Al-Ahram Hebdo,Environnement | Sur les traces des premiers explorateurs
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 Semaine du 15 au 22 avril 2009, numéro 762

 

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Environnement

Réserves Naturelles. Pour la première fois, une expédition à 100 % égyptienne vient d'achever une aventure sur le plateau du Gilf Al-Kébir. Son but : promouvoir la protection du site et encourager le tourisme « responsable » vers un des plus beaux sites du monde.

Sur les traces des premiers explorateurs

Vous aimez l'aventure ? Etes-vous passionnés par la préhistoire, l'antiquité, l'histoire et la géologie ? Ça vous dit de trouver un cratère de météorites, ou du verre libyque ? Voulez-vous voir de vos propres yeux les effets d'un changement climatique qui a eu lieu il y a des milliers d'années et qui pourrait se reproduire de nos jours à des échelles différentes ?

Si c'est affirmatif, vous êtes conviés à rendre visite à la réserve naturelle du Gilf Al-Kébir, déclarée comme réserve en janvier 2007. A dire vrai, ce n'est pas un simple voyage, mais une véritable aventure à la découverte d’un des lieux les plus énigmatiques du Sahara.

Cette région a fait rêver les plus grands explorateurs par ses multiples mystères : de l’oasis perdue de Zerzora à la disparition de l’armée de Cambyse, engloutie par les sables dans la Grande mer de sable. En deux mots, c'est un itinéraire légendaire.

A 3 300 km du Caire, aux frontières du Soudan et de la Libye, Al-Gilf Al-Kébir est un plateau situé à 1 000 mètres d'altitude. Hyperaride, quasiment sans vie végétale, il est riche en sites préhistoriques de peintures rupestres intéressants, regorge d'outils appartenant au premier Egyptien, de sites scientifiques (le plus grand champ de cratères d’impacts de météorites) et géologiques (reliefs identiques à ceux de la planète Mars). La découverte de ce plateau remonte à 1925, quand le prince Kamaleddine Hussein est sorti à la tête d'une expédition dans le but d'explorer le Sahara, en utilisant des véhicules français fabriqués pour ce but.

En fait, le plateau couvre une surface de 7 700 km2. Mais la réserve naturelle, quant à elle, s'étend sur 48 000 km2, soit l'équivalent de la surface de la Suisse et 5 % de la surface de l'Egypte. Sur le côté sud-ouest est située la réserve de Jabal Al-Owaïnat (ou la montagne Owaïnat), couvrant une surface de 800 km2.

« Vu sa grande richesse en ce qui concerne les grottes contenant les traces du premier Egyptien et ses peintures rupestres, l'Organisation des Nations-Unies pour l'éducation, les sciences et la culture (l'Unesco) étudie actuellement la déclaration du site de la montagne Owaïnat comme site de patrimoine naturel et culturel mondial », avance Mahmoud Al-Qayssouni, conseiller du ministre du Tourisme pour les affaires de l'environnement et superviseur du tourisme du désert. En effet, cette montagne, découverte par l'aventurier égyptien Ahmad pacha Hassanein en 1923, représente un trésor géologique au vrai sens du terme.

Mars sur Terre

Sur le plateau du Gilf Al-Kébir, on trouve une copie des reliefs de la planète Mars, mais cette fois-ci sur Terre. Près du plateau est situé le plus grand champ de cratères d’impacts de météorites identifié sur Terre et qui a été découvert dans le désert libyque, début 2004, fruit d'une mission franco-égyptienne conduite par Philippe Paillou, de l’Observatoire de Bordeaux.

La découverte pourrait indiquer qu’une pluie de météorites s’est abattue sur cette région du sud-ouest de l’Egypte (nord-est du plateau du Gilf) il y a quelque 50 millions d’années. Le champ de cratères s’étend sur 5 000 kilomètres carrés. Une centaine d’impacts de 20 mètres à un kilomètre de diamètre et d’une profondeur allant jusqu’à 80 mètres ont déjà été repérés par l'équipe.

Plus encore, entre les dunes de la Grande mer de sable se trouve le site du verre libyque dont Théodore Monod (expéditeur français) a résolu l'énigmatique origine : voilà 29 millions d'années, un météorite a transformé la silice en verre. Au musée du Caire, un scarabée orne le pectoral de Toutankhamon. Ce bijou est en verre libyque.

Expédition égyptienne

En mars 2009, et pour la première fois, 20 expéditeurs égyptiens avec un financement égyptien ont effectué une visite pour Al-Gilf Al-Kébir. Les expéditeurs représentaient les ministères de la Défense, du Tourisme, de la Culture et de l'Environnement, le Conseil suprême des antiquités, et pour la première fois, la presse égyptienne.

Le but de l'expédition, qui a duré 15 jours, était de mettre la carte de route pour la protection du site et de promouvoir le tourisme écologique durable.

« Je préfère le qualifier de tourisme responsable », souligne Mahmoud Nour El Din, chef de l'expédition et spécialiste du désert.

Selon lui, la nature est belle partout dans le monde, mais ce site est assez spécial et doit jouir d'un traitement spécial.

« Al-Gilf Al-Kébir est un site magnifique de premier ordre. On doit donc déployer beaucoup d'efforts pour le protéger, surtout du tourisme massif et irresponsable. C'est pour réaliser ce but que nous avons pensé à organiser cette visite et tenu à ce que toutes les parties prenantes soient présentes. En fait, l'objectif est le même pour tous, mais c'est la première fois qu'on effectue cette aventure ensemble. C'était une occasion de discuter les menaces et de trouver des solutions pratiques aux problèmes envisagés par le site », explique Nour El Din.

En effet, durant l'expédition, Ahmad Salama, responsable des réserves naturelles de la région ouest, a profité de l'occasion pour mettre des panneaux qui indiquent les différents points de visite qu'offre la réserve.

« Le site jouit d'une richesse très variée. Vu que le site est hyperaride, le manque d'eau entraînait la mort de la faune. Mais à cause des dernières pluies abondantes, la végétation est devenue intense tout au long de la vallée, ce qui aidera la faune et la flore à survivre », indique Salama.

Le changement climatique a transformé la région en hyperaride et ce, entre l'an 100 000 et l'an 10 000 av. J.-C., et le désert a commencé à se former. Mais depuis l'an 10 000 av. J.-C., il y a eu deux périodes : une humide, durant laquelle l'homme néolithique a commencé ses activités. Il a découvert qu'il devrait penser à demain, cultiver et changer sa philosophie de pêcheur qui consistait à s'installer autour des lacs. C'est là où nous avons trouvé des restes de meules, des outils et des lames. « Dans la région du Gilf Al-Kébir, nous avons trouvé un village néolithique. La deuxième période était à nouveau hyperaride. Et avec le manque de pluie, l'homme a commencé à bouger de la plaine vers la montagne de Owaïnat, se réfugiant dans les grottes et a commencé à réaliser les peintures magnifiques qui décrivaient sa vie quotidienne et spirituelle », raconte Nour El Din.  Al-Gilf Al-Kébir, qui occupe le tiers du sud du Désert occidental, a donc besoin de protection, notamment contre les abus des touristes. Protéger une telle surface n'est pas une chose aisée, et ce, à cause de la surface immense et du budget minime alloué par le secteur de la protection de la nature au sein du ministère de l'Environnement, responsable des réserves naturelles.

Mais même avec un budget suffisant, les gardes-nature ne peuvent pas poursuivre chaque individu. La sensibilisation est donc le mot maître de cette aventure.

En effet, le secteur du tourisme, en collaboration avec les propriétaires des compagnies touristiques et avec la coopération des guides expérimentés travaillant dans le désert, organisent de temps à autre des ateliers de travail et des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir l'idée de la protection du site.

« Nous avons tenu trois ateliers pour sensibiliser les chauffeurs des 4x4 des oasis Dakhla, Kharga et Farafra et la formation a commencé à porter ses fruits. Nous préparons des cours de formation à très haut niveau pour les guides du fond du désert qui, à leur tour, seront responsables de sensibiliser les 2 000 à 3 000 touristes qui visitent annuellement Al-Gilf Al-Kébir ».

Reste à dire qu'un travail colossal attend les 20 expéditeurs, chacun dans son domaine, afin de garantir une protection serrée à un site digne de tout respect. Avant qu'il ne se transforme en un autre Charm Al-Cheikh, beau, luxueux, mais ayant perdu toute sa valeur écologique.

Dalia Abdel-Salam

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