Al-Ahram Hebdo,Monde Arabe | Le bras de fer est engagé
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 Semaine du 4 au 10 novembre 2009, numéro 791

 

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Soudan. Les autorités ont commencé l’enregistrement des électeurs pour les élections générales d’avril 2011, que plusieurs partis d’opposition menacent de boycotter.

Le bras de fer est engagé

Sans se bousculer au portillon, les Soudanais ont commencé dimanche à s’inscrire sur les listes électorales en vue des élections d’avril 2010, premier scrutin multipartite en près d’un quart de siècle dans le plus grand pays d’Afrique. « Je suis une citoyenne soudanaise et je veux exercer mon droit de vote », explique Mushaïd Youssif, une jeune mère venue s’enregistrer dans le quartier populaire d’Ad-Dim, à Khartoum, où des électeurs s’inscrivaient au compte-gouttes. Le début de l’enregistrement défrayait la chronique dimanche dans la plupart des quotidiens de la capitale, mais dans les rues, les affiches expliquant aux électeurs où, quand et comment s’inscrire étaient rares. A Juba, capitale majoritairement chrétienne du Sud-Soudan semi-autonome, un concert et une grande marche ont lancé samedi le processus d’enregistrement.

Les électeurs soudanais ont un mois pour s’inscrire sur les listes électorales dans des bureaux fixes et mobiles qui se rendront dans des villages isolés. « La commission électorale aura peut-être des difficultés à envoyer le matériel dans des régions reculées », a cependant souligné un responsable onusien sous le couvert de l’anonymat. Le Soudan compte 39 millions d’habitants, soit environ 19 à 20 millions d’électeurs potentiels, selon les autorités. « Ce sera un défi d’inscrire 20 millions d’électeurs en un mois », explique Aly Verjee du centre Carter, organisme américain qui observe le processus électoral à travers le Soudan.

L’accord de paix ayant mis fin en 2005 à deux décennies d’une guerre civile entre le Nord et le Sud du pays, à l’origine de deux millions de morts et de quatre millions de déplacés, prévoyait la tenue d’élections — législatives, présidentielles et régionales — en juillet 2009, mais le scrutin a été repoussé, à deux reprises, à avril prochain. Il doit s’agir des premières élections multipartites depuis 1986 au Soudan, géant africain dirigé depuis 1989 par le président Omar Al-Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale (CPI), et des cinquièmes depuis l’indépendance du pays en 1956.

Le nombre d’électeurs inscrits est historiquement bas au Soudan. Selon les données colligées par l’institut de recherche Rift Valley, quelque 26 % de la population — donc un peu plus de 50 % des électeurs potentiels — étaient inscrits aux élections de 1986, le plus fort taux de l’histoire du pays. « Nous espérons cette fois obtenir un taux de 70 % », dit Al-Hadi Mohammed Ahmed, responsable de l’enregistrement à la Commission soudanaise des élections.

L’enregistrement des électeurs se fera dans un climat tendu dans certaines régions du Sud-Soudan, théâtre de combats tribaux meurtriers depuis le début de l’année, et au Darfour (ouest), en proie à une guerre civile complexe et à une insécurité chronique. « Au Darfour, il y a une combinaison de difficultés à la fois logistiques et tenant à la sécurité », remarque M. Verjee du centre Carter. Quelque 2,7 millions de personnes déplacées par le conflit au Darfour vivent dans des camps. Ces déplacés ont aussi le droit de vote. L’Onu doit déployer environ 200 observateurs internationaux pour surveiller le processus d’enregistrement qui, lors des élections passées, avait fait l’objet de contestations.

Outre les difficultés techniques, plusieurs grands partis soudanais menacent de boycotter le scrutin d’avril si le président Omar Al-Béchir n’engageait pas une série de réformes politiques et ne mettait pas fin au conflit au Darfour. Ainsi une vingtaine de partis avaient demandé le 30 septembre « l’amendement de toutes les lois liées aux libertés et à la transformation démocratique » du Soudan conformément à la constitution intérimaire, signée en 2005, dans la foulée d’un accord de paix global, par le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, ex-rebelles sudistes faisant aujourd’hui partie d’un gouvernement d’union nationale) et le Parti du congrès national (NCP du président Al-Béchir), après 21 ans d’une guerre civile Nord-Sud.

Or cette constitution entre en contradiction, selon ces partis, avec des lois toujours en vigueur concernant notamment le respect des libertés individuelles et le pouvoir des services de renseignement. « L’amendement de ces lois doit se faire d’ici le 30 novembre et constitue une condition à la participation de tous les partis politiques » aux élections générales, avait réclamé la « déclaration de Juba pour le dialogue et le consensus national », qui exige aussi un accord sur les résultats contestés du recensement — qui sert à établir les circonscriptions électorales — comme condition de participation aux élections. La déclaration de Juba avait été signée notamment par le SPLM, l’ancien premier ministre Sadeq Al-Mahdi, chef du parti Umma, et l’opposant islamiste Hassan Al-Tourabi, ancienne éminence grise du régime d’Al-Béchir.

Plaidoyer en faveur de la sécession

Les divergences entre le parti au pouvoir et ceux de l’opposition, notamment celui du SPLM, qui fait pourtant partie du gouvernement, risquent de s’aggraver à l’approche de l’échéance d’avril, non seulement autour des réformes politiques à mettre en application avant le scrutin et des conditions du déroulement de ce dernier, mais aussi concernant le sort du Sud-Soudan. A la veille du début de l’enregistrement des électeurs pour les élections d’avril, le président du Sud-Soudan, Salva Kiir, a livré samedi un plaidoyer en faveur de la sécession du sud du pays lors du référendum de 2011, affirmant que le maintien de l’unité du pays allait faire des sudistes des citoyens de « second rang ». « Lorsque vous serez devant l’urne, le choix sera le vôtre. Vous voulez voter pour l’unité et devenir un citoyen de second rang dans votre propre pays. Cela est votre choix. (Ou bien) Si vous voulez voter pour l’indépendance, vous deviendrez alors une personne libre dans un pays indépendant », a déclaré M. Kiir, qui est aussi le vice-président du gouvernement d’union nationale regroupant les anciens ennemis du Nord et du Sud lors d’un discours à Juba.

Le NCP a immédiatement réagi aux déclarations de M. Kiir, estimant qu’elles étaient « contraires » à l’accord de paix. « Ma compréhension est que ces propos sont contraires à l’Accord de paix global (CPA) selon lequel la priorité doit être donnée à l’unité » du Soudan, a déclaré dimanche dans un communiqué un responsable du NCP, Mandour Al-Mahdi. L’accord de paix de 2005 a mis fin à plus de deux décennies de guerre civile entre le nord et le sud du Soudan. Il a permis la formation d’un gouvernement d’union nationale entre le NCP et le SPLM et prévoit la tenue d’un référendum en janvier 2011 sur l’indépendance du Sud-Soudan. Jusqu’à la campagne référendaire, les deux partis se sont engagés à rendre l’unité du Soudan « attractive ».

Soutenu par les partis de la « déclaration de Juba », le SPLM défend aussi l’idée d’une majorité simple (50 % + un vote) comme seuil pour déclarer l’indépendance du Sud-Soudan lors du référendum de 2011 sur cette épineuse question, contrairement au minimum de 75 % prôné actuellement par la formation du président Béchir.

Hicham Mourad

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