Al-Ahram Hebdo, Afrique | La médiation en difficulté
  Président Abdel-Moneim Saïd
 
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 Semaine du 25 novembre au 1er décembre 2009, numéro 794

 

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Afrique

Guinée. Les propositions de la médiation burkinabé pour une sortie de crise ont été rejetées par l’opposition, qui réclame toujours le départ des putschistes. 

La médiation en difficulté

C’est l’impasse. La junte au pouvoir en Guinée et l’opposition n’arrivent toujours pas à s’entendre sur les règles régissant la période de transition, malgré la médiation du président du Burkina-Faso, Blaise Compaoré. Ainsi, l’opposition à la junte au pouvoir a catégoriquement rejeté vendredi les propositions du médiateur de la crise guinéenne, le président burkinabé, qui préconisait un maintien des putschistes pendant une transition de 10 mois. Elle accuse en outre le médiateur d’avoir donné « une prime » à la junte dans ses propositions de sortie de crise sans toutefois le récuser « pour l’instant ». La délégation du Forum des forces vives (coalition rassemblant des membres de l’opposition, des syndicats et de la société civile) a donc rejeté le projet d’accord politique tel qu’il lui a été soumis par la médiation.

Les Forces vives ont également pris leur distance par rapport au médiateur : la délégation se « réserve le droit, après consultation de sa base en Guinée, de se prononcer quant à sa position par rapport à la médiation », indique le texte, faisant valoir que les recommandations, résolutions et communiqués finaux de la Cédéao (Communauté Economique Des Etats d’Afrique de l’Ouest), du Groupe international de contact sur la Guinée, de l’Union européenne ainsi que du Conseil de sécurité de l’Onu ont été ignorés. Notamment ceux relatifs à la non candidature aux prochaines élections des membres du CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement, junte), de son président, du premier ministre et des membres du gouvernement ainsi que la mise en place, sur la base du retrait du CNDD, d’une nouvelle autorité de transition.

Après avoir rencontré séparément les deux parties à Ouagadougou depuis début novembre et recueilli leurs propositions, le médiateur Compaoré, nommé par la Cédéao, leur avait remis jeudi à Ouagadougou un document de synthèse. Dans ce texte, M. Compaoré propose notamment la mise en place d’un « Conseil national de transition » dirigé par le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, qui sera également « chef de l’Etat » et « chef suprême des armées ». « Le Conseil national de transition est chargé de l’organisation de l’élection présidentielle dans un délai de 10 mois », indique le document de la médiation, précisant que la période de transition pourrait débuter en décembre. M. Compaoré propose également la mise en place d’un « gouvernement d’union nationale » formé de 30 membres et dirigé par un premier ministre issu des Forces vives. Dix membres du gouvernement seront issus des Forces vives, dix du CNDD et dix « autres » pourraient revenir au « bloc des forces patriotiques », proche de la junte. Selon les propositions de la médiation, le chef de l’Etat et tout membre du gouvernement voulant se présenter à l’élection présidentielle doit démissionner 4 mois avant le jour du vote pour se porter candidat. Aucune disposition n’interdit donc au chef de la junte de se présenter à ce scrutin. Sans surprise, la junte avait très vite exprimé sa satisfaction.

Or, l’opposition ne réclame justement que le départ du pouvoir du capitaine Camara, la dissolution du CNDD et la mise en place d’un Conseil national de transition chargé d’organiser la présidentielle dans six mois. Depuis le massacre, fin septembre, par les forces de sécurité de plus de 150 opposants, selon l’Onu, dans un stade de Conakry, l’opposition refuse tout dialogue avec les putschistes et exige le départ de la junte, arrivée au pouvoir à la faveur d’un coup d’Etat le 23 décembre 2008.

Mais les putschistes n’entendent nullement quitter le pouvoir. Leur chef prépare, au contraire, sa pérennisation à la tête du pays. Pour preuve, des instructeurs militaires sud-africains mais aussi israéliens, embauchés par la junte, entraînaient des recrues dans un camp de Forecariah, à 100 km au sud de la capitale, Conakry. Ces jeunes recrues sont originaires de la région d’origine de Camara, proche de la frontière avec le Liberia et la Sierra Leone.

Corroborant ces informations, les Etats-Unis se sont déclarés « profondément préoccupés » par les informations selon lesquelles des mercenaires sud-africains entraînent des supplétifs de la junte au pouvoir en Guinée, a déclaré un responsable américain. « Les Etats-Unis ont obtenu des informations selon lesquelles 40 à 50 instructeurs militaires sud-africains entraînent des miliciens en Guinée, dont certains ont moins de 18 ans », a déclaré ce diplomate sous condition d’anonymat. Le responsable a confirmé avoir connaissance du camp de Forecariah mais n’a pas fait mention d’instructeurs israéliens. Le gouvernement américain a fait part de ses préoccupations aux autorités sud-africaines qui ont promis d’enquêter.

Selon des témoins, les nouveaux soldats recrutés par la junte sont entraînés dans un ancien camp de réfugiés sierra-léonais à l’extérieur de Forecariah. Ces témoins affirment que quelque 40 instructeurs militaires entraînent des soldats recrutés sur des bases ethniques, c’est-à-dire appartenant à l’ethnie du chef de la junte. Confirmant les intentions des militaires, Idrissa Chérif, le ministre chargé de la Communication auprès du chef de la junte, a estimé qu’« il faut être réaliste et voir les choses en face. Ils (les opposants) n’ont aucun moyen technique pour faire partir l’armée du pouvoir ». « C’est l’armée qui a mis le capitaine Dadis (Camara) au pouvoir, quels pouvoirs (les opposants) ont-ils pour l’enlever ? », s’est-il interrogé.

Hicham Mourad

 




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