Reniement
Le reniement par Israël du processus de paix
d’Annapolis, voué à la création d’un Etat palestinien,
pose un vrai défi pour le président américain, Barack
Obama, qui s’était engagé à le relancer rapidement.
Dès sa prise de fonctions, le nouveau chef de la
diplomatie israélienne, Avigdor
Lieberman, a abruptement
posé les conditions de l’Etat hébreu, en contradiction
avec ses précédents engagements : seule la Feuille de
route de 2003 engage l’Etat hébreu, qui l’a acceptée,
tout comme l’Autorité palestinienne. Ce plan, mis au
point par le Quartette international sur le
Proche-Orient composé des Etats-Unis, de la Russie, de
l’Onu et de l’Union européenne, subordonne notamment la
création d’un Etat palestinien à la mise au pas des
groupes armés palestiniens. La conférence d’Annapolis,
en novembre 2007 aux Etats-Unis, avait confirmé la
validité de la Feuille de route mais lancé des
négociations directes visant à la création d’un Etat
palestinien indépendant et viable. L’ancien premier
ministre Ehud Olmert et le
président palestinien, Mahmoud
Abbass, avaient alors promis à George Bush de
tout faire pour atteindre cet objectif avant la fin de
son mandat, en janvier 2009.
C’est cet engagement pris devant le président des
Etats-Unis qu’Avigdor
Lieberman, chef du parti
d’extrême droite Israël Beiteinou,
a déclaré « invalide » parce que, rappelle-t-il, il
n’est ratifié ni par le gouvernement israélien ni par la
Knesset. Ce retour à la ligne suivie par les
gouvernements d’Ariel Sharon et d’Olmert,
à ses débuts, a été avalisé par le nouveau premier
ministre, Benyamin Netanyahu. Il ne constitue pas de
bonne nouvelle pour Barack
Obama, qui s’était engagé à
œuvrer vigoureusement pour la solution des deux Etats.
La volte-face israélienne signifie qu’il n’y aura pas de
négociations sérieuses dans un avenir immédiat. La
Feuille de route de 2003 impliquerait en effet que le
président Abbass soit en
mesure — mais il en est loin — de reprendre le contrôle
de la bande de Gaza, d’où ses forces ont été chassées
par le Hamas en juin 2007. Avigdor
Lieberman subordonne tout
progrès vers la paix au désarmement des militants du
Hamas à Gaza.
Les positions de Lieberman
semblent destinées à permettre à l’Etat hébreu d’éluder
ses obligations. Le plan de paix international exige
notamment d’Israël un « gel » de ses activités de
colonisation, or ni Lieberman
ni Netanyahu n’y sont favorables. Mais, in fine, en
présentant la Feuille de route comme l’unique référence
du gouvernement, Lieberman
lie Israël sur un point que n’a cessé d’éluder Netanyahu
: l’objectif ultime d’un Etat palestinien. Le document
demande en effet à Israël une déclaration sans équivoque
affirmant son attachement à une vision de deux Etats :
un Etat palestinien souverain, viable et indépendant
vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël.