Forum Economique Mondial.
Lors de la septième version régionale du Forum, tenue en
plein climat de crise mondiale, beaucoup de participants ont
fustigé la politique d’ouverture libérale sans frein adoptée
par les pays arabes.
Comment parer au pire ?
Un
moment de réflexion sur la libéralisation et ses effets et
ceux des tendances jusqu’au-boutistes de l’ouverture
économique. Voilà ce qu’a été grosso modo la dernière
version régionale du Forum Economique Mondial (FEM) sur le
Moyen-Orient - Davos 2009, tenu du 15 au 17 mai sur les
bords de la mer Morte en Jordanie. Dans cette région du
monde où les dossiers politiques dominent, le FEM a baigné
dans le tout économique. Il tombe en pleine crise financière
qui menace la croissance d’une région où l’on enregistrait
des chiffres records lors des 5 dernières années. Les cours
du pétrole ont chuté aux alentours des 50 dollars le baril
et la récession économique qui a frappé tous les grands pays
du monde a diminué les flux d’investissements vers les pays
arabes et en même temps les exportations de ces derniers.
Les sources des revenus s’amoindrissent donc et vont
entraîner une baisse du taux de croissance de la région à
2,5 % en 2009, contre 6 % en 2008, selon le rapport intitulé
Les horizons de croissance dans les pays du Moyen-Orient et
l’Asie centrale, publié par le Fonds monétaire
international, le 10 mai dernier. Ainsi, des mégaprojets à
des milliards de dollars ont été gelés. Même l’Arabie
saoudite, premier producteur mondial de pétrole, va
connaître un grand ralentissement et vivra son premier
déficit budgétaire depuis de longues années.
Beaucoup
de participants ont ainsi fustigé le recours tous azimuts à
la politique du marché libre dans ces pays. « Les pays qui
ont été plus ouverts au monde extérieur ont été les plus
touchés par la crise. Dubaï en présente un bon exemple. On
paie maintenant la facture de la politique libérale de nos
gouvernements », lance Abdel-Aziz Al-Ghureir, responsable au
Conseil émirati fédéral national. Il ajoute que les pays
arabes ont préféré s’ouvrir complètement au marché libre
sans instaurer des mécanismes pour se prémunir en cas de
crise où les pays développés seront les premiers à chercher
leurs intérêts aux dépens des pays en voie de développement.
Il explique que les Etats-Unis, par exemple, ont entrepris
des mesures protectionnistes pour soutenir l’industrie
locale. A titre d’exemple, les entreprises américaines
doivent acheter leurs composants auprès des entreprises
locales. Les Européens et les Chinois, eux aussi, ont
soutenu leurs industries locales. « Les défenseurs du
capitalisme ont été les premiers à y renoncer et les pays en
développement en payent le prix », renchérit Al-Ghureir.
Sauvetage à Dubaï
A Dubaï,
le gouvernement s’est lancé à fond dans le sauvetage des
entreprises publiques. « L’existence de ces entreprises est
indispensable pour le développement de l’émirat », lance
Nasser Al-Shaikh, directeur général de Dubai Department of
Finance. « Dubaï ne peut vivre sans Emirates Airlines ou
Dubai International Financial Centre (DIFC). Dubaï ne peut
aussi vivre sans quelques composants de Dubai Holding et
Dubai World ». Le gouvernement s’est endetté en émettant des
obligations remboursables dans 5 ans à 10 milliards de
dollars pour pourvoir sauver ces institutions.
Cette
intervention dans l’émirat, qui jusqu’ici symbolisait le
libéralisme dans toute sa grandeur, est l’indice que la
situation dans la région n’est pas reluisante. Voire, elle
risque même de se détériorer, car « la fermeture des marchés
dans les pays développés paralysera encore plus l’économie
», comme le dit le ministre égyptien du Commerce et de
l’Industrie, Rachid Mohamad Rachid, fervent défenseur du
libéralisme.
Dans
l’autre camp, il n’est pas question de faire marche arrière,
même si l’on admet les lacunes du système. Khaled
Abdulla-Janahi, président de la banque bahreïnie Ithmar,
assure qu’il est impossible de renoncer actuellement à la
libéralisation. « On ne s’arrête pas au milieu du trajet. Le
proverbe arabe dit que personne ne regarde celui qui danse
sur les escaliers. Cela entraînera des effets négatifs »,
dit-il.
L’option
de la coopération régionale
« Il est
temps que les pays arabes coopèrent pour sortir de la crise
; les intérêts et les défis sont les mêmes », préconise
Abdulla-Janahi. L’idée était déjà dans l’air ; ainsi le
ministre égyptien de l’Investissement a-t-il entamé, lors du
Forum, des négociations avec des investisseurs jordaniens,
saoudiens et émiratis pour les inviter à créer des projets
en Egypte. Aref Naqfi, président d’Abraj Capital, une des
plus grandes entreprises de la région, spécialisée dans
l’acquisition des parts des entreprises privées, avait
également annoncé qu’il se dirigera sur des projets
régionaux pour la prochaine période. « C’est le moment
parfait pour acheter des parts dans de grandes entreprises
du Moyen-Orient, comme celles de la santé et des logistiques.
Surtout qu’elles ont perdu de leur valeur vu la crise »,
avait précisé Mustafa Abdelwadood, directeur général
d’Abraaj Capital à CNBC.
Or, en
attendant les fruits de cette probable coopération longtemps
chantée mais jamais mise en application, les pays arabes
souffrent de maux communs auxquels il faudra faire face un
jour ou l’autre. Niveau lamentable d’éducation et
d’infrastructures, en plus du développement social, pauvreté
et de forts taux de chômage. « Si on continue à faire ce que
l’on a toujours fait, on récoltera ce que l’on a toujours
récolté », comme le relève la reine Rania Abdallah.
Névine Kamel