Directeur du département des droits de l’homme à la Ligue
arabe, Mahmoud Rached Ghaleb
fait le point sur la commission d’enquête de l’Onu sur la
bande de Gaza et la prochaine conférence internationale de
Durban II sur le racisme.
« Nous coopérerons avec la commission
d’enquête sur Gaza »
Al-ahram
hebdo : Quel type de coopération envisagez-vous avec la
commission d’enquête de l’Onu, présidée par Richard
Goldstone, sur les violations des droits de l’homme lors de
l’agression israélienne à Gaza ?
Mahmoud Rached Ghaleb :
Cette commission a été décidée par le Conseil des droits de
l’homme des Nations-Unies pour enquêter sur les violations
des droits de l’homme et les crimes de guerre commis lors de
l’offensive d’Israël contre la bande de Gaza. Le Conseil est
l’unique organisation internationale concernée par les
droits de l’homme. Son importance s’accroît. On a entendu
dire que les Etats-Unis avaient l’intention de rejoindre ce
Conseil. Ceci se reflétera inéluctablement sur son
efficacité. Je suis heureux de la nouvelle politique du
président américain Barack Obama qui prête à l’optimisme,
contrairement à la politique de son prédécesseur George
Bush. En effet, Obama compte sur le dialogue dans la
résolution des problèmes, à l’opposé de son prédécesseur qui
s’appuyait sur les interventions militaires.
Quant à la commission, nous sommes heureux en tant qu’Arabes
de sa formation. C’est une chose que nous avons longuement
attendue. Elle a d’ailleurs été formée en vertu d’une
résolution du Conseil des droits de l’homme en décembre
dernier. La commission d’enquête est une commission
indépendante. Son rapport sera donc d’une grande importance.
Nous espérons qu’il sera objectif et qu’il transmettra la
réalité de ce qui s’est passé à Gaza. Pour notre part, nous
lui présenterons toutes les informations pouvant faciliter
sa tâche si elle le demande.
— La conférence de Durban II sur la lutte contre le racisme,
la discrimination et la xénophobie doit se tenir du 22 au 24
avril en Suisse. Elle est fortement liée au conflit
israélo-palestinien, puisqu’elle traite la question des
pratiques de ségrégation pratiquées par Israël contre les
Palestiniens. Quels sont les préparatifs arabes pour cette
conférence ?
— Cette conférence est le prolongement de celle de Durban I
qui s’est tenue en 2001 en Afrique du Sud. Elle a élaboré un
document signé par un grand nombre d’organisations de la
société civile de par le monde. Il comprend 436 articles
reconnaissant que le peuple palestinien est victime de
racisme. Il appelle aussi à appliquer le droit international
ainsi que les quatre conventions de Genève portant sur la
situation des populations civiles sous occupation.
Dans le cadre des préparatifs de la conférence de Durban II,
de nombreuses organisations, avec en tête l’Organisation
arabe des droits de l’homme et le Conseil égyptien des
droits de l’homme, ont organisé, en présence de
personnalités internationales éminentes, la conférence arabe
préliminaire à la conférence de Durban II, à laquelle a
également pris part la Ligue arabe. Cette conférence
préparatoire visait à unifier le rang arabe à Durban II.
— Quelles étaient les positions les plus importantes
adoptées lors de cette conférence préparatoire ?
— La conférence a adopté la Déclaration du Caire portant sur
les questions importantes pour le monde arabe, notamment la
question palestinienne. Les participants ont dénoncé les
politiques de racisme et de discrimination contre les
différents groupes ethniques ainsi que contre les émigrés et
les réfugiés. Ils ont également exprimé leur inquiétude
envers l’hostilité à l’islam ou au christianisme, envers
l’antisémitisme, la discrimination évidente contre les
Arabes et les musulmans dans les pays occidentaux à la suite
des événements du 11 septembre ainsi qu’envers la
discrimination contre les divers groupes religieux, contre
les personnes d’origines africaines et asiatiques et contre
les peuples autochtones. Ils ont également dénoncé toutes
formes d’esclavage, de colonialisme, d’occupation étrangère
et de génocide.
Les participants ont également mis en garde contre les
dangers de la pauvreté et de la marginalisation ainsi que
contre l’aggravation des aspects négatifs de la
mondialisation et des politiques économiques injustes au
niveau national et dans les relations entre les pays. Ils
ont exprimé leur crainte que les pays en développement et
les pauvres n’assument les fardeaux de la crise financière
mondiale et de la récession économique. Le fait qui peut
aggraver la discrimination sociale.
Pour les pays arabes, comme ils l’ont exprimé dans le
document, le principe de la citoyenneté est le fondement
juridique et constitutionnel pour garantir l’égalité entre
tous les citoyens, abstraction faite de leur race, leur
couleur, leur religion ou leur appartenance politique.
Les participants ont surtout exprimé leur inquiétude
concernant les conclusions de la commission chargée de
mettre un terme à toutes formes de discrimination raciale
perpétrées par Israël contre le peuple palestinien dans les
territoires occupés en 1967 ou dans les territoires
palestiniens de 1948. Le responsable de l’Onu pour les
droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés
et la Cour internationale de justice les ont soulignées
comme ce fut le cas pour la construction du mur de
séparation ou la poursuite de la colonisation juive. Les
participants ont confirmé que la dénonciation seule ne
suffisait pas pour changer les faits ni pour alléger les
souffrances des victimes. Ils ont affirmé qu’il était
indispensable que les efforts de la communauté
internationale se conjuguent pour mettre en exécution les
principes de la légitimité internationale et mettre un terme
à l’occupation.
Les participants ont convenu que les violations des droits
de l’homme, y compris le racisme et la discrimination
raciale, étaient perpétrées dans tous les pays à des degrés
divers et qu’il était impossible d’exclure Israël. En effet,
son registre à ce sujet est confirmé par les organismes de
l’Onu. Ils ont confirmé que la dénonciation des violations
perpétrées par Israël n’avait aucune relation avec
l’antisémitisme que brandit Israël à chaque occasion pour
obtenir une immunité contre les critiques et contre la
conduction en justice, comme s’il se plaçait au-dessus de la
loi.
Les pays arabes aspirent à la formation d’un réseau de
relations et d’un organisme de coopération entre les
institutions et les ONG internationales afin de confirmer
que la discrimination raciale dont le peuple palestinien est
victime n’est pas une prétention arabe émanant d’un prétendu
antisémitisme, mais de réalités déterminées que dénoncent la
communauté internationale et les organisations des droits de
l’homme.
Les spécialistes arabes des droits de l’homme auprès de la
Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique,
en coopération avec les ONG arabes et islamiques, devraient
assumer la responsabilité de soulever un sujet extrêmement
important lors de la conférence de Durban. Il s’agit de
l’interdiction de l’incitation à la haine religieuse. En
effet, l’utilisation de la liberté d’opinion et d’expression
d’une manière portant atteinte aux adeptes d’une religion
déterminée est un phénomène qui commence à prendre de
l’ampleur et qui mène à la violation des droits des
minorités musulmanes dans les pays occidentaux. Ce qui
accroît le racisme et la discrimination contre eux.
— Comment ces conclusions se refléteront-elles sur la
conférence de Durban II, surtout que certains pays, en
particulier les pays occidentaux, veulent la boycotter au
profit d’Israël ?
— Chaque partie participant à la conférence essayera
d’imposer son agenda. Ces tentatives existent depuis Durban
I. Il y avait même un courant visant à modifier l’agenda de
Durban II par rapport à Durban I, tandis que les pays arabes
et africains voulaient que la conférence continue le travail
de sa prédécesseure. Pour notre part, nous tentons à nous
entendre avec les autres parties sans renoncer aux gains
acquis au cours de la première conférence. Nous ne pouvons
pas changer les positions des autres Etats, mais la position
arabe reste comme elle l’était lors de la première
conférence, qui est une conférence internationale parrainée
par l’Onu. Nous ne devons donc pas dépasser ses décisions.
Certains pays comme le Canada ont annoncé leur intention de
boycotter la conférence, ce qui signifie que nous allons
être exposés à de nombreuses pressions comme ce fut le cas
avant Durban I. Il est clair que toute l’affaire est dominée
par la politique et non par le côté juridique des questions
qui seront traitées à la conférence. Or, il est clair que
certains pays pensent que puisqu’il est impossible d’annuler
la conférence, il est au moins possible de faire en sorte
que la déclaration et les recommandations ne condamnent pas
Israël et ses pratiques racistes. On espère qu’il sera
possible de réaliser une certaine entente entre les pays de
façon à ce que la partie arabe puisse garder les gains
réalisés à Durban I et renforcer ses relations avec les ONG
qui ont joué un grand rôle dans la réalisation de ces gains.
La coordination entre les organisations arabes et les
organisations gouvernementales dans les autres
rassemblements régionaux avait aidé à la réalisation de ces
gains. Nous espérons la poursuite de ces efforts pour que la
conférence puisse aboutir à des recommandations condamnant
toutes les pratiques racistes.
— Quel est l’état d’avancement de la Commission arabe des
droits de l’homme qui est le premier mécanisme arabe pour le
suivi de l’exécution de la Charte arabe des droits de
l’homme ?
— Les membres de la Commission arabe des droits de l’homme
ont été élus par les pays signataires de la Charte arabe des
droits de l’homme. 7 membres ont été élus parmi 8 candidats
des pays signataires. La prochaine réunion de la commission
se tiendra le 4 mai en conformité avec le texte de la
charte. La commission se devra d’élaborer un système interne
de travail ainsi qu’un programme d’action. Elle commencera
ensuite à s’adresser aux pays signataires pour qu’ils
envoient des rapports sur les droits de l’homme dans leurs
pays. Les mesures pratiques de l’exécution de la charte
auront ainsi commencé. On s’attend à un grand enthousiasme
de la part des membres du comité et des pays membres pour
poursuivre l’application de la charte.
Propos recueillis par Atef Saqr