Guinée.
Les propositions de la médiation burkinabé pour une sortie
de crise ont été rejetées par l’opposition, qui réclame
toujours le départ des putschistes.
La
médiation en difficulté
C’est
l’impasse. La junte au pouvoir en Guinée et l’opposition
n’arrivent toujours pas à s’entendre sur les règles
régissant la période de transition, malgré la médiation du
président du Burkina-Faso, Blaise Compaoré. Ainsi,
l’opposition à la junte au pouvoir a catégoriquement rejeté
vendredi les propositions du médiateur de la crise guinéenne,
le président burkinabé, qui préconisait un maintien des
putschistes pendant une transition de 10 mois. Elle accuse
en outre le médiateur d’avoir donné « une prime » à la junte
dans ses propositions de sortie de crise sans toutefois le
récuser « pour l’instant ». La délégation du Forum des
forces vives (coalition rassemblant des membres de
l’opposition, des syndicats et de la société civile) a donc
rejeté le projet d’accord politique tel qu’il lui a été
soumis par la médiation.
Les
Forces vives ont également pris leur distance par rapport au
médiateur : la délégation se « réserve le droit, après
consultation de sa base en Guinée, de se prononcer quant à
sa position par rapport à la médiation », indique le texte,
faisant valoir que les recommandations, résolutions et
communiqués finaux de la Cédéao (Communauté Economique Des
Etats d’Afrique de l’Ouest), du Groupe international de
contact sur la Guinée, de l’Union européenne ainsi que du
Conseil de sécurité de l’Onu ont été ignorés. Notamment ceux
relatifs à la non candidature aux prochaines élections des
membres du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le
Développement, junte), de son président, du premier ministre
et des membres du gouvernement ainsi que la mise en place,
sur la base du retrait du CNDD, d’une nouvelle autorité de
transition.
Après
avoir rencontré séparément les deux parties à Ouagadougou
depuis début novembre et recueilli leurs propositions, le
médiateur Compaoré, nommé par la Cédéao, leur avait remis
jeudi à Ouagadougou un document de synthèse. Dans ce texte,
M. Compaoré propose notamment la mise en place d’un «
Conseil national de transition » dirigé par le chef de la
junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui sera également
« chef de l’Etat » et « chef suprême des armées ». « Le
Conseil national de transition est chargé de l’organisation
de l’élection présidentielle dans un délai de 10 mois »,
indique le document de la médiation, précisant que la
période de transition pourrait débuter en décembre. M.
Compaoré propose également la mise en place d’un «
gouvernement d’union nationale » formé de 30 membres et
dirigé par un premier ministre issu des Forces vives. Dix
membres du gouvernement seront issus des Forces vives, dix
du CNDD et dix « autres » pourraient revenir au « bloc des
forces patriotiques », proche de la junte. Selon les
propositions de la médiation, le chef de l’Etat et tout
membre du gouvernement voulant se présenter à l’élection
présidentielle doit démissionner 4 mois avant le jour du
vote pour se porter candidat. Aucune disposition n’interdit
donc au chef de la junte de se présenter à ce scrutin. Sans
surprise, la junte avait très vite exprimé sa satisfaction.
Or,
l’opposition ne réclame justement que le départ du pouvoir
du capitaine Camara, la dissolution du CNDD et la mise en
place d’un Conseil national de transition chargé d’organiser
la présidentielle dans six mois. Depuis le massacre, fin
septembre, par les forces de sécurité de plus de 150
opposants, selon l’Onu, dans un stade de Conakry,
l’opposition refuse tout dialogue avec les putschistes et
exige le départ de la junte, arrivée au pouvoir à la faveur
d’un coup d’Etat le 23 décembre 2008.
Mais les
putschistes n’entendent nullement quitter le pouvoir. Leur
chef prépare, au contraire, sa pérennisation à la tête du
pays. Pour preuve, des instructeurs militaires sud-africains
mais aussi israéliens, embauchés par la junte, entraînaient
des recrues dans un camp de Forecariah, à 100 km au sud de
la capitale, Conakry. Ces jeunes recrues sont originaires de
la région d’origine de Camara, proche de la frontière avec
le Liberia et la Sierra Leone.
Corroborant ces informations, les Etats-Unis se sont
déclarés « profondément préoccupés » par les informations
selon lesquelles des mercenaires sud-africains entraînent
des supplétifs de la junte au pouvoir en Guinée, a déclaré
un responsable américain. « Les Etats-Unis ont obtenu des
informations selon lesquelles 40 à 50 instructeurs
militaires sud-africains entraînent des miliciens en Guinée,
dont certains ont moins de 18 ans », a déclaré ce diplomate
sous condition d’anonymat. Le responsable a confirmé avoir
connaissance du camp de Forecariah mais n’a pas fait mention
d’instructeurs israéliens. Le gouvernement américain a fait
part de ses préoccupations aux autorités sud-africaines qui
ont promis d’enquêter.
Selon
des témoins, les nouveaux soldats recrutés par la junte sont
entraînés dans un ancien camp de réfugiés sierra-léonais à
l’extérieur de Forecariah. Ces témoins affirment que quelque
40 instructeurs militaires entraînent des soldats recrutés
sur des bases ethniques, c’est-à-dire appartenant à l’ethnie
du chef de la junte. Confirmant les intentions des
militaires, Idrissa Chérif, le ministre chargé de la
Communication auprès du chef de la junte, a estimé qu’« il
faut être réaliste et voir les choses en face. Ils (les
opposants) n’ont aucun moyen technique pour faire partir
l’armée du pouvoir ». « C’est l’armée qui a mis le capitaine
Dadis (Camara) au pouvoir, quels pouvoirs (les opposants)
ont-ils pour l’enlever ? », s’est-il interrogé.
Hicham Mourad