Réserves Naturelles.
Pour la première fois, une expédition à 100 % égyptienne
vient d'achever une aventure sur le plateau du Gilf Al-Kébir.
Son but : promouvoir la protection du site et encourager le
tourisme « responsable » vers un des plus beaux sites du
monde.
Sur les traces des premiers explorateurs
Vous
aimez l'aventure ? Etes-vous passionnés par la préhistoire,
l'antiquité, l'histoire et la géologie ? Ça vous dit de
trouver un cratère de météorites, ou du verre libyque ?
Voulez-vous voir de vos propres yeux les effets d'un
changement climatique qui a eu lieu il y a des milliers
d'années et qui pourrait se reproduire de nos jours à des
échelles différentes ?
Si c'est affirmatif, vous êtes conviés à rendre visite à la
réserve naturelle du Gilf Al-Kébir, déclarée comme réserve
en janvier 2007. A dire vrai, ce n'est pas un simple voyage,
mais une véritable aventure à la découverte d’un des lieux
les plus énigmatiques du Sahara.
Cette région a fait rêver les plus grands explorateurs par
ses multiples mystères : de l’oasis perdue de Zerzora à la
disparition de l’armée de Cambyse, engloutie par les sables
dans la Grande mer de sable. En deux mots, c'est un
itinéraire légendaire.
A 3 300 km du Caire, aux frontières du Soudan et de la
Libye, Al-Gilf Al-Kébir est un plateau situé à 1 000 mètres
d'altitude. Hyperaride, quasiment sans vie végétale, il est
riche en sites préhistoriques de peintures rupestres
intéressants, regorge d'outils appartenant au premier
Egyptien, de sites scientifiques (le plus grand champ de
cratères d’impacts de météorites) et géologiques (reliefs
identiques à ceux de la planète Mars). La découverte de ce
plateau remonte à 1925, quand le prince Kamaleddine Hussein
est sorti à la tête d'une expédition dans le but d'explorer
le Sahara, en utilisant des véhicules français fabriqués
pour ce but.
En fait, le plateau couvre une surface de 7 700 km2. Mais la
réserve naturelle, quant à elle, s'étend sur 48 000 km2,
soit l'équivalent de la surface de la Suisse et 5 % de la
surface de l'Egypte. Sur le côté sud-ouest est située la
réserve de Jabal Al-Owaïnat (ou la montagne Owaïnat),
couvrant une surface de 800 km2.
« Vu sa grande richesse en ce qui concerne les grottes
contenant les traces du premier Egyptien et ses peintures
rupestres, l'Organisation des Nations-Unies pour
l'éducation, les sciences et la culture (l'Unesco) étudie
actuellement la déclaration du site de la montagne Owaïnat
comme site de patrimoine naturel et culturel mondial »,
avance Mahmoud Al-Qayssouni, conseiller du ministre du
Tourisme pour les affaires de l'environnement et superviseur
du tourisme du désert. En effet, cette montagne, découverte
par l'aventurier égyptien Ahmad pacha Hassanein en 1923,
représente un trésor géologique au vrai sens du terme.
Mars sur Terre
Sur
le plateau du Gilf Al-Kébir, on trouve une copie des reliefs
de la planète Mars, mais cette fois-ci sur Terre. Près du
plateau est situé le plus grand champ de cratères d’impacts
de météorites identifié sur Terre et qui a été découvert
dans le désert libyque, début 2004, fruit d'une mission
franco-égyptienne conduite par Philippe Paillou, de
l’Observatoire de Bordeaux.
La découverte pourrait indiquer qu’une pluie de météorites
s’est abattue sur cette région du sud-ouest de l’Egypte
(nord-est du plateau du Gilf) il y a quelque 50 millions
d’années. Le champ de cratères s’étend sur 5 000 kilomètres
carrés. Une centaine d’impacts de 20 mètres à un kilomètre
de diamètre et d’une profondeur allant jusqu’à 80 mètres ont
déjà été repérés par l'équipe.
Plus encore, entre les dunes de la Grande mer de sable se
trouve le site du verre libyque dont Théodore Monod
(expéditeur français) a résolu l'énigmatique origine : voilà
29 millions d'années, un météorite a transformé la silice en
verre. Au musée du Caire, un scarabée orne le pectoral de
Toutankhamon. Ce bijou est en verre libyque.
Expédition égyptienne
En mars 2009, et pour la première fois, 20 expéditeurs
égyptiens avec un financement égyptien ont effectué une
visite pour Al-Gilf Al-Kébir. Les expéditeurs représentaient
les ministères de la Défense, du Tourisme, de la Culture et
de l'Environnement, le Conseil suprême des antiquités, et
pour la première fois, la presse égyptienne.
Le but de l'expédition, qui a duré 15 jours, était de mettre
la carte de route pour la protection du site et de
promouvoir le tourisme écologique durable.
« Je préfère le qualifier de tourisme responsable »,
souligne Mahmoud Nour El Din, chef de l'expédition et
spécialiste du désert.
Selon lui, la nature est belle partout dans le monde, mais
ce site est assez spécial et doit jouir d'un traitement
spécial.
« Al-Gilf Al-Kébir est un site magnifique de premier ordre.
On doit donc déployer beaucoup d'efforts pour le protéger,
surtout du tourisme massif et irresponsable. C'est pour
réaliser ce but que nous avons pensé à organiser cette
visite et tenu à ce que toutes les parties prenantes soient
présentes. En fait, l'objectif est le même pour tous, mais
c'est la première fois qu'on effectue cette aventure
ensemble. C'était une occasion de discuter les menaces et de
trouver des solutions pratiques aux problèmes envisagés par
le site », explique Nour El Din.
En effet, durant l'expédition, Ahmad Salama, responsable des
réserves naturelles de la région ouest, a profité de
l'occasion pour mettre des panneaux qui indiquent les
différents points de visite qu'offre la réserve.
« Le site jouit d'une richesse très variée. Vu que le site
est hyperaride, le manque d'eau entraînait la mort de la
faune. Mais à cause des dernières pluies abondantes, la
végétation est devenue intense tout au long de la vallée, ce
qui aidera la faune et la flore à survivre », indique Salama.
Le changement climatique a transformé la région en
hyperaride et ce, entre l'an 100 000 et l'an 10 000 av.
J.-C., et le désert a commencé à se former. Mais depuis l'an
10 000 av. J.-C., il y a eu deux périodes : une humide,
durant laquelle l'homme néolithique a commencé ses
activités. Il a découvert qu'il devrait penser à demain,
cultiver et changer sa philosophie de pêcheur qui consistait
à s'installer autour des lacs. C'est là où nous avons trouvé
des restes de meules, des outils et des lames. « Dans la
région du Gilf Al-Kébir, nous avons trouvé un village
néolithique. La deuxième période était à nouveau hyperaride.
Et avec le manque de pluie, l'homme a commencé à bouger de
la plaine vers la montagne de Owaïnat, se réfugiant dans les
grottes et a commencé à réaliser les peintures magnifiques
qui décrivaient sa vie quotidienne et spirituelle », raconte
Nour El Din. Al-Gilf Al-Kébir, qui occupe le tiers du
sud du Désert occidental, a donc besoin de protection,
notamment contre les abus des touristes. Protéger une telle
surface n'est pas une chose aisée, et ce, à cause de la
surface immense et du budget minime alloué par le secteur de
la protection de la nature au sein du ministère de
l'Environnement, responsable des réserves naturelles.
Mais même avec un budget suffisant, les gardes-nature ne
peuvent pas poursuivre chaque individu. La sensibilisation
est donc le mot maître de cette aventure.
En effet, le secteur du tourisme, en collaboration avec les
propriétaires des compagnies touristiques et avec la
coopération des guides expérimentés travaillant dans le
désert, organisent de temps à autre des ateliers de travail
et des campagnes de sensibilisation afin de promouvoir
l'idée de la protection du site.
« Nous avons tenu trois ateliers pour sensibiliser les
chauffeurs des 4x4 des oasis Dakhla, Kharga et Farafra et la
formation a commencé à porter ses fruits. Nous préparons des
cours de formation à très haut niveau pour les guides du
fond du désert qui, à leur tour, seront responsables de
sensibiliser les 2 000 à 3 000 touristes qui visitent
annuellement Al-Gilf Al-Kébir ».
Reste à dire qu'un travail colossal attend les 20
expéditeurs, chacun dans son domaine, afin de garantir une
protection serrée à un site digne de tout respect. Avant
qu'il ne se transforme en un autre Charm Al-Cheikh, beau,
luxueux, mais ayant perdu toute sa valeur écologique.
Dalia
Abdel-Salam