Al-Ahram Hebdo,Nulle part ailleurs |La danse des sept tribus
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 4 au 10 novembre 2009, numéro 791

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Nulle part ailleurs

Folklore. Sous le nom de Caractères de l’Egypte, sept tribus bédouines ont exposé leurs différentes traditions, danses, musiques et chants folkloriques, gastronomies et sports dans un festival de culture et de beauté à Marsa Alam, sur la mer rouge. Reportage.

La danse des sept tribus

Des tentes garnissant le beau désert à longueur de vue. Le silence propre au recueillement est rompu par la présence d’un monde exceptionnel. De la musique et des chants fusent de partout dans une atmosphère splendide et féerique. Des visages d’une Egypte peu connue, celle des tribus Bécharia, Ababda, du  Sud et du Nord-Sinaï, de Farafra ou de Siwa et des Nubiens participent à des courses de chameaux, pratiquent le saut en hauteur ou les jeux de la marelle, cuisinent leurs spécialités ou exposent leurs produits locaux. Il est difficile parfois de déchiffrer leur langue mais ça ne les a pas empêchés de se rassembler dans une scène sacrée et exceptionnelle, la prière du vendredi.

Au fin fond du désert de la réserve naturelle de Wadi al-gémal, à 45 km au sud de Marsa Alam, s’est tenu le festival des Caractères de l’Egypte.

Un festival rassemblant sept tribus bédouines représentant différentes régions, organisé par le centre Wadi des sciences de l’environnement (Wesc) et la Société pionnière du désert égyptien (EDPS), sous les auspices du ministère du Tourisme. Différence de culture, de danse ou de dialecte, même s’ils sont tous égyptiens. Là, toutes couleurs et langues se mêlent. Des touristes et des Egyptiens venant des quatre coins du pays sont là pour participer et jouir de cet événement exceptionnel au cœur d’une nature vierge et impressionnante. Amateurs de nature ou des différentes cultures, tous essayent de se précipiter pour ne rien rater de ce rassemblement de connaissance, de divertissement et aussi de business. Pour se déplacer, il faut choisir entre chameaux ou charrettes à chameau.

Et sans avoir besoin de voyager au Sinaï, ou faire de longs kilomètres pour visiter Siwa ou Farafra au désert blanc, tous sont là prêts à présenter différents aspects de leurs modes de vie aux visiteurs.

Entre ceux qui résident dans des milieux sauvages et d’autres peu modérés, ils révèlent quelques secrets de leur vie quotidienne et différence de caractères et de coutumes au long de trois jours.

Dans un des coins du large désert, les Bécharias et Ababdas accueillent les visiteurs avec beaucoup de convivialité et leur servent al-gabana (café préparé à la bédouine), tout près de leurs chameaux.

Ali Hussein, une des figures du festival, connu  sous le nom de Roméo des bédouins, ne cesse de faire la cour aux femmes en récitant des vers de poésie de sa création, décrivant leur beauté et coquetterie. Les Bécharias et Ababdas ne cachent pas leur joie d’avoir la chance de contacter tous ces gens, de leur faire apprendre qu’ils existent déjà et qu’ils ont des traditions propres à eux. Vivants dans le désert de Marsa Alam, ou dans le sud de Baranis ou Chalatine, il est difficile pour eux d’avoir des contacts permanents avec les gens des villes, sauf ceux qui travaillent dans le tourisme. Sélim confie qu’il écoutait parler des bédouins du Sinaï, mais il ne les a jamais rencontrés. « Ici, j’ai eu la chance de les rencontrer et de témoigner leurs compétences dans les concours des chameaux. Ils ont des chameaux très compétents et rapides. La différence entre les siens et les nôtres est d’un kilomètre. Je suis aussi impressionné par la capacité de ceux de Farafra de danser sur des bâtons en bois, même en utilisant un seul pied », dit Sélim qui s’est précipité pour joindre ses conjoints dans une danse traditionnelle avec l’épée.

Primitifs et parfois sauvages comme leur milieu de vie, les Bacharias et Ababdas refusent toujours que leurs femmes participent au festival avec leur danse folklorique mais comme le dit Mohamed Hussein, chef des Ababdas et membre du Conseil local du gouvernorat de la mer Rouge : « Ce n’est qu’une question de temps. Les jeunes ont commencé à chercher à s’éduquer et à fréquenter les villes, ce qui changerait de plus en plus de leurs fermes convictions ».

A chacun ses mœurs

Contrairement aux Bécharias, les Nubiens sont toujours fiers de la participation des femmes dans leur vie quotidienne et n’hésitent pas à le dévoiler. Sur une estrade formée des pieds des montagnes, les Nubiens, hommes et femmes, viennent présenter une scène de henné et noces nubiennes. Avec leurs djellabas et leur henné nubiens, la troupe chante et danse du folklore très spécifique en utilisant les tambours et leur tamboura (instrument musical à 5 cordes). Des chansons et des youyous qui créent une ambiance euphorique au cœur du désert et la foule s’extasie. Des filles et garçons montent sur la scène pour participer à ce joli tableau de danse nubienne tandis que d’autres tendent leurs mains aux Nubiennes pour les teinter, mettre du henné. Awad Baraka, grande figure nubienne qui monte des projets de tourisme à Assouan, explique que l’idée de créer un tel festival est originale : « Ce qu’a fait Walid Ramadan, fondateur du festival, est important. C’est une opportunité pour que les bédouins se connaissent parce qu’ils sont tous des Egyptiens ».

Se connaître, ça paye

« C’est aussi un moyen pour faire connaître notre business aux gens et échanger des voyages de safari entre le Sinaï, la Nubie et aussi Siwa », explique Awad.

Se connaître, échanger les problèmes, les traditions mais aussi le business est le gain essentiel de ce rassemblement, comme l’assure Salem Missalam, membre du conseil local de la ville de Charm Al-Cheikh et propriétaire d’un bureau qui organise des voyages de safaris dans le désert. « C’est aussi un moyen important pour préserver notre culture et tradition bédouines, puisque les jeunes générations sont de plus en plus loin de leur culture. Connaître l’autre est aussi un acquis, j’ai beaucoup admiré les danses et les traditions nubiennes et leur gastronomie, surtout Al-Wika (cornes grecques cuisinées d’une manière spéciale) », dit Salem. Entre les Nubiens, les Sinawis et les bédouins de Siwa, chaque cuisine a une spécialité et un goût différent. Dans le camp de Siwa, un bouc est égorgé pour préparer Abou-Mardam, repas très connu à Siwa.

Recettes originales

Mohamad, qui semble être le chef, prépare un mixage entre l’oignon, le jus de tomate, le poivre, la coriandre et le cumin pour farcir le bouc, qui sera mis sur le charbon déjà brûlé pour une heure, sous le sable. « Mais pendant une heure et demie, le bouc est cuit à travers la chaleur du charbon au fond d’un baril sous le sable et vous allez goûter une viande des plus délicieuses », explique un des visages de Siwa tout en mettant le foie, le cœur et le pancréas dans un mélange d’huile et de sel pour quelques minutes pour le manger en attendant la cuisson du bouc.

Des mets délicieux, des moments de danse et d’extase mais aussi des réunions de conseil orfi entre tribus. Pour plonger dans les traditions, il fallait assister au rassemblement des tribus pour échanger leurs lois orfi (droit coutumier).

Dans un des camps, tous les représentants des tribus sont là prêts pour répondre aux questions concernant les problèmes qui surgissent dans leurs quotidiens et les manières avec lesquelles ils réagissent.

Les codes de loi coutumiers

Les visages bédouins parlent des jugements promulgués par leurs cheikhs dans les cas des meurtres et des vols. Entre les diya (somme d’argent ou chameaux versés à la famille du victime s’il l’accepte) et l’expulsion du voleur. Cela diffère d’une tribu à l’autre.

Les Ababdas expliquent qu’au cas de meurtre, il y aurait un accord prescrit qu’aucune personne des deux familles n’agresse pas l’autre. La famille du meurtrier doit être déplacée à un autre endroit pour un mois avant le commencement des négociations de la diya. Au Sinaï, ce délai de séparation peut atteindre un an avant d’intervenir pour imposer la punition.

Mohamad, de Farafra, intervient pour dire qu’il est étonné de ce qu’il écoute. « Nous sommes une société très paisible, nous n’avons pas témoigné d’un seul crime de meurtre jusqu’aujourd’hui », dit le bédouin en suscitant la surprise de la foule. Quand il s’agit des crimes d’attouchement sexuel ou de viol, la salle s’est agitée. Pour tous, l’honneur de la femme est intouchable et impardonnable. Au Sinaï, le violeur peut verser une diya de 40 chameaux dont l’un coûte plus de 4 000 L.E. et comme le dit le cheikh Khalil. « Si un membre de la famille de la fille le tue, sa famille n’aura pas de diya », dit-il.

A Siwa, le violeur subit 80 coups de fouet devant les hommes des deux familles, sa famille et celle de la fille violée. Il serait mis à l’écart par la tribu. « Personne ne lui permet d’épouser sa fille », dit le cheikh Omrane. Or, le cheikh des Farafra intervient pour la deuxième fois pour dire qu’ils n’ont pas témoigné d’un seul cas de viol mais si ça se fait, le violeur sera emmené à la police.

Des colloques de conseil orfi aux séances de poésie, chaque tribu a ses poètes. Dahab de Nouba récite une poésie qu’il a écrite en route vers Wadi al-gémal parlant de la beauté de l’endroit. Ali, des Bécharias, récite toujours des poèmes d’amour qui exigent, comme le commentent quelques bédouins, de la censure. Réda, d’Al-Farafra, conclut son poème en disant que c’est un voyage qu’il n’oubliera jamais.

Trois jours sont passés, mais l’aventure de se plonger au cœur des traditions n’est pas terminée. Les bédouins quittent le festival pour retourner chez eux avec l’intention de faire plus de connaissance de l’autre et de venir l’année prochaine avec plus d’activités et surtout de spécialités propres à eux.

Doaa Khalifa

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah -Thérèse Joseph
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.