Al-Ahram Hebdo, Enquête | Mohamad Mansour ; Le ministre rend le tablier
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 4 au 10 novembre 2009, numéro 791

 

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Enquête

Transport. La démission du ministre Mohamad Mansour et du président de l’Organisme des chemins de fer après l’accident d’Al-Ayyat a surpris l’opinion publique. Elle ne mettra toutefois pas fin aux problèmes du secteur en proie à la négligence.

Le ministre rend le tablier

Nommé en 2004 à la tête du ministère des Transports, Mohamad Mansour était soumis à une énorme pression. L’accident ferroviaire d’Al-Ayyat, qui a fait le 24 novembre 18 morts, était venu rappeler une fois de plus et de manière cruelle les tares de ce secteur en proie à la négligence. Après une session houleuse à l’Assemblée du peuple durant laquelle il a dû faire face aux attaques virulentes des députés qui mettaient en cause sa responsabilité dans l’accident, Mansour a présenté, le 27 novembre, sa démission au président de la République. « Je reconnais ma responsabilité dans cette catastrophe et c’est pourquoi je présente aujourd’hui ma démission », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à l’issue de sa démission. Le ministre de l’Electricité, Hassan Younès, a été provisoirement chargé de ce portefeuille en attendant la nomination d’un nouveau ministre. Il s’est réuni avec les responsables de l’Organisme des chemins de fer et a affirmé que des mesures seraient prises pour assurer la sécurité dans le secteur ferroviaire.

L’accident d’Al-Ayyat s’est produit lorsqu’un train de passagers a percuté à toute vitesse l’arrière d’un autre train à hauteur du village d’Al-Ayyat au sud-ouest du Caire. L’enquête préliminaire a révélé que des négligences sont à l’origine de la catastrophe. Le conducteur du second train n’a pas été prévenu que le premier était en arrêt sur la voie ferrée après avoir percuté une vache. Il s’est avéré que l’employé responsable avait quitté son poste et était rentré chez lui 30 minutes plus tôt que prévu.

Cette démission est la première d’un ministre dans le gouvernement d’Ahmad Nazif. L’ancien ministre des Transports, Ibrahim Al-Démeiri, avait lui aussi démissionné en 2002 suite à la plus grande catastrophe ferroviaire que l’Egypte ait connue, où 361 personnes ont péri lorsque des passagers s’étaient retrouvés bloqués dans un train bondé à la suite d’un incendie. Mohamad Mansour avait gardé son poste malgré le tollé provoqué par le naufrage du ferry Al-Salam en 2006, faisant 1 300 morts. Un naufrage dû également à la négligence.

Un bouc émissaire

Cette démission a tout l’air d’une destitution. Le ministre avait déclaré, deux jours seulement avant sa démission, qu’il n’envisageait pas de quitter son poste. « Mais Mansour a fait visiblement l’objet de pressions de la part du gouvernement pour quitter le ministère », analyse Ammar Ali Hassan, politologue. Et d’affirmer que les attaques contre Mansour sont venues en premier lieu des députés du Parti National Démocrate (PND) au pouvoir et à leur tête Zakariya Azmi, directeur de cabinet du président de la République. Lors d’un débat mouvementé au sein de la commission des transports au Parlement, Azmi a fait porter à Mansour la responsabilité de l’accident et l’a accusé de gaspillage de fonds publics en faisant référence aux millions de L.E. dépensées par son ministère dans les campagnes publicitaires au lieu de s’en servir pour améliorer les infrastructures. « Parallèlement, on a vu un ton hostile au ministre dans certains journaux gouvernementaux », explique Hassan. Selon lui, le départ de Mansour est le fruit d’une volonté politique.

Volonté politique, mais pourquoi ? L’accident est survenu à la veille de la tenue du Congrès annuel du PND durant lequel le président de la République et les dirigeants du parti prononcent des discours sur les acquis réalisés au cours des années précédentes. Dans ce contexte, le débat sur la catastrophe ferroviaire était clairement malvenu. « Je crois que le ministre des Transports a été une sorte de bouc émissaire pour atténuer la colère de l’opinion publique, calmer les critiques et restaurer l’image du gouvernement », analyse Ammar Hassan. Et d’expliquer que la presse officielle a présenté cette démission comme une preuve de « l’intérêt accordé par le président Moubarak aux deniers publics et son respect de l’opinion publique ». Si le ministre avait eu vraiment le courage politique d’assumer sa part de responsabilité, il aurait démissionné lors du naufrage du ferry Al-Salam qui avait fait plus d’un millier de morts. Mais à l’époque, les pressions politiques et populaires n’étaient pas aussi fortes.

Victime de malchance

Toujours est-il que la démission de Mansour alimente un débat. Certains y voient une injustice. « Le ministre des Transports a été victime de malchance et il a fait les frais de la négligence individuelle d’un employé des chemins de fer. Il avait un plan ambitieux et une volonté réelle de développer ce secteur. Sa démission est une grande perte », regrette le député du PND Talaat Motawie, qui insiste sur les réalisations de Mansour. « Il y aura toujours des accidents et il est impossible de les contrôler à 100 %. Dans les pays les plus développés, il y a des accidents ferroviaires terribles. On l’a vu en Allemagne et dans d’autres pays. Le ministre ne peut pas contrôler personnellement tous les conducteurs de train, les fonctionnaires et les ouvriers. Il n’est pas responsable de l’inconscience d’un chauffeur ou d’un employé. Ce ministre a fait un travail remarquable. Il a rénové les trains et les locomotives », défend Motawie.

Mohamad Mansour a hérité à son arrivée en 2004 d’un secteur ferroviaire en état de délabrement total. Ce secteur, qui comprend 10 000 km de voies ferrées, emploie plus de 73 000 personnes. Lorsqu’il a pris ses fonctions il y a cinq ans, Mansour avait estimé que le problème est principalement financier et a demandé au gouvernement d’assurer les fonds nécessaires pour lancer son projet pour le développement du secteur. Un projet dont les résultats seraient visibles en 2009, estimait alors le ministre. Après l’aval de l’Assemblée du peuple, le gouvernement a consacré 8 milliards de L.E. au développement des chemins de fer. Mansour a pu ainsi rénover une partie des lignes. Il a notamment mis en service de nouveaux wagons importés d’Allemagne.

Echec du système

Au-delà de sa démission, c’est le système dans son ensemble qui est montré du doigt. « Ce n’est pas le ministre Mansour qui a de la malchance, c’est le peuple égyptien », lance Hamdine Sabbahi, député de tendance nassérienne. Selon lui, ce n’est pas de l’échec du ministre qu’il faut parler, mais de celui de tout un système qui régit notre pays. « C’est l’échec de la corruption et de la négligence qui prospèrent dans les services de l’Etat et sur lesquelles les gouvernements successifs ont fermé les yeux », ajoute Hamdine Sabbahi. Et d’affirmer que la démission du précédent ministre, Al-Démeiri, et de six responsables au niveau de l’Organisme des chemins de fer n’a pas mis fin aux accidents et n’a pas stoppé la détérioration des services des chemins de fer. « Le nombre des victimes des accidents de la route, des trains et des ferrys a dépassé celui de nos guerres avec Israël », ajoute encore Hamdine Sabbahi. Peu importe qu’un ministre parte ou qu’un autre arrive, car c’est le système dans son ensemble qui est mauvais, conclut le député nassérien.

May Al-Maghrabi

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