Al-Ahram Hebdo,Environnement | Un équilibre gagnant-gagnant est possible
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 Semaine du 20 au 26 mai 2009, numéro 767

 

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Environnement

Déchets. Le Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ) a tenu le 3 mai une table ronde sur leur gestion en Egypte. Compte rendu.

Un équilibre gagnant-gagnant est possible

Tout le long de la table ronde, les intervenants s’accordèrent sur le même constat : L’Egypte est un pays qui souffre de ses déchets. Une triste réalité qui nuit autant à son image touristique qu’à la vie de ses habitants. Les culpabilités sont multiples, les uns ont évoqué le manque d’éducation des Egyptiens qui ne se gênent pas pour lancer les déchets dans la rue, d’autres ont accusé les zabbaline de ne ramasser que ce qui les intéresse, d’autres encore critiquèrent les entreprises étrangères de gestion des déchets qui ne réalisent pas le travail pour lequel elles sont payées.

Les intervenants ont cependant tous insisté pour préciser que ces nombreux déchets produits chaque année au Caire sont une immense source de richesse économique potentielle pour le pays au-delà de la nuisance réelle qu’ils représentent pour les habitants du Caire. Le Dr Shakinas El-Sheltawy a ainsi déclaré que « le pays pourrait voir sa richesse décuplée grâce à une bonne valorisation des déchets », étayant son propos d’exemples locaux et internationaux. Plusieurs expériences de valorisation des déchets verts, du papier et du plastique ont d’ailleurs été présentées par des entreprises, mais aussi des associations de zabbaline.

Autre thème d’unanimité, la question de la santé. Le représentant d’Onyx, filiale de Veolia à Alexandrie, a exposé les dangers sanitaires que représentent les incinérations sauvages d’ordures à proximité, voire dans les villes. Cancers et maladies respiratoires sont directement liés à cette pratique courante en Egypte. Les dangers de maladies infectieuses ont été évoqués par Elhami Maghami (association AHED) qui a repris les chiffres du ministère de la Santé : 79 % des Egyptiens sont porteurs du virus de l’hépatite C, mettant directement en cause le problème des déchets.

Les participants à la table ronde se sont aussi rencontrés sur la nécessité d’accroître la sensibilisation et l’éducation des citoyens. Une personne de l’audience a lancé un appel à une défiscalisation des publicités à la télévision pour les messages d’éducation environnementale. Le représentant de la CCBA (Cairo Cleansing and Beautification Authority), Ahmad Ali Ahmad, a même demandé qu’une campagne de sensibilisation sous le patronage de Mme Suzanne Moubarak soit lancée pour sensibiliser les Egyptiens à la propreté et aux menaces pour la santé que peuvent représenter les ordures.

Une série de critiques

Au-delà des points d’unanimité, les désaccords d’intérêt et de raisonnement n’ont cependant pas manqué au rendez-vous, dans un débat qui est toujours resté très correct avec de très rares haussements de ton. Placée sous le signe de la discussion technique et scientifique, la table ronde a tenu toutes ses promesses en la matière, puisque la rigueur a été de mise. Cette cordialité n’a rien enlevé pourtant d’une certaine âpreté dans le débat. Les entreprises privées ont tout de suite essuyé une série de critiques. Les pouvoirs publics, les premiers, reprochèrent aux entreprises d’avoir été incapables d’améliorer la propreté de la ville, le responsable de la CCBA lâchant sévèrement : « De 50 millions de dollars, notre dépense propreté est passée à 350 millions, sans aucune amélioration probante ». Une remarque qu’Elhami Maghami reprend à son compte quelques minutes plus tard au nom de la société civile qui paye des impôts pour un service absent.

Les associatifs de zabbaline ont présenté leur analyse de la situation en oscillant entre inquiétude de voir leurs terrains de plus en plus remis en cause avec des conséquences sociales graves, et critique d’un système qui ne marche pas encore très bien. Un homme se présentant comme un avocat des zabbaline a résumé cette position avec plus d’audace en dénonçant la mainmise des entreprises sur les déchets  : « Ils nous ont coupé les vivres », avant de renchérir avec une indignation à peine masquée : « Sans nous, ils n’auraient pas tenu une semaine » .

François Le Forestier, spécialiste de la responsabilité sociale des entreprises, s’est présenté, au contraire, comme avocat des entreprises privées qui rencontreraient, selon lui, deux défis difficiles à relever. Le premier est celui de la capacité d’adapter leurs techniques modernes à la culture des citoyens égyptiens. Il a particulièrement évoqué le problème des poubelles en bas des immeubles qui tranchent avec la tradition du porte-à-porte pratiquée des collecteurs. Le second défi est celui de la gestion des conséquences socioculturelles de la mise en place du nouveau système qui laisse de nombreux collecteurs de déchets sans avoirs.

Les zabbaline ont été plus épargnés par les critiques des uns et des autres puisqu’étant très populaires auprès de la population comme auprès des chercheurs des différentes universités représentées. Cependant, quelques remarques acides ont été lâchées contre eux. Le représentant d’Ama Arab, entreprise de gestion des déchets, après avoir présenté ses technologies ultramodernes développées dans plusieurs pays arabes, a noté que ces collecteurs représentaient le passé du Caire. D’autre part, le représentant d’Onyx s’est plaint du vandalisme de certains collecteurs qui n’hésiteraient pas à voler ou à brûler les poubelles installées par la société.

La question des porcs et l’élimination des cheptels pour contrer la grippe porcine n’a pas manqué d’être posée avec des exclamations d’indignation de certains devant une mesure qu’ils ne comprennent autrement que comme un acte de persécution de leur classe. Le représentant directeur d’ECARU, entreprise de valorisation des déchets, a proposé son aide pour la valorisation des déchets verts sans avoir recours aux porcs. Un geste qui n’était cependant pas vraiment désintéressé, et qui n’eut pour le moment que peu d’écho auprès des victimes.

La table ronde aura eu le mérite de confronter de nouveau les acteurs des « différents bords » qui interviennent dans la gestion des déchets en Egypte. En dehors des oppositions d’intérêts et de raisonnement, plusieurs mains ont été tendues pour une réconciliation entre les antagonistes vers la recherche d’un équilibre gagnant-gagnant où personne n’est laissé sur le bord de la route du progrès. Safaa Monqid, organisatrice de cette première rencontre très dense, rappelle que ce n’est qu’un premier pas avant le colloque qui aura lieu en 2010. Une visite dans une usine de recyclage de la société ECARU a été organisée le lendemain pour que les différents invités de la table ronde puissent voir qu’un développement durable dans la gestion des déchets est possible en Egypte. Une première rencontre qui en appelle ainsi beaucoup d’autres … .

Martin Durigneux

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