier la donne de la coopération dans la région. Il s’agit d’un cadre bien défini, déjà installé, pour l’échange des biens et produits. Personne n’y croit encore, mais on verra bien après 10 ans.

— A quoi doit-on s’attendre à votre avis dans la région et en Egypte ?

— Toute la région s’attend à une régression des taux de croissance. La situation dans les pays de la région nécessite, comme je l’ai dit, une hausse du niveau de la coopération économique interarabe. Pour ce qui est de l’Egypte par exemple, le taux de croissance a été de 4,3 %, lors du dernier trimestre de 2008. Soit un recul d’environ 3 % par rapport au même trimestre de l’année précédente. Le taux de croissance de l’industrie a baissé à 3,5 % au cours du troisième semestre contre 3,8 % lors du deuxième semestre. Je m’attends également à une certaine baisse dans les investissements industriels. Les répercussions de la crise commencent donc à surgir, non seulement en Egypte, mais dans toute la région. Il ne faut pas oublier que les cours du pétrole ont chuté de plus de la moitié. Pour l’Egypte, je prévois un taux de croissance entre 3,5 % et 4 %, soutenu par la croissance du secteur de construction immobilière et de l’infrastructure.

Propos recueillis par N. K.

 

 

 

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.