Salon
du Livre Francophone de Beyrouth.
En
présence de 100 auteurs et d’un public qui atteint les 100
000, la 16e édition fête la francophonie sous toutes ses
formes : rencontres, performances, poésie, prix littéraires
et splendeur méditerranéenne. Visite guidée.
Beyrouth en fête
Jamais
la capitale libanaise Beyrouth n’a connu une telle
affluence, un tel engouement de la part d’un public jeune et
adulte, toutes générations confondues, pour un événement
littéraire et culturel d’une telle envergure. Une invitation
adressée non seulement au public libanais, mais aussi à tous
les francophones venus de la France, dont la région Ile-de-France
est l’invitée d’honneur du salon, de la Belgique, plus
précisément la région Wallonie-Bruxelles représentée par la
WBI ou Wallonie-Bruxelles International qui présente une
importante exposition consacrée aux Schtroumpfs, et plus de
cent auteurs dignes représentants de la francophonie venus
du monde arabe, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord,
entre autres. Dédicaces, expositions, conférences, cafés
littéraires, salons de lecture et autres performances ont
été offerts à l’adresse d’un public, heureusement encore,
avide de connaissances et de culture dans la langue de
Molière. Pour cela, il fallait un grand espace pouvant
accueillir de tels événements. Là aussi, le Beirut
International Exhibition & Leisure (BIEL) est venu remplir
toutes les conditions requises. D’autant plus qu’il est
situé en plein cœur de la capitale, jouxtant le port de
Beyrouth.
Et si
l’on cherche à donner un beau titre à l’année 2009 au Liban,
l’on peut dire qu’elle a été une grande fête … sur le plan
culture bien sûr. Et à trois niveaux. Tout d’abord, quand
elle a été choisie par l’Unesco et jusqu’en 2010 capitale
mondiale du livre, ensuite, quand elle a été l’hôte des VIe
Jeux de la francophonie qui se sont déroulés en septembre
dernier sur le territoire libanais, et enfin et non pas la
fin, il va de soi que la capitale mondiale du livre a
accueilli, du 23 octobre au 1er novembre la 16e édition du
Salon du livre francophone. Cette passerelle entre les
auteurs, les lecteurs et les professionnels du livre au
Moyen-Orient et du reste de l’espace francophone.
Après
Anvers (Belgique) en 2004, Montréal (Canada) en 2005, Turin
(Italie) en 2006, Bogota (Colombie) en 2007 et Amsterdam
(Pays-Bas) en 2008, c’est le tour de Beyrouth de devenir, en
2009, la capitale mondiale du livre. Ce qui d’ailleurs lui
va à merveille. Preuve en est le témoignage poignant du
nouvel ambassadeur de France au Liban, S.E. M. Denis Pieton
: « Je suis au Liban depuis deux semaines. Pour la première
fois, je suis impressionné par le dynamisme des Libanais et
de l’impression libanaise ».
L’importance du salon
Organisé
par le Syndicat des importateurs de livres au Liban en
partenariat avec la Mission culturelle française, le salon a
été créé en 1992 et est très vite devenu un rendez-vous
majeur dans la vie culturelle libanaise. Le rendez-vous
littéraire et culturel le plus attendu du pays. Avec près de
100 000 visiteurs, il est considéré comme le 3e Salon
francophone au monde après ceux de Paris et Montréal. De par
le nombre et la renommée des auteurs invités, la diversité
des activités organisées et les prix décernés, il est donc
tout à fait normal que cette 16e édition revêt une ampleur
et une importance considérables.
Ainsi,
un voyage littéraire en Méditerranée a commencé, le 7
octobre, à l’initiative de l’écrivain Daniel Rondeau,
ambassadeur de France à Malte. A bord de La Meuse, navire de
la marine nationale française, le voyage continue pour
rejoindre finalement Beyrouth via Tunis et Limassol. Lors de
chaque escale dans les ports méditerranéens, près de 30
conférenciers venant de 10 pays méditerranéens ont célébré
des écrivains méditerranéens comme Albert Camus, Gibran
Khalil Gibran et Naguib Mahfouz. « Nous entendons célébrer
quelques figures essentielles, qui par leurs voyages, leurs
talents, leurs rayonnements intellectuels ou spirituels, ont
fécondé les deux rives et fortifié nos identités respectives
», explique M. Rondeau.
Le 21
octobre, de nombreux auteurs, dont Robert Solé, JMG Le
Clezio, prix Nobel de littérature en 2008, Gilles Leroy,
lauréat du prix Goncourt, le célèbre poète syrien Adonis,
l’essayiste et historien libanais Georges Corm, et la grande
voix francophone de la littérature algérienne, Maissa Bey,
ainsi que Malika Mokeddem ont inauguré le salon en présence
du ministre libanais de la Culture, Tammam Salam, qui a
qualifié le salon de « rendez-vous cher aux Libanais ». Et
d’ajouter : « Aujourd’hui, ce salon, lieu où l’on véhicule
des millions de mots, est là pour confirmer ce chantier
culturel qui ne peut passer que par son outil essentiel, le
livre ». Tout ce beau monde et beaucoup d’autres venus des
quatre coins du monde sont venus assister à des débats et
signer leurs ouvrages.
A part
les expositions, conférences, workshops et le Festival
nomade qui a regroupé 7 poètes libanais et 5 autres belges
ainsi qu’un français, une conférence sur Tintin, une
traversée du XXe siècle, a retenu l’attention, vu l’attrait
tout particulier pour ce personnage devenu familier pour les
petits de 7 ans et jusqu’aux vieux de 70 ans.
Prix
Phénix et prix des cinq continents de la francophonie
Créé en
1996, le prix Phénix a été attribué à une œuvre littéraire
écrite en français par un Libanais ou écrivain francophone
ayant choisi d’écrire sur le Liban. Les lauréats sont
nombreux. Il suffit de citer les illustres Ghassan Salame,
Georges Corm ou encore le défunt Samir Kassir, journaliste
victime de sa plume en 2005.
Le prix
des cinq continents de la francophonie a été également prévu
dans le cadre du salon. Créé en 2001 par l’Organisation
Internationale de la Francophonie (OIF), il récompense, lui,
le roman d’un écrivain témoignant d’une expérience
culturelle spécifique enrichissant la langue française.
Cette année, il a été attribué à l’écrivain togolais
résidant en France, Kossi Efoui, pour son ouvrage Solo d’un
revenant.
Et
l’Egypte ?, me diriez-vous, où est-elle ? Le pays des
pharaons aura été malheureusement le grand absent de cette
manifestation majeure. L’ambassadeur français au Liban, S.E.
M. Denis Pieton, aurait été très « heureux d’une
participation égyptienne » et souhaiterait que le prochain
salon « prenne une plus grande place dans le monde arabe ».
Ainsi,
Beyrouth redevient, en l’espace de dix jours, cette ville
cosmopolite, théâtre du débat d’idées et de rencontres
légères, ludiques et étonnantes.
Mireille Bouabjian