Al-Ahram Hebdo, Idées | Beyrouth en fête
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 novembre 2009, numéro 791

 

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Idées

Salon du Livre Francophone de Beyrouth. En présence de 100 auteurs et d’un public qui atteint les 100 000, la 16e édition fête la francophonie sous toutes ses formes : rencontres, performances, poésie, prix littéraires et splendeur méditerranéenne. Visite guidée.

Beyrouth en fête

Jamais la capitale libanaise Beyrouth n’a connu une telle affluence, un tel engouement de la part d’un public jeune et adulte, toutes générations confondues, pour un événement littéraire et culturel d’une telle envergure. Une invitation adressée non seulement au public libanais, mais aussi à tous les francophones venus de la France, dont la région Ile-de-France est l’invitée d’honneur du salon, de la Belgique, plus précisément la région Wallonie-Bruxelles représentée par la WBI ou Wallonie-Bruxelles International qui présente une importante exposition consacrée aux Schtroumpfs, et plus de cent auteurs dignes représentants de la francophonie venus du monde arabe, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, entre autres. Dédicaces, expositions, conférences, cafés littéraires, salons de lecture et autres performances ont été offerts à l’adresse d’un public, heureusement encore, avide de connaissances et de culture dans la langue de Molière. Pour cela, il fallait un grand espace pouvant accueillir de tels événements. Là aussi, le Beirut International Exhibition & Leisure (BIEL) est venu remplir toutes les conditions requises. D’autant plus qu’il est situé en plein cœur de la capitale, jouxtant le port de Beyrouth.

Et si l’on cherche à donner un beau titre à l’année 2009 au Liban, l’on peut dire qu’elle a été une grande fête … sur le plan culture bien sûr. Et à trois niveaux. Tout d’abord, quand elle a été choisie par l’Unesco et jusqu’en 2010 capitale mondiale du livre, ensuite, quand elle a été l’hôte des VIe Jeux de la francophonie qui se sont déroulés en septembre dernier sur le territoire libanais, et enfin et non pas la fin, il va de soi que la capitale mondiale du livre a accueilli, du 23 octobre au 1er novembre la 16e édition du Salon du livre francophone. Cette passerelle entre les auteurs, les lecteurs et les professionnels du livre au Moyen-Orient et du reste de l’espace francophone.

Après Anvers (Belgique) en 2004, Montréal (Canada) en 2005, Turin (Italie) en 2006, Bogota (Colombie) en 2007 et Amsterdam (Pays-Bas) en 2008, c’est le tour de Beyrouth de devenir, en 2009, la capitale mondiale du livre. Ce qui d’ailleurs lui va à merveille. Preuve en est le témoignage poignant du nouvel ambassadeur de France au Liban, S.E. M. Denis Pieton : « Je suis au Liban depuis deux semaines. Pour la première fois, je suis impressionné par le dynamisme des Libanais et de l’impression libanaise ». 

L’importance du salon

Organisé par le Syndicat des importateurs de livres au Liban en partenariat avec la Mission culturelle française, le salon a été créé en 1992 et est très vite devenu un rendez-vous majeur dans la vie culturelle libanaise. Le rendez-vous littéraire et culturel le plus attendu du pays. Avec près de 100 000 visiteurs, il est considéré comme le 3e Salon francophone au monde après ceux de Paris et Montréal. De par le nombre et la renommée des auteurs invités, la diversité des activités organisées et les prix décernés, il est donc tout à fait normal que cette 16e édition revêt une ampleur et une importance considérables.

Ainsi, un voyage littéraire en Méditerranée a commencé, le 7 octobre, à l’initiative de l’écrivain Daniel Rondeau, ambassadeur de France à Malte. A bord de La Meuse, navire de la marine nationale française, le voyage continue pour rejoindre finalement Beyrouth via Tunis et Limassol. Lors de chaque escale dans les ports méditerranéens, près de 30 conférenciers venant de 10 pays méditerranéens ont célébré des écrivains méditerranéens comme Albert Camus, Gibran Khalil Gibran et Naguib Mahfouz. « Nous entendons célébrer quelques figures essentielles, qui par leurs voyages, leurs talents, leurs rayonnements intellectuels ou spirituels, ont fécondé les deux rives et fortifié nos identités respectives », explique M. Rondeau.

Le 21 octobre, de nombreux auteurs, dont Robert Solé, JMG Le Clezio, prix Nobel de littérature en 2008, Gilles Leroy, lauréat du prix Goncourt, le célèbre poète syrien Adonis, l’essayiste et historien libanais Georges Corm, et la grande voix francophone de la littérature algérienne, Maissa Bey, ainsi que Malika Mokeddem ont inauguré le salon en présence du ministre libanais de la Culture, Tammam Salam, qui a qualifié le salon de « rendez-vous cher aux Libanais ». Et d’ajouter : « Aujourd’hui, ce salon, lieu où l’on véhicule des millions de mots, est là pour confirmer ce chantier culturel qui ne peut passer que par son outil essentiel, le livre ». Tout ce beau monde et beaucoup d’autres venus des quatre coins du monde sont venus assister à des débats et signer leurs ouvrages.

A part les expositions, conférences, workshops et le Festival nomade qui a regroupé 7 poètes libanais et 5 autres belges ainsi qu’un français, une conférence sur Tintin, une traversée du XXe siècle, a retenu l’attention, vu l’attrait tout particulier pour ce personnage devenu familier pour les petits de 7 ans et jusqu’aux vieux de 70 ans.

Prix Phénix et prix des cinq continents de la francophonie

Créé en 1996, le prix Phénix a été attribué à une œuvre littéraire écrite en français par un Libanais ou écrivain francophone ayant choisi d’écrire sur le Liban. Les lauréats sont nombreux. Il suffit de citer les illustres Ghassan Salame, Georges Corm ou encore le défunt Samir Kassir, journaliste victime de sa plume en 2005.

Le prix des cinq continents de la francophonie a été également prévu dans le cadre du salon. Créé en 2001 par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), il récompense, lui, le roman d’un écrivain témoignant d’une expérience culturelle spécifique enrichissant la langue française. Cette année, il a été attribué à l’écrivain togolais résidant en France, Kossi Efoui, pour son ouvrage Solo d’un revenant.

Et l’Egypte ?, me diriez-vous, où est-elle ? Le pays des pharaons aura été malheureusement le grand absent de cette manifestation majeure. L’ambassadeur français au Liban, S.E. M. Denis Pieton, aurait été très « heureux d’une participation égyptienne » et souhaiterait que le prochain salon « prenne une plus grande place dans le monde arabe ».

Ainsi, Beyrouth redevient, en l’espace de dix jours, cette ville cosmopolite, théâtre du débat d’idées et de rencontres légères, ludiques et étonnantes.

Mireille Bouabjian

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