Tel-Aviv prépare
une nouvelle guerre
contre le
Liban
Richard Labévière
Après
avoir
écarté l’éventualité d’un
bombardement de sites
nucléaires
iranien, l’état-major
israélien
privilégie des opérations
« régionalisées ».
Contrairement aux
bombardements de
l’été 2006,
l’option terrestre
est
maintenant privilégiée.
Celle-ci
requiert l’engagement de
quelque 120 000
fantassins, un grand
déploiement
d’artilleries et un millier
de blindés. Les
réservistes
israéliens vivant en France et
dans d’autres pays
méditerranéens
ont été,
d’ores et déjà,
mis en
alerte. Ultrasecret,
leur
calendrier de retour en
Israël
s’étale du début
novembre à
la fin décembre.
Dernièrement, les forces
spéciales
israéliennes, qui avaient
échoué à
s’implanter
dans le Sud-Liban en
août 2006,
ont été
réorganisées et
sont
engagées dans des
programmes
d’entraînement intensifs
dans le
secteur des fermes de
Chebaa.
L’axe
de pénétration de la première
vague d’assaut
emprunterait la
Bekaa-Est, le long de la
frontière
syrienne avant de se
scinder en
deux fronts nord-est et
sud-ouest.
Cette opération
ne vise pas
une réoccupation durable
du
Liban-Sud, mais
voudrait «
casser le réarmement
du Hezbollah et
l’empêcher de
déployer, à
nouveau, des moyens
militaires au
sud du
Litani », a
expliqué le chef d’état-major
israélien, Gabi Ashkenazi, à
son homologue français, le
général Jean-Louis
Georgelin, le 4
octobre dernier
à Paris.
Quelques
heures
auparavant, Ashkenazi s’était
entretenu avec le chef des
armées
américaines, l’amiral
Mullen, en villégiature en
Normandie. Il a,
bien sûr,
été question
du prochain
exercice de
défense israélo-américain
« Junifer Cobra »,
prévu à
la fin octobre.
Ces
manœuvres antimissiles doivent
permettre de tester les
systèmes antimissiles
Hetz (Arrow),
Thaad (haute altitude), PAC-3 et
le dispositif AEGIS,
impliquant la marine et
l’aéronavale.
D’autres
manœuvres « Junifer Cobra
» de même type
ont déjà eu
lieu ces
cinq dernières
années,
mais cette nouvelle
édition
devrait engager — pour la première
fois — des missiles
intercepteurs et un nouveau
système radar.
L’escapade
française
d’Ashkenazi, qui a duré
moins de
douze heures, a
largement
été commentée
dans la
presse israélienne après
avoir «
fuité » par un porte-parole
de l’armée.
Israël a voulu faire
savoir qu’il
abandonne
temporairement l’option
d’un raid aérien
sur des
objectifs nucléaires
iraniens. A son
retour, Ashkenazi a
répété à
la radio militaire
que « la
meilleure façon de
lutter
contre le nucléaire
iranien
consiste à imposer des
sanctions », ajoutant
que, si
elles
échouent, « Israël aura
parfaitement le
droit de se
défendre avec tous les
moyens
nécessaires ».
Une
nouvelle guerre contre le
Liban
s’inscrit, dès
maintenant,
dans cette
rhétorique des «
moyens
nécessaires » qui comprennent
aussi la
répétition toujours
possible de l’opération «
Plomb durci
» contre Gaza en
janvier 2009.
Toutefois,
cette dernière
hypothèse
ne présente
ni un
caractère d’urgence
politique,
ni la garantie de
pouvoir changer la
donne
stratégique régionale.
Par contre,
une nouvelle guerre contre
le Liban
aurait la préférence
du cabinet
israélien pour trois
raisons. Premièrement :
l’armée
israélienne veut
sa revanche
sur le Hezbollah après le fiasco
de sa guerre
ratée de
l’été 2006. Deuxièmement,
Tel-Aviv essaiera de la
vendre à
ses alliés
comme une
nouvelle opération de police
régionale susceptible de
renforcer la
stabilité
du Liban.
Troisièmement, et
là réside
sa dimension
essentielle : en
s’en
prenant de nouveau au Hezbollah, Tel-Aviv
envoie un signal
à Téhéran
et Damas qui
soutiennent
l’organisation politico-militaire
libanaise.
Cette
planification
militaire correspond
à une
période «
intermédiaire », commentent
plusieurs sources
du
Département d’Etat
alors que
des pourparlers secrets se
dérouleraient
entre
Israéliens et Palestiniens
afin de
préparer un « Oslo II ». Cette
négociation de « haut
niveau » se
déroulerait depuis
septembre dernier
sur le
territoire des Etats-Unis.
Elle constituerait la raison
principale pour
laquelle le
président palestinien,
Mahmoud
Abbass, a accepté —
à la
demande des Etats-Unis —
le report en mars du vote
d’une
résolution du
Conseil des
droits de l’homme des
Nations-Unies
sur le rapport
du juge
sud-africain Richard Goldstone
accusant
Israël de « crimes de guerre »
durant son offensive contre
Gaza durant
l’hiver 2008/2009.
Dans
ce contexte,
plusieurs sources
du
Département d’Etat
américain
estiment qu’une nouvelle
guerre israélienne «
défensive »
contre le
Liban pourrait
favoriser le
lancement d’« Oslo II », la
grande initiative
attendue de
l’administration Obama.
Doublement
confronté à un
redéploiement
difficile de
ses troupes en Iraq et
à un choix
stratégique capital
d’augmentation
ou de stagnation de
ses
effectifs et matériels en
Afghanistan, le gouvernement
du nouveau prix Nobel de la
paix a
impérativement besoin
d’une
relance de quelques
négociations
israélo-palestiniennes.
Même
si l’on
sait que
le gouvernement Netanyahu
s’est
clairement prononcé
contre un
Etat palestinien et pour
une continuation sine die de la
colonisation,
même si
l’on sait
que le
Sénat américain
n’est pas prêt
à forcer
l’Etat hébreu
à faire des concessions
significatives
à la partie
palestinienne, la
grande
presse internationale
pourra
enfin reparler d’un «
processus de
paix ».
Refaire de la communication à
partir d’un
tel processus,
même si
celui-ci
s’abîme de nouveau dans
le simulacre,
constitue
désormais la priorité de
Washington et de Tel-Aviv. Une
fois encore, le
Liban
risque de servir de champ
d’expérimentation
à un marché
de dupes.