La
stratégie d’Israël
Le
nombre de Palestiniens privés de leur statut de
résidents à Jérusalem a atteint l’an dernier le chiffre
record de 4 577. C’est ce qu’a annoncé le centre Hamoked
pour la défense de l’individu, une ONG israélienne, sur
la foi de statistiques obtenues du ministère de
l’Intérieur grâce à la législation sur la liberté
d’informations. Le phénomène a, selon l’organisation,
atteint des « proportions effrayantes », précisant que
le chiffre pour 2008 représentait plus de la moitié du
total des permis de résidence révoqués depuis plus de 40
ans. Selon les statistiques du ministère israélien de
l’Intérieur, et qui portent sur la période courant de
1967 à 2008 – à l’exception de l’année 2002 –, un total
de 8 269 Palestiniens se sont vu retirer leur statut de
résidents à Jérusalem. Aucun chiffre n’est disponible
pour l’année en cours.
La
politique suivie par Israël depuis la conquête de la
partie orientale de Jérusalem, lors du conflit
israélo-arabe de 1967, est dénoncée avec constance par
les Etats-Unis, l’Union européenne et les Nations-Unies.
Cette politique consiste notamment à démolir les
habitations bâties sans permis de construire israéliens,
à évincer les Palestiniens des logements dont ils ne
peuvent pas prouver qu’ils sont propriétaires et à
développer les logements pour les juifs à Jérusalem-Est.
L’objectif est de chasser le maximum de résidents
palestiniens de la ville et de réduire leur présence à
sa périphérie afin de ruiner leur espoir de voir
Jérusalem-Est devenir la capitale d’une future Palestine
indépendante. La campagne 2008 du ministère de
l’Intérieur s’inscrit dans le cadre plus général d’une
politique dont le but est de limiter la population
palestinienne et de maintenir une majorité juive à
Jérusalem, alors que son avenir est censé être déterminé
par des négociations. A l’heure actuelle, 250 000 Arabes
vivent encore à Jérusalem-Est et dans sa banlieue contre
200 000 juifs. Le premier ministre Benyamin Netanyahu a
exclu explicitement que la ville, proclamée « capitale
éternelle et indivisible d’Israël », soit une nouvelle
fois divisée, voire seulement partagée, dans le cadre
d’un futur accord de paix. Aux yeux de l’Onu comme des
puissances occidentales, le futur statut de la ville
fait partie intégrante des questions centrales qui
doivent être réglées dans le cadre du processus de paix,
actuellement en panne et peu susceptible de reprendre
dans un avenir immédiat.
Selon un document interne à l’Union européenne, l’Etat
d’Israël pousse les activistes nationalistes juifs à
mettre en œuvre son « objectif stratégique » de
basculement démographique à Jérusalem et dénie aux
Palestiniens les permis de construire qu’ils
sollicitent. En même temps, selon ce même document, la
municipalité de Jérusalem ne consacre que 10 % de son
budget à ses 35 % d’administrés arabes, qui ne
bénéficient pas des mêmes prestations que les habitants
juifs, notamment dans les domaines de la santé et de
l’éducation.