Al-Ahram Hebdo, Afrique | Les pirates lancent de nouveaux défis
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 Semaine du 15 au 22 avril 2009, numéro 762

 

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Afrique

Somalie. Les actes de piraterie ne cessent de se multiplier sur fond de soutien politique des insurgés islamistes des Shebabs, qui contrôlent la majeure partie du centre et du sud du pays.

Les pirates lancent de nouveaux défis

Les pirates qui sévissent sur les côtes somaliennes viennent d’obtenir un sérieux soutien politique. Ce sont les insurgés islamistes des Shebabs qui contrôlent la majeure partie du centre et du sud du pays qui viennent apporter leur appui aux activités des pirates. Pour le porte-parole des Shebabs, Cheikh Muktar Robow, les pirates somaliens « n’avaient pas tort d’attaquer les navires étrangers » qui, selon lui, « n’ont rien à faire dans les eaux somaliennes ». « Je pense que les pirates n’ont pas tort d’attaquer ces bateaux parce qu’il n’y a aucune raison pour ces navires étrangers d’utiliser les eaux somaliennes », a lancé M. Robow lors d’un point de presse à Baïdoa (250 km au nord-ouest de la capitale Mogadiscio), ville désormais contrôlée par les islamistes extrémistes des Shebabs. M. Robow a cependant précisé que les Shebabs « n’avaient rien à voir avec les pirates ». Ceci n’empêche une intersection conjoncturelle entre les pirates et les rebelles islamistes, qui voient dans les actes des premiers un moyen de « chasser » les pays occidentaux, parrains du gouvernement somalien, loin du territoire de la Somalie et de ses eaux territoriales.

Une stratégie à risque cependant car pour l’heure, la multiplication des actes de piraterie n’a fait qu’attirer davantage les marines occidentales. Américains, Européens, mais aussi Japonais, Chinois, Russes et Indiens ont envoyé leurs bâtiments de guerre dans le Golfe d’Aden pour protéger leurs navires marchands dans une zone où se développent les activités criminelles et lucratives des pirates dans un pays en guerre civile depuis 1991. Ces pirates des temps modernes ne cessent d’étendre leur rayon d’action et de narguer les navires de guerre étrangers déployés dans la région.

En effet, malgré l’envoi ces derniers mois dans le Golfe d’Aden de navires de guerre étrangers, notamment occidentaux, pour lutter contre ce fléau, le problème n’a fait qu’empirer. Les pirates, armés de Kalachnikov et lance-grenades, ont pris d’assaut six navires étrangers depuis la semaine dernière au nez et à la barbe des puissances navales mondiales déployées dans la zone, dans l’espoir d’extorquer des rançons toujours plus élevées. La recrudescence de ces captures, après une relative période d’accalmie début 2009, pose la question de la pertinence de ce déploiement militaire en mer. La présence navale a rendu un peu plus sûr le transport maritime dans le Golfe d’Aden, car les convois sont fréquemment escortés. Mais cela a l’effet pervers de forcer les pirates à aller encore plus loin pour trouver des proies. Auparavant confinés dans la Golfe d’Aden, les pirates patrouillent désormais dans tout l’ouest de l’océan Indien.

 

Raisons multiples

La recrudescence récente des actes de piraterie a une autre explication. Pour Hans Tino Hansen, directeur de Risk Intelligence, centre d’analyse basé au Danemark, la raison de ce brusque regain est très simple : « Le temps est roi. Du fait de la taille des canots des pirates, ils sont très dépendants des conditions météo favorables en mer, ce qui est le cas depuis peu à l’est de la Somalie ». La clémence actuelle de l’océan Indien les autorise à s’aventurer toujours plus au large et leur permet d’éviter le Golfe d’Aden, désormais patrouillé en permanence par les puissances navales mondiales.

« Comme dans tous les exemples de crimes organisés, quand la police ou l’armée commence à mettre la pression, ils changent d’activité commerciale ou de zone géographique », commente M. Hansen. Même le corridor du Golfe d’Aden — une des principales routes du commerce maritime mondiales — n’est pour l’instant pas à l’abri des attaques des pirates du fait de l’immensité de la zone à patrouiller. Au total, avec le Golfe d’Aden et l’ouest de l’océan Indien, les navires de guerre doivent surveiller 2,5 millions de km2, soit « l’équivalent de la mer Méditerranée et de la mer Rouge » et ils ne peuvent être partout, a prévenu la marine américaine. Plusieurs des dernières attaques ont été menées par un groupe de pirates basé sur la côte orientale somalienne, dans les petits ports de Hobyo et Harardhere. C’est ce même groupe qui avait réalisé les prises les plus spectaculaires l’an dernier, en capturant un cargo ukrainien chargé d’armes et un super-pétrolier saoudien chargé de deux millions de barils de brut. Les rançons versées aux pirates pour relâcher ces seuls deux navires seraient de l’ordre de huit millions de dollars. Selon des sources somaliennes, ils ont réinvesti une partie de l’argent dans l’acquisition de matériel plus performant. Selon Jim Wilson, analyste au Lloyds Register-Fairplay, les attaques des deniers jours démontrent clairement que les pirates ont renforcé leurs capacités de nuisance depuis l’an dernier. La vague actuelle de raids est différente des précédentes car les pirates s’en prennent désormais à des porte-conteneurs, comme le Maersk Alabama, battant pavillon américain, brièvement capturé mercredi dernier. Le danger ne fait qu’empirer d’autant que les pirates voient leurs effectifs augmenter. En effet, certains clans somaliens qui jusqu’à présent n’étaient pas impliqués dans ce type de criminalité se tournent à leur tour vers la piraterie, une des activités les plus lucratives dans un pays livré au chaos depuis le début d’une guerre civile en 1991.

La piraterie au large de la Somalie n’a plus grand-chose à voir avec celle des années 1980, lorsque de simples pêcheurs dévalisaient les équipages de bateaux étrangers accusés de pêcher illégalement dans les eaux somaliennes. Les actes de piraterie dans cette partie du monde ont quasiment disparu mi 2006, pendant les six mois où les Tribunaux islamiques ont contrôlé d’une main de fer des régions dans le centre et le sud de la Somalie. Mais les pirates ont vite repris leurs activités lucratives après la chute des islamistes, fin décembre 2006. En 2008, les attaques dans la région ont atteint un niveau record dans le Golfe d’Aden, par lequel passent 12 % du commerce maritime et 30 % du pétrole brut mondial. Plus de 130 navires marchands ont été attaqués au large de la Somalie, une hausse de plus de 200 % par rapport à 2007, selon le Bureau Maritime International (BMI).

Le danger de la situation prouve que la lutte contre la piraterie exige une approche internationale et intergouvernementale du problème. Le défi est non seulement militaire mais aussi diplomatique et juridique. Pour mettre fin au vide juridique entourant la piraterie, l’Union européenne comme les Etats-Unis ont passé des accords avec Nairobi facilitant le transfert au Kenya de Somaliens suspectés de piraterie, pour qu’ils y soient jugés. Mais la racine du problème réside dans l’instabilité politique en Somalie qui permet à la piraterie de prospérer.

Hicham Mourad

 




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