Le père Chénouda Chafiq,
président et doyen du grand Séminaire copte catholique de
Maadi, chargé de la formation des prêtres catholiques en
Egypte, entend par dévotion la responsabilité envers l’Eglise,
mais aussi servir ceux qui ont besoin d’aide.
Le prêtre du dialogue
« Résistant aux tentations du démon, une fois que j’ai
achevé mes deux premières années d’études préliminaires au
grand Séminaire de Maadi, j’ai rangé mes vêtements dans ma
valise et me suis interrogé sur la vocation à suivre. J’ai
imploré Dieu pour me guider et j’ai compris quelle était ma
mission », déclare le père Chénouda en toute franchise,
nommé avec mérite, depuis trois ans, président et doyen du
grand Séminaire copte catholique de Maadi, chargé de la
formation des prêtres catholiques en Egypte. C’est à ces
derniers qu’il s’évertue dans un sens du respect et de la
pédagogie à inculquer l’importance de leur mission autant
théologique qu’humaine. Une mission qui exige une grande
responsabilité et une aptitude assurée envers leur vocation
divine. Cette vocation n’a pas cessé de tenter le cœur et
l’esprit de Gad Chénouda Chafiq à un âge très précoce. Mais
il devait en premier lieu répondre à ses devoirs familiaux,
vu qu’il était fils aîné, après la mort prématurée de son
père.
Né au village de Mansafiss, à Minya, en Haute-Egypte, dans
une famille modeste de la campagne du nom d’Al-Bannayine
(les maçons), Chénouda Chafiq devait se plier aux
injonctions de ses oncles qui lui ont interdit de poursuivre
ses études secondaires pour travailler en tant qu’ouvrier-maçon
avec eux. Sentant de la peine après la mort de son père Gad
Chénouda, dont il a préservé le prénom pour sa dénomination
ecclésiastique, il n’a pas hésité à prendre en charge la
survie de sa petite famille. Sans renoncer toutefois à la
mission ecclésiastique à laquelle il était prédestiné. « Ma
vocation est due à mon père qui, maçon et paysan, était
aussi serviteur auprès de notre église copte catholique à
Minya. C’est dans cette dernière que j’ai appris à ne pas
rater la messe du dimanche qui était pour moi un jour de
joie et de prière. J’étais un petit chammas (serviteur de
l’église) qui contribuait à la préparation de son autel »,
explique-t-il.
Dans la cour de l’église, il rassemblait ses amis et cousins
autour d’une petite messe qu’il célébrait lui-même. Pour les
gratifier, il leur offrait de petits pains et de l’eau en
guise de communion. Il n’était pas acquis, comme les jeunes
de son âge, au divertissement et au goût de fumer. La
majorité des séminaristes de Maadi sont tous originaires,
comme lui, des provinces de Minya, Assiout et Sohag. Peu
d’entre eux sont issus du Caire. Il était un jeune
séminariste très ponctuel, sage, calme, modeste et dévot.
Autant de qualités d’un bon prêtre qui lui ont valu de
remporter à l’unanimité les voix appuyant sa prestigieuse
nomination à la tête du grand Séminaire de Maadi. Ce, avec
la recommandation du Synode et du Conseil patriarcal copte
catholique. « Un bon dirigeant ecclésiastique est un croyant
bien éduqué et cultivé. Un modèle de ponctualité, de
maturité, de sagesse et de modération. Une personne bien
serviable, mûre de tant d’expériences de la vie. Et surtout
proche des soucis de ses étudiants », proclame le père en
toute simplicité. Son modèle exemplaire fut le père Louis
Ghattas, prêtre de son église copte catholique à Minya. Il
admirait tant sa grâce divine et sa bienséance auprès des
villageois, qu’ils soient chrétiens ou musulmans. Cependant,
ce n’est pas cela qui l’a attiré à épouser cette carrière. «
J’ai voulu, avec ma propre personnalité et humanité, me
consacrer complètement à ma vocation. Servir non seulement
l’Eglise, mais tous ceux qui ont besoin de mon aide, sans
discrimination sociale ou religieuse. Je vis ma vocation en
société avec ses difficultés, à l’exemple du Christ, le
grand prêtre qui est venu non pour être servi mais pour
servir », souligne le père.
C’est au Séminaire de Maadi, dans ce vrai paradis, très
vaste, calme et lumineux, parsemé de jardins verdoyants, où
nous n’entendons que le gazouillis des oiseaux, et de
courtes sonneries qui annoncent la fin d’une classe pour
commencer une autre que père Chénouda a retrouvé sa
quiétude. Il évoque le moment où il a reçu dans ce lieu le
signe qu’il est appelé à remplir ce service. « En retraite,
j’ai jeûné trois jours successifs, pendant lesquels je
priais devant l’hostie de la petite église du séminaire. A
la fin du troisième jour, un fidèle que je ne connais pas
est rentré à l’église et m’a demandé de prier avec lui le
rosaire (150 fois Je vous salue Marie et 15 fois Notre Père
qui est aux Cieux). En discutant ensemble, ce fidèle m’a
répondu par un verset de l’Evangile de Saint-Jean 15/16
disant : Ce n’est pas vous qui m’avez choisi. Non, c’est moi
qui vous ai choisi. Je vous ai donné mission d’aller, de
porter du fruit, du fruit qui soit durable. A ce moment, ma
décision était prise : me consacrer totalement, et jusqu’au
dernier souffle de ma vie, à la vie de serviteur ». Et c’est
ainsi qu’il s’est adonné, corps et âme, à cette honorable
tâche. C’est au séminaire de Maadi, ce grand établissement
d’enseignement supérieur, fondé en 1953, et qui dispense une
formation liturgique, biblique, théologique, philosophique
et pastorale, que père Chénouda a passé ses 8 ans d’études
ecclésiastiques. Un long parcours qui lui a valu de passer
par autant d’épreuves spirituelles et de services humains
afin de pouvoir étoffer sa capacité de vivre en communauté.
A son accès au séminaire, père Chénouda a contribué pour
trois ans à un projet humain suisse pour handicapés,
parrainé par les sœurs de Notre-Dame des Apôtres sous le
titre de Ard al-bachar (la terre des hommes). « Le côté
humain est très important dans la formation des prêtres.
D’où le titre du séminaire : Université des sciences
humaines et théologiques, parrainé par le Vatican et financé
par quelques donations », explique le père Chénouda. Et
d’ajouter : « L’institution des séminaires est un des
résultats de la réforme catholique, suscitée par le Concile
de Trente (1545 –1563) qui a prescrit d’améliorer la
formation et l’éducation de tout le clergé en créant les
séminaires, où les étudiants vivraient en communauté sous le
contrôle direct d’éducateurs prêtres ». La formation des
prêtres au séminaire de Maadi qui renferme actuellement 40
séminaristes, s’organise en trois grandes étapes de
formation appelées cycles. Le premier, effectué en deux
années, comprend principalement une formation philosophique
et biblique fondamentale. Les séminaristes demeurent toute
la semaine dans l’enceinte du séminaire et rejoignent leur
famille ou une paroisse d’insertion le week-end. Le deuxième
cycle, effectué en trois ans, associe une formation en
théologie fondamentale, pastorale, morale et en Bible. Le
troisième cycle est presque uniquement consacré à une
insertion pastorale. « Ce qui m’importe, ce sont les années
d’études philosophiques et de sciences humaines. Le prêtre
est avant tout un homme qui vit en société », affirme le
père Chénouda, qui a passé 4 ans d’études supérieures en
Italie, à l’Université Grégorienne des prêtres jésuites, à
Rome.
C’est en 1998 qu’il a obtenu son magistère en philosophie,
sous le thème de L’acte humain entre Yayâ ben Adî
(théologien chrétien et penseur du Xe siècle) et le mazhab
al-achaari (école juridique orthodoxe de l’islam). Traitant
de la question de la fatalité, le père Chénouda a pu déduire
de son magistère que l’homme est l’unique responsable
volontaire de ses actes. Un autre magistère en théologie
sera suivi. Puis un doctorat en 2002 ayant pour thème : La
vie des novices, selon les messages du saint Isadore (moine,
prêtre et chercheur au IVe siècle). Ces études supérieures
ont été comme un baume qui a soulagé le père des années
d’endurance sous le joug familial et la sévérité de ses
oncles.
En dépit de son temps constamment chargé de 5h du matin à
23h la nuit, partagé entre la direction du séminaire et des
cours à l’Université de théologie et des sciences
religieuses à Sakakini, à l’Université de théologie
évangélique à Abassiya et à l’Institut de théologie à Guiza,
etc., il trouve toujours le temps de se pencher sur le sort
des nécessiteux et de se rendre disponible pour ses
séminaristes. « J’aime les rencontrer en personne, une fois
par terme, pour entendre leurs soucis, les encourager et les
conseiller. Si un d’entre eux a besoin par exemple de plus
d’expériences, je l’envoie en mission dans une église, un
asile, un orphelinat ou un hôpital. Ce sont tous des actes
caritatifs », affirme père Chénouda. Et d’ajouter : « Ce qui
distingue notre séminaire du reste des universités
gouvernementales de philosophie ou de psychologie, c’est que
nos matières ne sont pas pour stocker mais pour construire
la personnalité. Ce qui m’importe, c’est de former un
dirigeant capable dans le futur de guider son peuple ». Pour
sa rhétorique maîtrisée et son sens du dialogue, il est
souvent invité à contribuer avec le comité Justice et Paix,
dépendant du patriarcat des Coptes catholiques, à des
dialogues entre spécialistes musulmans et chrétiens sur
divers domaines : philosophie, politique, religion comparée
et autres.
Lors des fêtes chrétiennes, il aime rester avec les fidèles
de son église de Minya et avec sa famille. Et durant les
vacances ? Nous le voyons remplacer temporellement un autre
père, pour célébrer les messes de son église. Le changement
pour lui n’est pas un changement de mission, mais un
changement d’endroit.
Névine Lameï