Al-Ahram Hebdo, Visages | Le père Chénouda Chafiq
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 22 avril 2009, numéro 762

 

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Visages

Le père Chénouda Chafiq, président et doyen du grand Séminaire copte catholique de Maadi, chargé de la formation des prêtres catholiques en Egypte, entend par dévotion la responsabilité envers l’Eglise, mais aussi servir ceux qui ont besoin d’aide.

Le prêtre du dialogue

« Résistant aux tentations du démon, une fois que j’ai achevé mes deux premières années d’études préliminaires au grand Séminaire de Maadi, j’ai rangé mes vêtements dans ma valise et me suis interrogé sur la vocation à suivre. J’ai imploré Dieu pour me guider et j’ai compris quelle était ma mission », déclare le père Chénouda en toute franchise, nommé avec mérite, depuis trois ans, président et doyen du grand Séminaire copte catholique de Maadi, chargé de la formation des prêtres catholiques en Egypte. C’est à ces derniers qu’il s’évertue dans un sens du respect et de la pédagogie à inculquer l’importance de leur mission autant théologique qu’humaine. Une mission qui exige une grande responsabilité et une aptitude assurée envers leur vocation divine. Cette vocation n’a pas cessé de tenter le cœur et l’esprit de Gad Chénouda Chafiq à un âge très précoce. Mais il devait en premier lieu répondre à ses devoirs familiaux, vu qu’il était fils aîné, après la mort prématurée de son père.

Né au village de Mansafiss, à Minya, en Haute-Egypte, dans une famille modeste de la campagne du nom d’Al-Bannayine (les maçons), Chénouda Chafiq devait se plier aux injonctions de ses oncles qui lui ont interdit de poursuivre ses études secondaires pour travailler en tant qu’ouvrier-maçon avec eux. Sentant de la peine après la mort de son père Gad Chénouda, dont il a préservé le prénom pour sa dénomination ecclésiastique, il n’a pas hésité à prendre en charge la survie de sa petite famille. Sans renoncer toutefois à la mission ecclésiastique à laquelle il était prédestiné. « Ma vocation est due à mon père qui, maçon et paysan, était aussi serviteur auprès de notre église copte catholique à Minya. C’est dans cette dernière que j’ai appris à ne pas rater la messe du dimanche qui était pour moi un jour de joie et de prière. J’étais un petit chammas (serviteur de l’église) qui contribuait à la préparation de son autel », explique-t-il.

Dans la cour de l’église, il rassemblait ses amis et cousins autour d’une petite messe qu’il célébrait lui-même. Pour les gratifier, il leur offrait de petits pains et de l’eau en guise de communion. Il n’était pas acquis, comme les jeunes de son âge, au divertissement et au goût de fumer. La majorité des séminaristes de Maadi sont tous originaires, comme lui, des provinces de Minya, Assiout et Sohag. Peu d’entre eux sont issus du Caire. Il était un jeune séminariste très ponctuel, sage, calme, modeste et dévot. Autant de qualités d’un bon prêtre qui lui ont valu de remporter à l’unanimité les voix appuyant sa prestigieuse nomination à la tête du grand Séminaire de Maadi. Ce, avec la recommandation du Synode et du Conseil patriarcal copte catholique. « Un bon dirigeant ecclésiastique est un croyant bien éduqué et cultivé. Un modèle de ponctualité, de maturité, de sagesse et de modération. Une personne bien serviable, mûre de tant d’expériences de la vie. Et surtout proche des soucis de ses étudiants », proclame le père en toute simplicité. Son modèle exemplaire fut le père Louis Ghattas, prêtre de son église copte catholique à Minya. Il admirait tant sa grâce divine et sa bienséance auprès des villageois, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Cependant, ce n’est pas cela qui l’a attiré à épouser cette carrière. « J’ai voulu, avec ma propre personnalité et humanité, me consacrer complètement à ma vocation. Servir non seulement l’Eglise, mais tous ceux qui ont besoin de mon aide, sans discrimination sociale ou religieuse. Je vis ma vocation en société avec ses difficultés, à l’exemple du Christ, le grand prêtre qui est venu non pour être servi mais pour servir », souligne le père.

C’est au Séminaire de Maadi, dans ce vrai paradis, très vaste, calme et lumineux, parsemé de jardins verdoyants, où nous n’entendons que le gazouillis des oiseaux, et de courtes sonneries qui annoncent la fin d’une classe pour commencer une autre que père Chénouda a retrouvé sa quiétude. Il évoque le moment où il a reçu dans ce lieu le signe qu’il est appelé à remplir ce service. « En retraite, j’ai jeûné trois jours successifs, pendant lesquels je priais devant l’hostie de la petite église du séminaire. A la fin du troisième jour, un fidèle que je ne connais pas est rentré à l’église et m’a demandé de prier avec lui le rosaire (150 fois Je vous salue Marie et 15 fois Notre Père qui est aux Cieux). En discutant ensemble, ce fidèle m’a répondu par un verset de l’Evangile de Saint-Jean 15/16 disant : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. Non, c’est moi qui vous ai choisi. Je vous ai donné mission d’aller, de porter du fruit, du fruit qui soit durable. A ce moment, ma décision était prise : me consacrer totalement, et jusqu’au dernier souffle de ma vie, à la vie de serviteur ». Et c’est ainsi qu’il s’est adonné, corps et âme, à cette honorable tâche. C’est au séminaire de Maadi, ce grand établissement d’enseignement supérieur, fondé en 1953, et qui dispense une formation liturgique, biblique, théologique, philosophique et pastorale, que père Chénouda a passé ses 8 ans d’études ecclésiastiques. Un long parcours qui lui a valu de passer par autant d’épreuves spirituelles et de services humains afin de pouvoir étoffer sa capacité de vivre en communauté. A son accès au séminaire, père Chénouda a contribué pour trois ans à un projet humain suisse pour handicapés, parrainé par les sœurs de Notre-Dame des Apôtres sous le titre de Ard al-bachar (la terre des hommes). « Le côté humain est très important dans la formation des prêtres. D’où le titre du séminaire : Université des sciences humaines et théologiques, parrainé par le Vatican et financé par quelques donations », explique le père Chénouda. Et d’ajouter : « L’institution des séminaires est un des résultats de la réforme catholique, suscitée par le Concile de Trente (1545 –1563) qui a prescrit d’améliorer la formation et l’éducation de tout le clergé en créant les séminaires, où les étudiants vivraient en communauté sous le contrôle direct d’éducateurs prêtres ». La formation des prêtres au séminaire de Maadi qui renferme actuellement 40 séminaristes, s’organise en trois grandes étapes de formation appelées cycles. Le premier, effectué en deux années, comprend principalement une formation philosophique et biblique fondamentale. Les séminaristes demeurent toute la semaine dans l’enceinte du séminaire et rejoignent leur famille ou une paroisse d’insertion le week-end. Le deuxième cycle, effectué en trois ans, associe une formation en théologie fondamentale, pastorale, morale et en Bible. Le troisième cycle est presque uniquement consacré à une insertion pastorale. « Ce qui m’importe, ce sont les années d’études philosophiques et de sciences humaines. Le prêtre est avant tout un homme qui vit en société », affirme le père Chénouda, qui a passé 4 ans d’études supérieures en Italie, à l’Université Grégorienne des prêtres jésuites, à Rome.

C’est en 1998 qu’il a obtenu son magistère en philosophie, sous le thème de L’acte humain entre Yayâ ben Adî (théologien chrétien et penseur du Xe siècle) et le mazhab al-achaari (école juridique orthodoxe de l’islam). Traitant de la question de la fatalité, le père Chénouda a pu déduire de son magistère que l’homme est l’unique responsable volontaire de ses actes. Un autre magistère en théologie sera suivi. Puis un doctorat en 2002 ayant pour thème : La vie des novices, selon les messages du saint Isadore (moine, prêtre et chercheur au IVe siècle). Ces études supérieures ont été comme un baume qui a soulagé le père des années d’endurance sous le joug familial et la sévérité de ses oncles.

En dépit de son temps constamment chargé de 5h du matin à 23h la nuit, partagé entre la direction du séminaire et des cours à l’Université de théologie et des sciences religieuses à Sakakini, à l’Université de théologie évangélique à Abassiya et à l’Institut de théologie à Guiza, etc., il trouve toujours le temps de se pencher sur le sort des nécessiteux et de se rendre disponible pour ses séminaristes. « J’aime les rencontrer en personne, une fois par terme, pour entendre leurs soucis, les encourager et les conseiller. Si un d’entre eux a besoin par exemple de plus d’expériences, je l’envoie en mission dans une église, un asile, un orphelinat ou un hôpital. Ce sont tous des actes caritatifs », affirme père Chénouda. Et d’ajouter : « Ce qui distingue notre séminaire du reste des universités gouvernementales de philosophie ou de psychologie, c’est que nos matières ne sont pas pour stocker mais pour construire la personnalité. Ce qui m’importe, c’est de former un dirigeant capable dans le futur de guider son peuple ». Pour sa rhétorique maîtrisée et son sens du dialogue, il est souvent invité à contribuer avec le comité Justice et Paix, dépendant du patriarcat des Coptes catholiques, à des dialogues entre spécialistes musulmans et chrétiens sur divers domaines : philosophie, politique, religion comparée et autres.

Lors des fêtes chrétiennes, il aime rester avec les fidèles de son église de Minya et avec sa famille. Et durant les vacances ? Nous le voyons remplacer temporellement un autre père, pour célébrer les messes de son église. Le changement pour lui n’est pas un changement de mission, mais un changement d’endroit.

Névine Lameï

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Jalons

1962 : Naissance à Minya.

1983 : Accès au Séminaire de Maadi.

1990 : Prêtre à l’église des coptes catholiques de Mansafiss, à Minya, pour six ans.

2002 : Doctorat sur La vie des novices, selon les messages de saint Isadore.

2006 : Président et doyen du Séminaire de Maadi.

 

 

 




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