Folklore.
Sous le nom de Caractères de l’Egypte, sept tribus bédouines
ont exposé leurs différentes traditions, danses, musiques et
chants folkloriques, gastronomies et sports dans un festival
de culture et de beauté à Marsa Alam, sur la mer rouge.
Reportage.
La
danse des sept tribus
Des
tentes garnissant le beau désert à longueur de vue. Le
silence propre au recueillement est rompu par la présence
d’un monde exceptionnel. De la musique et des chants fusent
de partout dans une atmosphère splendide et féerique. Des
visages d’une Egypte peu connue, celle des tribus Bécharia,
Ababda, du Sud et du Nord-Sinaï, de Farafra ou de Siwa
et des Nubiens participent à des courses de chameaux,
pratiquent le saut en hauteur ou les jeux de la marelle,
cuisinent leurs spécialités ou exposent leurs produits
locaux. Il est difficile parfois de déchiffrer leur langue
mais ça ne les a pas empêchés de se rassembler dans une
scène sacrée et exceptionnelle, la prière du vendredi.
Au fin
fond du désert de la réserve naturelle de Wadi al-gémal, à
45 km au sud de Marsa Alam, s’est tenu le festival des
Caractères de l’Egypte.
Un
festival rassemblant sept tribus bédouines représentant
différentes régions, organisé par le centre Wadi des
sciences de l’environnement (Wesc) et la Société pionnière
du désert égyptien (EDPS), sous les auspices du ministère du
Tourisme. Différence de culture, de danse ou de dialecte,
même s’ils sont tous égyptiens. Là, toutes couleurs et
langues se mêlent. Des touristes et des Egyptiens venant des
quatre coins du pays sont là pour participer et jouir de cet
événement exceptionnel au cœur d’une nature vierge et
impressionnante. Amateurs de nature ou des différentes
cultures, tous essayent de se précipiter pour ne rien rater
de ce rassemblement de connaissance, de divertissement et
aussi de business. Pour se déplacer, il faut choisir entre
chameaux ou charrettes à chameau.
Et sans
avoir besoin de voyager au Sinaï, ou faire de longs
kilomètres pour visiter Siwa ou Farafra au désert blanc,
tous sont là prêts à présenter différents aspects de leurs
modes de vie aux visiteurs.
Entre
ceux qui résident dans des milieux sauvages et d’autres peu
modérés, ils révèlent quelques secrets de leur vie
quotidienne et différence de caractères et de coutumes au
long de trois jours.
Dans un
des coins du large désert, les Bécharias et Ababdas
accueillent les visiteurs avec beaucoup de convivialité et
leur servent al-gabana (café préparé à la bédouine), tout
près de leurs chameaux.
Ali
Hussein, une des figures du festival, connu sous le
nom de Roméo des bédouins, ne cesse de faire la cour aux
femmes en récitant des vers de poésie de sa création,
décrivant leur beauté et coquetterie. Les Bécharias et
Ababdas ne cachent pas leur joie d’avoir la chance de
contacter tous ces gens, de leur faire apprendre qu’ils
existent déjà et qu’ils ont des traditions propres à eux.
Vivants dans le désert de Marsa Alam, ou dans le sud de
Baranis ou Chalatine, il est difficile pour eux d’avoir des
contacts permanents avec les gens des villes, sauf ceux qui
travaillent dans le tourisme. Sélim confie qu’il écoutait
parler des bédouins du Sinaï, mais il ne les a jamais
rencontrés. « Ici, j’ai eu la chance de les rencontrer et de
témoigner leurs compétences dans les concours des chameaux.
Ils ont des chameaux très compétents et rapides. La
différence entre les siens et les nôtres est d’un kilomètre.
Je suis aussi impressionné par la capacité de ceux de
Farafra de danser sur des bâtons en bois, même en utilisant
un seul pied », dit Sélim qui s’est précipité pour joindre
ses conjoints dans une danse traditionnelle avec l’épée.
Primitifs et parfois sauvages comme leur milieu de vie, les
Bacharias et Ababdas refusent toujours que leurs femmes
participent au festival avec leur danse folklorique mais
comme le dit Mohamed Hussein, chef des Ababdas et membre du
Conseil local du gouvernorat de la mer Rouge : « Ce n’est
qu’une question de temps. Les jeunes ont commencé à chercher
à s’éduquer et à fréquenter les villes, ce qui changerait de
plus en plus de leurs fermes convictions ».
A chacun
ses mœurs
Contrairement aux Bécharias, les Nubiens sont toujours fiers
de la participation des femmes dans leur vie quotidienne et
n’hésitent pas à le dévoiler. Sur une estrade formée des
pieds des montagnes, les Nubiens, hommes et femmes, viennent
présenter une scène de henné et noces nubiennes. Avec leurs
djellabas et leur henné nubiens, la troupe chante et danse
du folklore très spécifique en utilisant les tambours et
leur tamboura (instrument musical à 5 cordes). Des chansons
et des youyous qui créent une ambiance euphorique au cœur du
désert et la foule s’extasie. Des filles et garçons montent
sur la scène pour participer à ce joli tableau de danse
nubienne tandis que d’autres tendent leurs mains aux
Nubiennes pour les teinter, mettre du henné. Awad Baraka,
grande figure nubienne qui monte des projets de tourisme à
Assouan, explique que l’idée de créer un tel festival est
originale : « Ce qu’a fait Walid Ramadan, fondateur du
festival, est important. C’est une opportunité pour que les
bédouins se connaissent parce qu’ils sont tous des Egyptiens
».
Se
connaître, ça paye
« C’est
aussi un moyen pour faire connaître notre business aux gens
et échanger des voyages de safari entre le Sinaï, la Nubie
et aussi Siwa », explique Awad.
Se
connaître, échanger les problèmes, les traditions mais aussi
le business est le gain essentiel de ce rassemblement, comme
l’assure Salem Missalam, membre du conseil local de la ville
de Charm Al-Cheikh et propriétaire d’un bureau qui organise
des voyages de safaris dans le désert. « C’est aussi un
moyen important pour préserver notre culture et tradition
bédouines, puisque les jeunes générations sont de plus en
plus loin de leur culture. Connaître l’autre est aussi un
acquis, j’ai beaucoup admiré les danses et les traditions
nubiennes et leur gastronomie, surtout Al-Wika (cornes
grecques cuisinées d’une manière spéciale) », dit Salem.
Entre les Nubiens, les Sinawis et les bédouins de Siwa,
chaque cuisine a une spécialité et un goût différent. Dans
le camp de Siwa, un bouc est égorgé pour préparer
Abou-Mardam, repas très connu à Siwa.
Recettes
originales
Mohamad,
qui semble être le chef, prépare un mixage entre l’oignon,
le jus de tomate, le poivre, la coriandre et le cumin pour
farcir le bouc, qui sera mis sur le charbon déjà brûlé pour
une heure, sous le sable. « Mais pendant une heure et demie,
le bouc est cuit à travers la chaleur du charbon au fond
d’un baril sous le sable et vous allez goûter une viande des
plus délicieuses », explique un des visages de Siwa tout en
mettant le foie, le cœur et le pancréas dans un mélange
d’huile et de sel pour quelques minutes pour le manger en
attendant la cuisson du bouc.
Des mets
délicieux, des moments de danse et d’extase mais aussi des
réunions de conseil orfi entre tribus. Pour plonger dans les
traditions, il fallait assister au rassemblement des tribus
pour échanger leurs lois orfi (droit coutumier).
Dans un
des camps, tous les représentants des tribus sont là prêts
pour répondre aux questions concernant les problèmes qui
surgissent dans leurs quotidiens et les manières avec
lesquelles ils réagissent.
Les
codes de loi coutumiers
Les
visages bédouins parlent des jugements promulgués par leurs
cheikhs dans les cas des meurtres et des vols. Entre les
diya (somme d’argent ou chameaux versés à la famille du
victime s’il l’accepte) et l’expulsion du voleur. Cela
diffère d’une tribu à l’autre.
Les
Ababdas expliquent qu’au cas de meurtre, il y aurait un
accord prescrit qu’aucune personne des deux familles
n’agresse pas l’autre. La famille du meurtrier doit être
déplacée à un autre endroit pour un mois avant le
commencement des négociations de la diya. Au Sinaï, ce délai
de séparation peut atteindre un an avant d’intervenir pour
imposer la punition.
Mohamad,
de Farafra, intervient pour dire qu’il est étonné de ce
qu’il écoute. « Nous sommes une société très paisible, nous
n’avons pas témoigné d’un seul crime de meurtre
jusqu’aujourd’hui », dit le bédouin en suscitant la surprise
de la foule. Quand il s’agit des crimes d’attouchement
sexuel ou de viol, la salle s’est agitée. Pour tous,
l’honneur de la femme est intouchable et impardonnable. Au
Sinaï, le violeur peut verser une diya de 40 chameaux dont
l’un coûte plus de 4 000 L.E. et comme le dit le cheikh
Khalil. « Si un membre de la famille de la fille le tue, sa
famille n’aura pas de diya », dit-il.
A Siwa,
le violeur subit 80 coups de fouet devant les hommes des
deux familles, sa famille et celle de la fille violée. Il
serait mis à l’écart par la tribu. « Personne ne lui permet
d’épouser sa fille », dit le cheikh Omrane. Or, le cheikh
des Farafra intervient pour la deuxième fois pour dire
qu’ils n’ont pas témoigné d’un seul cas de viol mais si ça
se fait, le violeur sera emmené à la police.
Des
colloques de conseil orfi aux séances de poésie, chaque
tribu a ses poètes. Dahab de Nouba récite une poésie qu’il a
écrite en route vers Wadi al-gémal parlant de la beauté de
l’endroit. Ali, des Bécharias, récite toujours des poèmes
d’amour qui exigent, comme le commentent quelques bédouins,
de la censure. Réda, d’Al-Farafra, conclut son poème en
disant que c’est un voyage qu’il n’oubliera jamais.
Trois
jours sont passés, mais l’aventure de se plonger au cœur des
traditions n’est pas terminée. Les bédouins quittent le
festival pour retourner chez eux avec l’intention de faire
plus de connaissance de l’autre et de venir l’année
prochaine avec plus d’activités et surtout de spécialités
propres à eux.
Doaa
Khalifa