Le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabaly,
évoque les efforts du gouvernement pour faire face à la grippe porcine.
« Les citoyens doivent nous aider en respectant les règles d’hygiène »
Al-Ahram Hebdo : Quelles sont les mesures prises par le ministère de la
Santé pour faire face à une éventuelle propagation de la grippe porcine ?
Hatem Al-Gabaly : Le ministère de la Santé avait prévu l’arrivée de
cette maladie depuis l’apparition de la grippe aviaire en Egypte en avril 2006.
En effet, les experts et les organisations mondiales avaient mis en garde à
cette époque contre la transformation du virus de la grippe aviaire en
épidémie. Partant, le ministère de la Santé a élaboré un plan national pour la
lutte contre toute éventuelle épidémie. Ce plan, annoncé en 2007, a déterminé
les principaux champs d’action et la mission de chaque responsable au niveau
des centres médicaux dans les villages et au Caire. Le ministère a également
pris la décision de se procurer un grand stock de Tamiflu, médicament accrédité
par l’OMS pour guérir ce genre de grippe. Nous avons à présent un stock de 2,3
millions de doses. De plus, nous avons procédé à des simulations de situations
où l’épidémie se serait propagée. Les médecins et le personnel infirmier ont
également été formés à tous les niveaux pour faire face à une éventuelle
épidémie. Par ailleurs, le ministère de la Santé a pris des mesures au niveau
des voies maritimes et aériennes pour mettre en place le dispositif de
quarantaine convenu mondialement. Des cartes de santé ont également été
fournies aux personnes en provenance de l’étranger, notamment des pays où est
apparue la maladie afin de suivre leur état de santé. Les personnes suspectées
de porter le virus H1N1 2009 ont été placées en quarantaine dans les hôpitaux
et les centres médicaux. On leur a administré le Tamiflu. Elles ont quitté les
hôpitaux dès qu’il s’est avéré qu’elles étaient indemnes. Jusqu’à présent,
aucun cas positif n’a été détecté en Egypte. Des échantillons ont été prélevés
et ont été analysés dans les laboratoires centraux du ministère de la Santé.
— L’OMS a estimé que la décision d’abattre le cheptel porcin était
erronée, car le virus ne se transmet pas de l’animal à l’homme mais de l’homme
à l’homme. Qu’en dites-vous ?
— La décision d’abattre le cheptel
porcin est basée sur des considérations générales de prévention. Alors que le
degré de l’alerte est passé de 4 à 5. Mais il est vrai que le véritable danger
réside dans l’entrée en Egypte d’un seul cas de grippe porcine.
Toutes les porcheries devaient
être transférées depuis 2006 loin des habitations. La décision d’abattre le
cheptel porcin est donc due au retard dans l’exécution de ce transfert. Lorsque
la grippe porcine est apparue dans le monde, il s’est avéré indispensable de se
débarrasser des porcs pour deux principales raisons. Premièrement, ils côtoient
les hommes et les volailles. Deuxièmement, l’absence d’hygiène dans la
quasi-majorité des porcheries. Ces dernières représentent donc un grand danger
pour les éleveurs et les personnes résidant aux alentours. Il a été décidé de
construire de nouvelles fermes pour l’élevage de ces animaux sur des bases
correctes du point de vue de l’hygiène. Commencer avec un nouveau troupeau qui
ne représente pas de danger pour la santé du citoyen. Toutes les fermes seront
transférées sur la route des Koraïmates à 120 kilomètres environ du Caire sur
une superficie de 223 feddans. L’Etat se charge de fournir l’infrastructure
nécessaire à ces fermes.
— Les porcs sont abattus de manière inhumaine et dans de très mauvaises
conditions hygiéniques. Qu’en dites-vous ?
— Les vétérinaires font de leur
mieux, car ils travaillent avec des capacités très limitées. Les gouvernorats
leur viennent en aide. Nous avons également eu recours à des bouchers pour
achever cette mission le plus vite possible.
— Quelles sont les mesures préventives à adopter pour réduire les
risques de contamination ?
— Nous demandons au citoyen de
prendre toutes les précautions pour nous aider à réduire les risques de
contamination. La première des choses est l’hygiène. Il faut se couvrir la
bouche et le nez avec des mouchoirs en papier lorsqu’on tousse ou éternue. Il
faut se laver les mains avec de l’eau et du savon plusieurs fois par jour. Il
faut éviter les endroits surpeuplés. Si quelqu’un tousse, éternue et ressent
des maux de tête et des douleurs musculaires, qu’il reste chez lui, et en cas
de fièvre, il doit consulter un médecin.
— De nombreuses critiques ont été adressées au gouvernement, car il n’a
pas respecté ses engagements d’indemniser les éleveurs de porcs. Qu’en
dites-vous ?
— Le ministère de l’Agriculture
représenté par l’Organisme général des services vétérinaires a accrédité, après
l’approbation du premier ministre, la somme de 31 millions de L.E. pour
indemniser les éleveurs. Le montant s’élève à 50 L.E. pour les porcs de moins
de 5 mois, 100 L.E pour les porcs de plus de 5 mois et 250 L.E. pour les truies
grosses. Les indemnisations sont versées maintenant dans tous les gouvernorats.
— Où en sont arrivés les efforts du ministère pour lutter contre la
propagation de la grippe aviaire en Egypte ?
— Le ministère de la Santé, en
coopération avec les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture,
continue d’exécuter le plan relatif à la lutte contre la grippe aviaire. Il
s’agit de poursuivre la vaccination des volailles, que ce soit dans les grandes
fermes ou dans les domiciles. On continue aussi à sensibiliser le citoyen sur
les moyens de préventions et de la transmission de la maladie à travers la
radio et la télévision.
— Quels sont les risques que le virus se transforme et se transmet
d’homme à homme ?
— Une nouvelle espèce de virus est
effectivement apparue à cause de l’association d’un ensemble de virus. Le fait
qui a conduit à l’apparition du nouveau virus H1N1 2009 qui peut maintenant se
transmettre d’homme à homme.
— Pourquoi la grippe aviaire est-elle devenue une maladie endémique en
Egypte malgré les efforts déployés ?
— La grippe aviaire est devenue
une maladie endémique en Egypte comme dans de nombreux autres pays. J’ai déjà
déclaré qu’il ne serait pas possible de se débarrasser de cette maladie avant
plusieurs années. Mais les efforts déployés par les ministères concernés, les
gouverneurs et les responsables exécutifs ont largement contribué à réduire
l’expansion de la maladie. C’est ainsi que 70 cas seulement sont apparus en 3
ans. 26 sont morts. Le rapport entre le nombre de décès et le nombre de cas
déclarés est le plus bas au niveau mondial. De plus, parmi les 33 enfants
touchés par la maladie, un seul enfant est mort, contrairement à ce qui se
passe dans la majorité des pays.
— Le Tamiflu est-il effectif pour guérir la grippe porcine ? L’Egypte
possède-t-elle un stock suffisant pour affronter les dangers de sa propagation
? Peut-il être utilisé en tant que médicament préventif ?
— Le Tamiflu est le médicament
recommandé par l’OMS. Il a prouvé une grande efficacité dans la guérison de la
grippe aviaire en Egypte. Le ministère de la Santé a dernièrement décidé
d’augmenter le stock stratégique de ce médicament pour passer de 2,3 millions
de doses à 5 millions de doses.
— D’aucuns ont accusé le ministère de la Santé d’avoir fabriqué de
toutes pièces cette histoire de grippe porcine pour détourner l’attention des
citoyens et de l’opinion publique loin d’autres questions politiques. Qu’en pensez-vous
?
— Je dirais tout simplement que
nous parlons d’un fait réel que le monde entier a reconnu. Inventer de telles
idées erronées expose la vie des citoyens au danger.
— Certains ont accusé votre ministère de n’avoir pas pris suffisamment
au sérieux la question de la grippe aviaire. Qu’en dites-vous ?
— C’est tout à fait le contraire.
Les chiffres susmentionnés confirment que les services concernés ont traité la
question de la grippe aviaire avec beaucoup de transparence. Ils n’ont ménagé
aucun effort pour réduire la propagation de la maladie.
— De nombreuses critiques sont adressées au ministère en ce qui concerne
les services d’ambulance et d’urgence. Qu’en pensez-vous ?
— Un plan a été élaboré pour
développer ce secteur d’ici 2 ans. Une somme de 2 milliards de L.E. a été
allouée et son application a commencé l’année dernière dans les gouvernorats du
Grand-Caire. Les citoyens ont pu ressentir eux-mêmes la différence dans les
gouvernorats du Caire, de Guiza, du 6 Octobre et de Hélouan après le déploiement
de 800 ambulances équipées sur les principales places. C’est ainsi que la durée
entre l’appel d’urgence et l’arrivée de l’ambulance ne dépasse pas les 8
minutes. Ce qui s’accorde avec les normes mondiales.
Propos recueillis par Magda Barsoum